Ningbo Special Screening édition 2026

Posté le 24 juin 2026 par

Le Festival Allers-Retours et la ville de Ningbo en Chine s’associent une fois de plus, après un évènement en 2024, pour projeter une sélection de courts-métrages sinophones primés dans le festival de cette ville à 2 heures en train de Shanghai. Retour sur le cru 2026, qui s’est déroulé le 19 juin 2026 au Studio des Ursulines.

Les courts-métrages des jeunes (ou moins jeunes) réalisateurs chinois et sinophones occupent une grande place des programmes de l’association Allers-Retours, à travers la séance annuelle du festival tout comme l’évènement Coming-of-Age dédié aux très jeunes auteurs. Les courts de Ningbo sont une nouvelle occasion de voir les thématiques et stylisations visuelles qui animent ces cinéastes ; certaines se retrouvant d’années en années, en même temps qu’émergent des variations.

Holy Smoke de Niko Ho (2025)

En parlant de variation, le premier court de cette séance s’y adonne. Produit et tourné à Macao, Holy Smoke conte la lutte sur le fil entre un gardien d’immeuble chargé de faire respecter l’interdiction de fumer dans les communs et un résident, harassé par une journée de travail, qui ne souhaite que tirer une taffe. Il s’agit d’un produit purement comique, ou devrait-on dire « comique de suspense », puisqu’on se demande sans cesse durant les 16 minutes qu’il dure, où l’on va aller. Car ces deux personnages ne sont pas les seuls à l’écran, les deux énergumènes croisant sur leur chemin d’autres protagonistes ayant des choses à cacher. Surtout, le film finit en apothéose, avec l’ensemble de l’équipe technique qui se met à fumer avant de se faire interpeller par la police. Puisque la « morale » est que les fumeurs ne pourront pas s’empêcher de céder à leur vice, on s’amuse de l’impertinence ! Les dialogues bien sentis apportent une réelle plus-value.

SOLOS de Zhong Yu’ang (2025)

Dans une chorale d’enfants et d’adolescents, un petit garçon de CM2 au tempérament agité est pris en grippe par sa directrice acariâtre. Puisqu’il manque une fille pour la représentation de fin d’année, elle décide qu’il devra se présenter sur scène travesti. Ce court fort bien réalisé possède deux grandes qualités. D’une part, sa mise en scène est de bonne facture : filmé en scope, il resserre l’étau du scénario sur son personnage, en laissant tout à la fois leur place à l’humour et au dramatique. D’autre part, lorsqu’il montre un abus de pouvoir manifeste dans un ensemble hiérarchisé, qui plus est envers un enfant, on voit que le court-métrage chinois possède encore une liberté de ton appréciable.

Mr. Red de Gao Shu (2023)

À l’approche du gaokao, une lycéenne doit composer avec l’exigence du classement à obtenir et le crush qu’elle a sur un garçon. Bien que parfois un brouillon, ce court montre le milieu lycéen chinois, un environnement peu exploré dans les films chinois qui nous parviennent (mais davantage dans les BD chinoises parues en français, telles que L’Enfant ébranlé, La plus belle couleur du monde ou Crystal Sky of Yesterday) et met l’accent sur la pression que subissent les étudiants lors de leur version du bac. Cette allégorie du ballon rouge, qui donne son titre au film, permet des séquences sur la plage magnifiquement composées tout en semblant citer Le Voyage du ballon rouge d’Albert Lamorisse, qui a aussi inspiré Hou Hsiao-hsien pour réaliser son film français.

Fly me to the Sea de Li Kexin (2023)

Ce court continental en cantonais s’intéresse à une population, les travailleurs de la mer sur les côtes du Guangdong. Il montre le paradoxe de cette jeunesse chinoise, qui de cette tradition de travail sur chalutier doit finir, pour nourrir sa famille, par s’user la santé dans une usine de textile, comme bien d’autres jeunes chinois (pensons au triptyque Jeunesse de Wang Bing). Loin de n’être qu’un récit social, Fly me to the Sea est réalisé avec majesté. Il émane quelque chose de l’étalonnage grisâtre des rues – mais pas le gris Netflix, un gris qui laisse s’échapper quelques couleurs à l’intérieur, qui se teinte de bleu – tout comme il y a quelque chose de saisissant dans cette conversation entre l’héroïne, travailleuse de la mer devenue travailleuse du textile, et le garçon qui la drague tout en lui proposant une opportunité. S’en suit pour la jeune femme un nouveau travail, sirène dans un aquarium, et là le récit social devient conte merveilleux…

Maxime Bauer.

Ningbo Special Screening, 4 courts-métrages sinophones. Chine et Macao. 2023-2025. Projeté le 19/06/2026.