Kurosawa Kiyoshi signe un captivant whodunit féodal dans ce jidai-geki singulier, intitulé Le Château d’Arioka, en compétition au Festival de Cannes.

Dans le Japon féodal, le seigneur Murashige se retranche dans son château et y fait prisonnier son ennemi, le stratège Kanbei, qu’il décide d’épargner. Au fil des saisons, des crimes inexpliqués viennent troubler l’ordre des lieux ; Murashige mène l’enquête, mais se heurte chaque fois à une pièce manquante que seul Kanbei, depuis sa cellule, semble capable de déchiffrer. Entre méfiance et emprise, leur relation se transforme, tandis que de nouveaux meurtres surviennent et que Murashige perd peu à peu le contrôle de ce qui se joue dans son propre château…
Après Les Amants sacrifiés (2020), Kurosawa Kiyoshi s’essaie de nouveau au film historique dans Le Château d’Arioka mais remonte bien plus loin dans le temps, au Japon féodal agité par la guerre civile. Le récit intègre d’authentiques figures historiques, avec au premier plan le seigneur Murashige (Motoki Masahiro), ancien allié d’Oda Nobunaga (un des trois pacificateurs du Japon de l’ère Sengoku) auquel il va s’opposer résistant durant un long siège dans son château. Le film est adapté d’un roman de Honobu Yonezawa qui imaginait les circonstances ayant conduit Murashige à fuir ce château, comme pour rendre justice à celui qui par cet acte est auréolé d’une image de lâche dans l’histoire japonaise. Murashige a la particularité, contrairement au sanguinaire et impitoyable Nobunaga, de ne tuer qu’en cas d’extrême nécessité et d’épargner femmes et enfants. Cette attitude relève autant de la bonté que du calcul stratégique, mais désarçonne alliés comme ennemis tant elle s’éloigne des très rigides codes du samouraï.

Le film s’ouvre sur un nouvel acte de clémence envers Kanbei (Suda Masaki), stratège et messager de l’ennemi qu’il va emprisonner plutôt que tuer. Cette décision lourde de conséquences va inoculer un venin de duplicité et suspicion au sein des rangs de Murashige qui passera par un immense whodunit se déployant au fil des saisons. Les crimes irrésolus et les complots s’ourdissent au sein du château alors que bientôt, Kanbei devient le meilleur confident et le seul interlocuteur au niveau intellectuel de Murashige. Ami ou ennemi ? Manipulateur ou allié ? L’atmosphère se fait oppressante et paranoïaque, les rares séquences de batailles ou de combats se teintent du même parfum de doute, délestées de tout élan épique.

En remettant en cause les codes bushido, Kurosawa conteste par extension une idéologie du sacrifice et des armes qui pousser le pays à sa perte au vingtième siècle pour d’autres raisons. Un proverbe récurrent hante la dernière partie le récit, « Avancer jusqu’au paradis, reculer jusqu’en enfer » pour expliciter et critiquer ce conditionnement par le don de soi morbide véhiculée par les puissants, hier les seigneurs de guerre, demain l’impérialiste nippon de la Seconde Guerre mondiale, aujourd’hui le capitalisme glacial soumettant les salarymen.

Murashige ne cesse de combattre ce précepte mais voit irrémédiablement les siens s’y abandonner, dans un huis-clos fascinant dont les sursauts baroques évoquent parfois Le Château de l’Araignée de Kurosawa Akira. C’est un traitement très original porté par la prestation intense de Motoki Masahiro, tutoyant le charisme d’un Mifune Toshiru mais en osant davantage exprimer sa vulnérabilité. Il faudra bien sûr être attentif pour ne pas se perdre dans les intrigues de palais et les nombreux tenants et aboutissants, mais le jeu en vaut la chandelle.
Le Château d’Arioka de Kurosawa Kiyoshi. Japon. 2026. Projeté au Festival de Cannes 2026.




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