FESTIVAL DU FILM TAIWANAIS A PARIS 2026 – Un Père et sa fille de Lee Hsing

Posté le 14 avril 2026 par

Le Festival du Film Taïwanais à Paris et Carlotta ont cette année permis au public de découvrir un film classique du patrimoine taïwanais, Un Père et sa fille de Lee Hsing. Multi-primé lors de la troisième cérémonie des Golden Horse en 1965, il est l’un des emblèmes du courant dit du « film réaliste sain », dédié à la magnification de la société rurale taïwanaise. 

Dans ce film, dont le titre original 養鴨人家 signifie « L’éleveur de canards », on suit une famille campagnarde où le père, éleveur de canards, essaie de protéger sa fille adoptive, qui ne sait pas qu’elle est adoptée, de la cupidité de son frère génétique et des risques de la ville.

Autant le dire tout de suite, le film est un mélodrame édifiant à message, tout à la gloire des gens simples, opposés à des fourbes chanteurs d’opéra et à la cupidité urbaine. Les personnages sont assez simples, remplissant leur fonction de façon claire. Le véritable intérêt du film est donc justement sa fascination pour cette vie simple à laquelle on veut soustraire l’héroïne, avec un grand travail sur l’image. Le film a d’ailleurs été récompensé pour la qualité de sa photographie couleur et la présente restauration, malgré quelques défauts visiblement liés à la source, permet d’en profiter pleinement. Les premiers plans sur les canards oscillent entre la portée documentaire et la tradition illustrative des animaliers, à l’image du projet constant du film de non seulement montrer la campagne taïwanaise mais aussi de la transcender. Assez vite, les enjeux sont mis en place, le travail d’élevage pour améliorer les canards, le chantage du véritable frère de l’héroïne, celui qui rêve de partir à la ville, l’amour qui ne peut s’exprimer… Les acteurs sont bons, le cadre regorge généralement de détails, humains, végétaux et animaux, la musique est fonctionnelle et le design sonore nous immerge dans les bruits de la nature. Les bases sont élégamment mises en place pour permettre au conte moral de se développer.

On constate, lors du passage de l’opéra taïwanais et des moments en ville, que le réalisateur tient à montrer que la campagne est le vrai refuge, et on on notera en particulier le travail de lumière sur les plans où le père veille sur ses canards alors que la nuit tombe, à la limite du livre d’illustrations. À l’inverse, le monde du spectacle et la ville semblent étrangement fades, à l’attrait superficiel. Du point de vue de la dramaturgie on est dans le mélodrame, avec des grands sentiments et des personnages près à tout sacrifier les uns pour les autres, face à des antagonistes cupides, que la grandeur des héros va briser intérieurement. Le film promeut un monde où l’amour et la piété familiale sont primordiaux, dans un monde pétri de traditions et d’éthique de braves gens mais où l’on est tout de même pas rétif au progrès (la quête du canard parfait). On constate l’originalité de ce type de production taïwanaise par rapport à beaucoup de mélodrames réalistes équivalents dans d’autres cultures : il y a ici une volonté d’optimisme, des personnages en proie à des problèmes concrets mais qui refuse de baisser le front face à l’adversité, comme si le message n’était pas apotropaïque mais destiné à inspirer. Si le récit passe par des lieux attendus, sa mise en scène et sa mise en image, au delà du côté daté de son rythme et de son ton légèrement propagandiste, en font un objet filmique tout à fait intéressant, à la fois document historique d’une époque et de son imaginaire et carte postale d’une utopie taïwanaise réconciliée, méritant pleinement son statut de classique.

Florent Dichy.

Un Père et sa fille de Lee Hsing. Taïwan. 1965. Projeté au du Festival du Film Taïwanais à Paris 2026.