NIFFF 2026 – Ghost in the Cell de Joko Anwar : Emerald Country

Posté le 18 juillet 2026 par

Joko Anwar revient aux affaires horrifiques par une approche singulière dont il a le secret. Ghost in the Cell, comme l’indique le ton parodique du titre, opère entre comédie burlesque et un film de prison qui se voudrait pamphlet politique. Étrange mélange.

Il faudrait d’abord saluer l’audace du cinéaste indonésien pour deux gestes qui structurent le film. Deux grandes audaces. La première serait de faire un film de prison, une comédie et un film de fantômes en passant d’un ton à l’autre, d’une situation à l’autre sans rupture. La seconde serait de faire un film de fantômes en plein jour avec toutes les contraintes scéniques et narratives que cela implique. Il est évident que le premier constat que l’on dresse au visionnage de Ghost in the Cell est que ces deux gestes ne sont pas réussis à la mesure de l’ambition de l’œuvre. La première heure qui insiste sur l’horreur avec une logique de slasher devient bancale à l’aune du déploiement des autres genres qui n’ont de cesse de se phagocyter entre eux. On reconnaît les influences du cinéaste qui rendent d’autant plus explicites les limites de sa démarche aussi bien plastiques que thématiques quand elle ne devient qu’un enchaînement de saynètes.

Tous ces genres sont englués dans une logique burlesque qui rappelle à certains égards la comédie satirique hongkongaise, notamment Stephen Chow. La prison devient une version micro de la société indonésienne avec ses différentes croyances et ses hiérarchies socio-économiques. Cependant, Joko Anwar ne va jamais plus loin que dans ses œuvres précédentes où il avait déjà exploré les facettes de la corruption et de la domination d’une caste politique sur le reste de la population. C’était même au cœur de sa fresque Nightmares & Dreams. Le cinéaste va s’embourber dans un humour régressif dans une logique d’accumulation absurde ou plus aucun effet n’est travaillé mais simplement ajouté au reste d’un huis-clos de plus en plus abscons. La scène de danse qui survient au milieu du film, par exemple, cristallise bien ce problème à la fois de rythme, de ton et de suture symbolique. La virtuosité que l’on pouvait reconnaître du cinéaste dans son travail dans l’horreur depuis une vingtaine d’année se retrouve entravée par un manque de radicalité dans son dispositif. Paradoxalement, le cinéaste ne va jamais assez loin quand il le faut, et manque de justesse à d’autres endroits comme dans le montage parallèle entre le meurtre dans la cuisine et les tensions entre les prisonniers.

Dans un registre similaire, on pense à Maléfique d’Éric Valette qui réussissait en réduisant les enjeux à l’espace d’une cellule, un film d’horreur lovecraftien dans un film de prison. Le traitement de l’enfermement y était pertinent dans la mesure où le délire du protagoniste, la force obscure, semblait lui-même enfermé dans son corps ; cette double isolation se joue également chez Anwar mais comme une analogie de l’insularité.  La prison est une île parmi d’autres dans l’archipel d’Indonésie, et le cinéaste effleure cette idée mais comme le reste, elle est surtout piégée derrière une rigolade qui confine à la bêtise.

Kephren Montoute.

Ghost in the Cell de Joko Anwar. Indonésie. 2026. Projeté au NIFFF 2026.