Entretien avec Fujiwara Toshizo pour Mikusu Modan

Posté le 12 octobre 2026 par

Mikusu Modan, qui suit le parcours d’un adolescent en réinsertion et du couple de restaurateurs qui l’accueille, est arrivé dans les salles françaises. Fujiwara Toshizo, son réalisateur, évoque dans un entretien les liens avec son parcours et sa carrière dans le théâtre.

Commençons par parler directement de Mikusu Modan. Vous citez comme point de départ pour l’idée du film un reportage que vous avez vu à la télévision sur le restaurant Chibo [ndlr : une chaîne de restaurants d’okonomiyakis qui employait des jeunes en réinsertion] il y a une dizaine d’années. Est-ce que d’autres éléments ont, depuis, nourri l’écriture du film ?

Avant même l’épisode du restaurant Chibo, mon lien avec cette histoire remonte à quand j’étais au lycée, où j’ai fait pas mal de bêtises. Je n’étais pas un enfant sage. Ensuite, dans ma vingtaine et ma trentaine, j’ai aussi connu beaucoup d’échecs. Ces expériences-là ont nourri la création du film. Mais les adultes qui m’entouraient ne m’ont pas abandonné, ils ne m’ont pas laissé tomber. Au contraire, ils ont bien veillé sur moi et c’est grâce à eux que je suis là aujourd’hui. C’est tout ça qui m’a inspiré pour la création du film, je voulais y mettre toutes ces histoires. Ce que je voulais présenter comme message, c’est que même si on fait des erreurs, on peut toujours recommencer dans la vie.

Vous faites un parallèle entre le personnage de Yuto et votre propre adolescence. Pensez-vous qu’entre les deux époques, la place de ces jeunes dans la société a évolué ?

Pour moi, ça n’a pas tellement changé. Aujourd’hui comme avant, les jeunes boivent de l’alcool, fument des cigarettes, conduisent des motos sans permis. Cette réaction de révolte chez les jeunes est assez similaire à ce qu’elle était à l’époque.

Le film développe un autre thème en miroir, qui est la difficulté pour Sono d’accéder à la parentalité, et en particulier la dureté du parcours de la PMA. Qu’est-ce qui vous a donné envie de creuser aussi ce sujet ?

C’est inspiré de l’expérience de nombreuses amies à moi, qui sont passées par ces séances de fécondation mais n’arrivaient pas à porter un enfant, et qui en ont beaucoup souffert. À l’inverse, dans le film, Yuto est un personnage qui n’a pas été chéri par ses parents, donc il y a une forme de croisement entre lui et le couple formé par Hiro et Sono. C’était aussi mon intention.

Il y a un autre personnage féminin important dans le film, qui est celui de Yukiha. Elle est un peu au croisement de ces deux thématiques, puisqu’à la fin du film elle a face à elle la même opportunité que Yuto de tout recommencer, mais également la possibilité d’une maternité. Que vient raconter cette scène, qui est presque la dernière du film ?

Oui, Yukiha est justement le symbole de ces deux éléments du film. À la fin, je voulais avoir une synthèse de ces thèmes. Yukiha est aussi un personnage qui est issu d’une famille plutôt aisée, ses parents lui ont donné une bonne éducation, contrairement à Yuto qui n’a pas pu avoir tous ces avantages dans la vie. Ces deux jeunes se sont rencontrés un peu par hasard, et je voulais aussi interroger comment traiter cette rencontre entre deux personnages qui viennent de deux milieux très différents.

Pour revenir un peu plus globalement sur votre carrière, vous êtes cinéaste mais avez aussi beaucoup travaillé au théâtre. Pourquoi, pour ce sujet-là, avoir fait le choix d’un film plutôt que d’une pièce ?

Quand j’étais jeune, j’étais un grand cinéphile, je regardais beaucoup de films, j’allais souvent au cinéma et je tournais aussi moi-même des films en 8 millimètres. J’avais envie de créer une sorte de drama. Au théâtre je passe énormément de temps à la création de pièces, à la mise en scène, à l’interprétation de rôles et à l’écriture, et je voulais mettre tous ces éléments dans le cinéma. Mon activité dans le milieu du théâtre et mon amour du cinéma se sont simplement réunis dans ce rêve de produire un film.

Pour votre précédent film, The Sky and Beyond, vous avez fait l’expérience de porter votre propre pièce au cinéma. Comment est-ce que vous avez abordé ce travail d’adaptation d’un médium à l’autre ?

Il y a beaucoup de différences entre la manière de s’exprimer dans un film et au théâtre, et je souhaitais expérimenter avec ça. Mais quand on en vient à l’interprétation des rôles par les acteurs, je ne fais pas trop la différence entre le théâtre et le cinéma. Pour moi l’important c’est que la personne joue le personnage avec le plus de naturel possible.

Vous pouvez, justement, nous parler un peu plus de votre façon de travailler avec les acteurs ?

Le plus important est la personnalité de chacun. Je leur dit souvent de ne pas jouer, mais de s’exprimer avec leurs propres mots. Comme ça, leur pensée s’exprime aussi.

Et pour ce qui est de la suite, est-ce que vous avez déjà d’autres projets de création ?

(Rires). Oui, j’en ai quelques-uns dans ma tête. Ils ne sont pas encore concrétisés, mais j’en ai plusieurs !

Entretien réalisé par Lila Gleizes le 06/10/2026 à Paris

Traduction : Nishida Ayuko

Remerciements à François Vila

Mikusu Modan de Fujiwara Toshizo. Japon. 2025. En salles le 07/10/2026.