COMING OF AGE 2026

Posté le 22 octobre 2026 par

Comme chaque année depuis 2021, les équipes du festival Allers-Retours organisent un programme de courts-métrages de jeunes auteurs sinophones baptisé Coming of Age. Celui-ci se décline en plusieurs séances à Paris et à Lyon, et s’intéresse tout autant au cinéma chinois continental qu’aux films de la diaspora. Voici une sélection non-exhaustive des courts-métrages projetés lors de cette édition 2026 aux paysages visuels multiples.

So Rock! de Liu Fangbai

À Shijiazhuang, ville industrielle du nord de la Chine en déclin, un garçon de 13 ans se retrouve pris entre le harcèlement scolaire et un père déchu. Sa rencontre avec le rock lui ouvre une voie nouvelle : à travers le bruit et les hurlements, il entame un parcours intime de croissance, de révolte et de rédemption.

Si le rock n’est pas le genre musical le plus populaire en Chine, pour des raisons sociales mais aussi politiques, il existe, comme partout dans le monde, une scène du milieu underground. C’est encore plus étonnant que Shijiazhuang, une ville industrielle de la province du Hebei au nord de la Chine, soit devenue le terreau d’une partie de cette contre-culture depuis la création du magazine clandestin So Rock!, en activité dans les années 1990 et 2000. Le réalisateur Liu Fangbai part de ce souvenir d’enfance pour raconter la rébellion progressive d’un jeune aux prises avec son environnement familial décomposé : une mère seule et un père en cavale. Le rock lui vient comme une révélation, à lui qui trouve le besoin de s’y réfugier pour donner corps et mots à ses ressentiments les plus enfouis. Pour un court-métrage consacré au rock, le drame familial manque parfois de de musique pour accompagner la révolte intérieure du personnage mais l’histoire explore intelligemment les tensions au sein de la famille et de la société.

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Chrysanthemum de Jolin Lee

Lorsque sa fille disparaît mystérieusement dans une jardinerie, une jardinière angoissée développe une relation malsaine avec une plante de chrysanthème.

Cinéaste d’origine sino-singapourienne, travaillant aujourd’hui en Nouvelle-Zélande, Jolin Lee explore ici la famille et le deuil à travers le récit d’une mère voyant dans un chrysanthème le signe possible d’une communication avec sa fille que l’on devine décédée, ou disparue. Au-delà du fait que ces plantes renvoient symboliquement à la mort, se lier de telle sorte à un organisme végétal soutient un discours forcément écologique qui vient envelopper le réalisme magique du récit. Le comportement de la mère, d’abord délusionnel, puis abattu et enfin colérique, retrace toutes les étapes du deuil du point de vue de cette plante qui ne cesse de repousser malgré les tentatives de la déraciner ou de l’étouffer avec des mégots de cigarettes. La morale est évidente : il faut apprendre à vivre avec la perte et ne pas se sentir coupable de chercher du réconfort dans les petits signes du quotidien.

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Soil d’Arnaud Lin

Premier court-métrage expérimental de cette sélection. La chorégraphe et danseuse Mathilde Lin, née en région parisienne et ayant grandi à Beijing, prête son enveloppe corporelle à la composition musicale de Sébastien Forrester pour un spectacle inspiré par le shehuo, une tradition de la culture folklorique chinoise affiliée au dieu de la terre et au feu. Historiquement issues de rituels agricoles et de sorcellerie ancienne, ces festivités servent de point de départ à la pellicule 16mm d’Arnaud Lin pour questionner le mouvement et les traditions dans un travail sur la mémoire culturelle et collective. Le premier et le dernier plan, présentant Mathilde Lin agenouillée au bord d’une rivière, explore le lien entre les êtres et le sol, le rôle des rituels et la trace laissée par les cultures sur le monde. D’une simple danse accompagnée de percussions, un monde immatériel entier se dévoile et donne à ressentir ce qui est crée, ce qui est transformé et ce qui demeure dans le courant des cultures. La démarche artistique rappelle, en un sens, celle de Jonathan Glazer dans Strasbourg 1518, ce court-métrage adapté du célèbre récit de la fièvre de la danse alsacienne au Moyen-Âge.

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When the Floor Goes Dark de Yihong Exa Huang

Dans le Shanghai post-pandémique, la dernière nuit avant la fermeture du légendaire club underground Elevator. DJ, programmateurs, membres du staff et habitués du club se retrouvent dans ce qui fut autrefois leur « maison » commune.

Une nouvelle fois, cette sélection prouve qu’elle semble tourner autour de la musique. Ce documentaire s’intéresse aux derniers jours avant la fermeture d’un club de techno mythique de la scène underground de Shanghai. Le collectif, les DJs résidents et les membres qui le tiennent, reviennent sur leur début dans des entrepôts désaffectés et autres  warehouses de premier ordre. Leur volonté est toujours restée la même : offrir un espace d’expression libre aux communautés alternatives de la ville, une safe place où la culture queer peut éclore le temps d’une nuit sans jugement. La démarche ressemble beaucoup à un autre documentaire projeté au festival Allers-Retours en 2024, The Last Year of Darkness de Ben Mullinkosson, qui, comme Yihong Exa Huang, s’intéressait aux derniers moments d’un club underground de Chengdu. Plus qu’un film sur cette contre-culture musicale en Chine, When the Floor Goes Dark montre à quel point un simple dancefloor peut signifier beaucoup, cloisonner les souvenirs et être chargé des histoires de chaque personne qui le foule.

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Still Moving de Rui Ting Ji

Une mère récemment divorcée prend la route avec sa fille à bord d’un camion de déménagement pour un long voyage. Alors qu’elles tentent de tourner la page et d’entamer un nouveau chapitre de leur vie, les blessures du passé continuent de les hanter, et la séparation est loin d’être facile à envisager.

Premier film d’animation de cette sélection. Dans le huis clos d’une voiture, où l’on devine qu’une mère et sa fille sont en train de déménager, la tempête se lève. Un silence assourdissant enveloppe l’habitacle. Peu de mots sortent et les ressentiments commencent à jaillir à mesure que la tempête fait rage. Sans en dire trop, comme le font les personnages eux-mêmes, Rui Ting Ji fait d’un voyage en voiture le lieu privilégié d’une communication impossible entre les membres d’une même famille qui ne s’écoutent plus. La fille prononce des paroles qu’elle regrette instantanément sans s’excuser, et la mère s’entête à convaincre sa fille, sans l’écouter, que ce n’est pas à elle de décider. En dehors du véhicule, la météo s’agite, la pluie tambourine les vitres et le tonnerre gronde sans répit. C’est un exemple particulièrement adroit de narration par l’environnement que l’animation peut incarner comme aucune autre forme.

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A Small Fiction of My Mother in Beijing de Dorothea Sing Zhang

Une célèbre chanteuse d’opéra chinois s’accroche aux rythmes disciplinés de son art, tout en luttant pour combler le silence émotionnel qui sépare son personnage sur scène de sa fille dont elle s’est éloignée.

Un court-métrage, de treize minutes seulement, qui prolonge l’incommunicabilité abordée dans le film de Rui Ting Ji. Une mère, une fois encore, se heurte au silence de sa fille malgré les nombreux appels et messages qu’elle lui laisse chaque jour. Sans ne jamais rien révéler des raisons de cet éloignement, la réalisatrice suggère un portrait nuancé, où l’on ressent autant de tristesse que de prudence. De la tristesse parce que la mère s’adresse à l’infini sans réponse en retour. Prudence car l’on ignore encore pourquoi le silence a remplacé les mots. La rigueur que le personnage applique dans sa discipline, l’opéra chinois, laisse présager qu’elle n’a jamais été présente pour sa famille, et qu’il est désormais trop tard pour réparer le passé.

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In the Valley de Lim Han Loong

Lei, 11 ans, habite à Ipoh dans les montagnes malaisiennes. Quand sa mère décide de déménager pour la capitale, elle s’enfuit avec sa meilleure amie et se réfugient dans une vallée entourée d’une végétation luxuriante et de grottes. Face à cette magnificence intemporelle, Lei trouve un temps un espace de réconfort quant à sa place dans le monde.

Comme lors de chaque édition, un court-métrage sort du lot et s’aventure dans des répertoires à la fois réalistes et fantastiques. C’est le cas de ce film réalisé en Malaisie, projeté à Busan, qui suit deux jeunes filles s’aventurant dans la nature mystérieuse. Devant leur départ imminent pour la capitale, elles ressentent le besoin de connecter avec les forces invisibles de ce monde une dernière fois. Le film prend la forme d’une révélation aux accents de réalisme magique : passé, présent et futur convergent dans une trance impénétrable où les traditions ancestrales rencontrent les pouvoirs immanents et éternels de la nature. Avant tout sensoriel, ce court-métrage offre une expérience de visionnage unique, entre peur et réconfort, espoirs et regrets, ésotérisme et dévoilement. Le sens ne se trouve pas dans le récit en lui-même mais dans les tissus qui unissent chaque être à son environnement et que la caméra parvient à matérialiser l’espace de quelques minutes.

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Echoes of a Long Day de Chen Jiaxiang

En 2007, dans une petite ville côtière du Chaoshan, Chuanchuan, un adolescent resté au pays, monte dans un bus pour Shenzhen avant de demander soudainement à descendre. Il décide de s’accorder une dernière journée pour partager quelques moments avec ses amis. Mais lorsque le jour touche à sa fin et que les dernières chaleurs du soleil disparaissent, la journée des adolescents ne se déroule pas tout à fait comme prévu…

Si cette histoire écrite et réalisée par Chen Jiaxing se situe en 2007, c’est parce qu’il est question d’une époque où Shenzhen représentait encore la ville de tous les possibles. Nombreux étaient les Chinois à envisager de quitter leur province pour rejoindre les villes de premier rang (Yixian chengshi, 一线城市), parmi lesquelles Shenzhen, symbole de l’essor national dans les régions côtières du sud. D’abord embarqué à bord d’un bus à destination de la mégapole, le personnage principal est comme pris de panique et décide de s’accorder une dernière journée avec ses amis. Si le récit en lui-même manque quelque peu de clarté quant aux motivations réelles du protagoniste, le réalisateur parvient tout de même à confectionner une bulle temporelle d’un charme intact, au sein de laquelle espoirs et ambitions se heurtent aux mélancolies adolescentes sur la douce mélodie électronique de Lim Giong.

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Falling Mist de Zhuang Yu-jin

Une route du retour après le travail s’étend des ruelles animées de la ville jusqu’à une voie industrielle déserte, en passant par un passage à niveau.

Second court-métrage d’animation de cette sélection, une magnifique proposition expérimentale en stop motion de Zhuang Yu-jin. Dans un épais brouillard, un personnage semblant traverser les voies d’un train se retrouve entre une nature luxuriante et un environnement urbain pollué. Avec ce dispositif de coexistence forcée, la réalisatrice questionne la place de l’âme humaine dans les forces contraires de ce monde. Toute l’intention de cette fable écologique et impressionniste prend sens quand l’un des deux espaces contamine la matière de l’autre, la neige se transformant en fumée ou les cendres en papillons. Avant tout sensoriel, cet ouvrage délicat se destine à un public sensible aux poésies imagières. Le travail incroyablement minutieux que la réalisatrice apporte à chaque planche, et dont elle détaille par ailleurs le processus artistique sur sa page Instagram (@e70mdxx), justifie à lui seul un tel visionnage.

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Captive Audience de Lin Kew

Un saxophoniste de jazz peine à trouver son public et essuie de nombreux refus, jusqu’à ce qu’il découvre des admirateurs inattendus : les animaux d’un zoo. Lorsque sa musique devient soudainement virale, il doit choisir entre les animaux qui l’écoutent sincèrement et l’industrie qui l’avait autrefois rejeté.

Retour à Singapour pour un nouveau court-métrage centré sur la musique. Ou plutôt, sur un saxophoniste qui trouve dans les enclos d’un zoo un meilleur public que ses homologues humains. Le jazz n’est-il bon qu’à être joué dans les ascenseurs et interprété devant une salle vide ? Une question à laquelle Sebastian de La La Land pourrait très bien répondre avec panache. Dans Captive Audience, le protagoniste, hautement burlesque, est tout à fait de la même trempe : puriste indéfectible et détracteur de l’industrie musicale de la première heure. Le registre absurde et volontairement provocateur de Lin Kew s’applique à merveille à ce court-métrage comique dont la sélection avait besoin. À partir de cet humour franchement caustique est dressé le bilan d’une société du spectacle emprisonnée dans le conformisme et la toute-puissante conduite commerciale, où un artiste a moins de chance de réussir en vivant de sa passion qu’en jouant du saxophone devant des babouins sur TikTok.

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Depuis ses débuts, le programme Coming of Age évolue chaque année pour accueillir toujours plus de jeunes auteurs, de communautés diasporiques et d’horizons cinématographiques. Pour le public de la première heure, impossible de ne pas constater à quel point les courts-métrages s’améliorent en termes de qualité et de diversité. Même si certains projets des différentes sélections paraissent moins sophistiqués que d’autres ou bien souffrent de la comparaison avec des auteurs déjà reconnus dans les festivals internationaux spécialisés , ils restent la voix de cultures singulièrement différentes, et le témoignage d’une jeunesse sinophone qui réalise des films comme jamais auparavant, un peu partout à travers le monde. On ne peut que s’empresser de découvrir de nouveaux courts-métrages lors de la prochaine édition.

En attendant, le festival Allers-Retours retour revient dès le mois de janvier 2027 !

Richard Guerry.

Festival Coming of Age 2026.