VIDEO – La Fille du Konbini d’Ishibashi Yuho

Posté le 23 octobre 2026 par

Hanabi sort en édition vidéo La Fille du Konbini d’Ishibashi Yuho, jolie chronique feutrée observant les doutes et la défiance de la jeunesse japonaise face aux modèles sociaux établis.

À 24 ans, Nozomi a abandonné son tailleur de commerciale pour l’uniforme modeste d’une supérette. Entre la monotonie rassurante du quotidien et la complicité de ses collègues, elle pense avoir trouvé un fragile équilibre. Mais l’irruption d’une ancienne amie du lycée dans le “konbini” vient bouleverser sa routine et la confronter à ses choix de vie.

La Fille du Konbini est une œuvre attachante qui capture l’état d’esprit d’un certain pan de la jeunesse japonaise. L’injonction sociale à la réussite et la dévotion à l’entreprise semble avoir fait long feu pour cette génération qui aspire à s’accomplir différemment. L’héroïne Nozomi (Karata Erika) en a fait l’amère expérience, et a fui la pression d’un poste de commerciale pour le modeste poste d’employée de konbini. Néanmoins, la culpabilité de ce renoncement, de ce manque d’ambition apparent, demeure. Elle n’a ainsi toujours pas avoué à ses parents ce changement dans sa vie personnelle, et le film est ponctué de discussion téléphonique de Nozomi avec sa mère sur un quotidien professionnel révolu.

A l’image de l’impasse dans laquelle se situe Nozomi, le récit avance à pas feutrés et hésitants, sans véritable bascule dramatique si ce n’est la rencontre avec Haruka (Imo Haruka), une ancienne camarade de classe. Les désagréments de cet emploi moins nanti ne sont pas invisibilisés, à travers quelques scènes d’abus dans ce Japon où plus que partout ailleurs, le client est roi. Néanmoins la douce camaraderie entre collègues s’y affirme davantage que dans la solitude et le désarroi entraperçus des bribes de l’ancienne vie de Nozomi. Malgré tout, chacun de ses collègues semble être dans un entre-deux professionnel, d’études, de voyage, quand notre héroïne stagne et ne sait pas encore ce qu’elle veut faire de sa vie. La réalisatrice Ishibashi Yuho saisit là un sentiment certes plus marqué au sein de la société japonaise (et dont elle a puisé l’inspiration auprès de son entourage), mais qui s’avère assez universel dans la jeune génération se cherchant de nouveaux modèles d’existence.

Le choix de l’actrice Karata Erika s’avère fort judicieux dans cette approche. Elle a représenté cette indécision et refus des normes d’un point de vue sentimental dans son rôle sur Asako I et II de Hamaguchi Ryusuke (2018), en épouse abandonnant tout pour un premier amour retrouvé – aspect prolongé en coulisse par la liaison avec son partenaire Higashide Masahiro, alors marié, qui fit les choux gras de la presse à scandales nippone.

La Fille du Konbini est donc traversé de questionnements intenses, enfoui sous son rythme cotonneux et ses tranches de vie douces. Les déambulations urbaines de Nozomi, les longs plans fixes sur sa silhouette en uniforme debout à son comptoir, les moments de langueur dans la solitude de son appartement, tout cela montre silencieusement cette réflexion de notre héroïne davantage qu’elle ne la verbalise. La Fille du Konbini est une œuvre qui entremêle habilement la retenue de son approche avec la profondeur de son propos.

Bonus : 

Une analyse du film (27 mn) par le critique Xavier Leherpeur. Il voit dans l’héroïne l’incarnation de la femme japonaise assumant d’avoir descendu l’échelle sociale. La comédienne Karata Erika, ayant en partie traversé cette situation suite à sa liaison en coulisse avec son partenaire d’Asako I et II, fut une inspiration de la réalisatrice Ishibashi Yuho pour son personnage et lui demanda de s’inspirer de son expérience. Il explique qu’Imo Haruka, qui joue l’amie retrouvée, fut dans la vraie vie un grand soutien de Karata Erika suite au scandale. Ishibashi Yuho a donc cherché, à l’écran et en coulisse, à créer un sentiment de sororité palpable. Il relève la manière dont ce choix magnifie certaines scènes et dépeint les choix de mise en scène appuyant ce sentiment. Leherpeur admire également l’alliage de gestion de l’espace et de langage corporel révélant l’intériorité de l’héroïne, notamment dans l’environnement du konbini. La réalisation représente une sérénité « japonaise » de façade mais est selon lui très réfléchie dans sa progression, et est vraiment pour lui l’histoire d’une femme regardée par une femme.

Deux featurettes (50 secondes et 1mn30) sur Karata Erika et le monde du travail au Japon, ainsi que la bande-annonce.

Justin Kwedi.

La Fille du Konbini d’Ishibashi Yuho. 2025.  Japon. Disponible en Blu-ray et DVD chez Hanabi.