Le dément long-métrage otaku Escape From the 21st Century de Li Yang débarque en combo Blu-ray/DVD chez Blaq Out ! Retour sur ce phénomène de L’Étrange Festival 2024 et de l’été 2025 en salles.

Sur la planète K, en 1999, trois jeunes garçons tombent par accident dans une flaque contaminée et obtiennent le pouvoir de sauter dans le temps en 2019. Dans ce futur, ils sont aux prises avec une organisation qui menace le monde.
Escape From the 21st Century questionne la production et la réception du cinéma dit populaire. De nombreux blockbusters de par le monde échouent à se montrer réellement qualitatifs, généralement en raison de l’impulsion de la production par des administratifs, complètement éloignés de la notion d’art ou même de divertissement, ou bien des cinéastes peu inspirés qui d’eux-mêmes répètent un cahier des charges usé jusqu’à la corde et lassant. Les commentaires sur la toile à ce sujet sont légion ; même les plus grands amateurs de ce genre de film ne semblent plus cacher une forme de fatigue à l’égard des superproductions. Au contraire, Li Yang laisse entièrement libre court à son imagination, ne se refusant aucune tentative visuelle, une direction de plus en plus rare par les temps qui courent. Particulièrement inspiré, le jeune cinéaste chinois livre un long-métrage où chaque scène, chaque plan, chaque image varie en matière de formes, de formats, de techniques de prises de vue à tel point que le spectateur est emmené toujours plus haut, toujours plus loin. Le scénario, s’il est existant, est surtout un prétexte à un déferlement de couleurs et de collages qui n’ennuie jamais. Les personnages qui traversent le film sont à l’image du reste : leur caractère est impétueux et cela sert la dynamique générale, et si leur psychologie réelle est légèrement reléguée au second plan, leurs chara-design rappellent les meilleurs animes (animation japonaise) ou donghua (animation chinoise qui parfois à notre époque cherche ses influences dans les animes) et c’est suffisant à en jeter un max pour qu’ils crèvent l’écran.

C’est en considérant tous ces éléments que l’on se rend compte à quel point le cinéma a manqué de puiser dans ce grand univers populaire qu’est la pop-culture, ou du moins, n’a que trop rarement réussi à le transcrire dans le format long-métrage en prises de vue réelles. Les blockbusters américains ne proposent quasiment plus que des œuvres ternes. Beaucoup d’autres blockbusters chinois se révèlent mitigés en raison de leur message peu exportable ou bien des effets spéciaux mal calibrés. L’Inde se démarque mais ses films peinent à rejoindre un circuit de distribution normal de par le monde. Escape From the 21st Century parvient donc à opérer ce processus de captation de l’imaginaire populaire de son époque, en en réalisant la synthèse, et en le traduisant dans le langage cinématographique.

Li Yang s’inspire des héros de manga, de l’animation façon studio Trigger (les créateurs de Gurren Lagann, qui ont réalisé dans ce studio Kill la Kill et Promare), d’un lointain univers super-héroïque idéal à l’américaine, qui n’aurait pas autant malmené par les velléités commerciales de ces dernières années, et aussi, du donghua moderne, particulièrement créatif et qui a le vent en poupe. Et ce faisant, il se place en écho, consciemment ou inconsciemment, avec Méliès, avec la magie que le cinéma peut apporter en proposant des images vivantes bourrées de trucages, par la fraîcheur totale que représente son cinéma pour le public de son époque.

À la fin du XIXème siècle, c’est la prestidigitation et l’imagerie d’une science merveilleuse à la Jules Verne qui faisait rêver les masses. Dans les années 2020, la culture du manga shonen, de l’animation, du jeu vidéo, des super-héros est passée par là et Li Yang s’inscrit dans ce référentiel. La fin du XXème siècle est une année phare pour la culture otaku, au point de générer une nostalgie chez les trentenaires actuels, et l’année 2019, hasard peut-être, se révèle un moment particulièrement créatif pour les réalisateurs chinois. Sachant que le 1999 et le 2019 du film ne font aucunement allusion à notre réalité, la diégèse du film se voulant complètement fantasque en mélangeant des allusions réalistes à notre monde et des éléments fantaisistes perçus comme normaux pour les personnages, Li Yang appose sa marque et annonce la génération à laquelle il appartient – tout en écartant toute sentiment de nostalgie passéiste, le film ne cherchant jamais à nous faire ressentir les vibrations passées de ses influences, mais au contraire de proposer quelque chose de totalement neuf. Le crédit du réalisateur est de s’être montré fidèle à l’essence de ses références, et d’avoir, avec Escape From the 21st Century, créé une œuvre de science-fiction baroque, haute en couleur, traversée de personnages charismatiques et élégants, avec un zeste de romance, juste ce qu’il faut, pas mal d’amitié, assez peu de sérieux il faut l’avouer, dans une intrigue vivace qui se termine dans un combat héroïque dantesque où se mélangent vues réelles et animation. Notez que le film change régulièrement de format, utilisant notamment plusieurs types de Scope, dont un particulièrement serré ; il est ainsi préférable de le voir sur le plus grand écran possible pour un rendu optimal. Escape From the 21st Century est un blockbuster différent.
BONUS
Lee’s Adventure, court-métrage de Li Yang (2009, 20 min). Un garçon essaie de terminer un jeu vidéo dans lequel il se projette pour traverser le temps et retrouver sa petite amie. Tourné sans grands moyens dans les années 2000, en numérique avec de l’animation, il faut bien avoir en tête que l’image pixelise et qu’elle est difficilement restaurable. Cela dit, l’intérêt de ce court est notable tant on saisit déjà tous les traits de cinéaste de Li Yang lorsqu’il réalisera Escape From the 21st Century. Avec son effet cel-shading de cinématique X-Box, son rythme ultra-frénétique, son référencement hardcore à la culture otaku (jusqu’à faire intervenir un gamer japonais comme pote du héros et parler d’amitié sino-japonaise), son humour déglingo et trollesque de netizen (Lee croise sur sa route dans ce maelstrom de n’importe quoi : Ben Laden, Angelina Jolie, Daniel Craig…), oui, on saisit très bien ce qui constitue la personnalité artistique de Li Yang. Beaucoup peuvent se revendiquer de la culture otaku, peu comme Li Yang de son versant extrême, le weeb, et en extraire de telles sensations fortes. Ce court sera le point de départ d’un long-métrage du même nom sorti en 2011, coréalisé par Li Yang et Frant Gwo (The Wandering Earth).
Maxime Bauer.
Escape From the 21st Century de Li Yang. Chine. 2024. En combo Blu-ray/DVD chez Blaq Out le 14/02/2026.




Suivre



