VIDEO – Tomie d’Oikawa Ataru

Posté le 14 juillet 2026 par

Le Chat qui fume a sorti en Blu-ray le film Tomie de 1998, signé Oikawa Ataru et adapté du célèbre manga d’horreur d’Ito Junji. Produit en pleine mouvance de la J-Horror, le film jouit de cette atmosphère si particulière des fictions nippones de la fin des années 1990, tout en ne convaincant pas pleinement en matière de mise et scène et de réappropriation du mythe de Tomie.

Tsukiko, étudiante en art, est en proie à d’horribles cauchemars après avoir été victime d’un accident de voiture. Lors d’une séance d’hypnose, la jeune femme évoque le nom de Tomie. Il s’avère que quelques mois auparavant, une étudiante portant ce prénom avait été assassinée par ses camarades. Le détective Harada, menant sa propre enquête, découvre bientôt que, depuis plus d’un siècle, des jeunes femmes portant le même prénom ont été assassinées et décapitées.

Oikawa Ataru, réalisateur et scénariste du film, ayant travaillé sur Door 2 avec Takahashi Banmei, fait un curieux choix d’adaptation de Tomie. Tomie, c’est donc cette jeune lycéenne séduisante créée par le mangaka Ito Junji en 1987 et qui chapitre après chapitre, rend fou les garçons (et parfois les filles) qu’elle côtoie au point de finir violemment assassinée, avant de revenir « hanter » une autre localité pour connaître le même sort. Les chapitres du manga sont focalisés sur la façon dont les meurtriers de Tomie en viennent à perdre la raison et par leur point de vue, on observe tous les travers, les mauvais penchants et les fétiches du genre humain, lorsqu’il cède à ses pulsions. Oikawa, donc, choisit de pitcher son film en périphérie du concept du manga. Pendant une grande partie de ce long-métrage de 1998, Tomie est seulement un nom, une évocation, et on s’intéresse davantage à l’enquête d’un détective (campé par Taguchi Tomorowo, compagnon de route de Tsukamoto Shin’ya), une psychologue et sa patiente, Tsukiko, la véritable héroïne de cette histoire. En somme, le film choisit de mettre à distance la figure de Tomie, comme pour s’essayer à une variation nette du principe du manga. Le problème, c’est que le procédé de tourner autour du sujet est connu dans le registre cinématographique et qu’à ce titre, ce film Tomie s’avère peu original et un brin ennuyeux. Si l’on vient pour voir Tomie créer le chaos dans une communauté, on s’avère déçu de la même manière qu’on ne voit que trop peu la créature dans le Godzilla de Gareth Edwards

Lorsque le personnage de Tomie intervient dans l’intrigue, on retrouve un peu d’intérêt, car on sent que l’on est face au sujet, à la figure, à un personnage d’une mythologie japonaise contemporaine (le jeu d’actrice de Kanno Miho est d’ailleurs tout-à-fait intéressant) ; qui plus est, il s’agit de sa première apparition au cinéma. Mais il est comme trop tard et s’il est raconté avec des mots ce que ce fantôme ou ce démon provoque, et qu’elle apparaît inquiétante et dangereuse face à Tsukiko, la structure du film fait que nous l’avons pas vu, ou pas vraiment, ce qui apparaît comme un geste manqué. Ce face-à-face entre Tomie et Tsukiko respecte toutefois les idées créatrices d’Ito et du genre J-Horror tout en entier, dont l’intérêt est quasi-systématiquement toujours tourné vers le genre féminin. L’idée de ce Tomie signé d’Oikawa serait donc que les hommes et les garçons disparaissent de la narration car ils ont perdu le jeu, et ne reste alors que deux protagonistes féminins, où se mêle une confusion de rires (complicité) et de regards nerveux (menaces), comme si l’essentiel des relations humaines, le plus intéressant, se trouvait ici. Il y aurait eu quelque chose à faire de ses idées, mais la façon dont les évènements s’enchaînent ne permet pas de les faire fonctionner pleinement.

Cependant, le film est un produit de son temps. Les œuvres audiovisuelles japonaises de la fin des années 1990 et du début des années 2000 possèdent une atmosphère singulière, rapidement identifiables par une mélancolie intense dans leur ton général, qui confinent à une poésie urbaine. Les quelques notes de musique qui composent la bande-originale, ainsi que cette ambiance des appartements urbains façon Kurosawa Kiyoshi, vont dans ce sens et cet égard, le visionnage du film s’avère appréciable.

Bonus vidéo

Ito Junji par Sullivan Rouaud (ancien éditeur d’Ito aux éditions Mangetsu) et Jérôme Lachasse (journaliste spécialisé bande dessinée et manga) (41 minutes). Cette entrevue entièrement axée sur le mangaka et donc in fine, sur le milieu du manga, propose une pluie d’informations et d’anecdotes sur l’auteur, sa modestie et sa gentillesse légendaire versus son immense influence de grand maître de l’horreur revendiquée par de nombreux grands artistes et créateurs de par le monde. Aussi, ce module permet de saisir plus en détail la réception de l’œuvre d’Ito en France.

Un making-of d’époque (28 minutes), qui dans son design fleure aussi bon la pellicule cassette de la fin des années 1990. Ito est interviewé aux côtés du réalisateur, des acteurs et des actrices, entre des captations du plateau, et il en dit plus sur ses inspirations pour créer le personnage. On y apprend qu’il était en lien étroit avec la production, jusque pour savoir où placer le grain de beauté si emblématique à l’actrice, actrice qu’il a lui-même choisie.

Maxime Bauer.

Tomie d’Oikawa Ataru. Japon. 1998. Disponible en Blu-ray chez La Chat qui fume.