VIDEO – Help!!! de Johnnie To et Wai Ka-Fai

Posté le 9 mai 2026 par

Sans doute le plus fou des trois films de la Milkyway proposé par Badlands, Help!!! est une comédie noire tournée en temps record sur le système hospitalier à l’heure du capitalisme. Toujours réalisée par Johnnie To et son comparse Wai Ka-fai, il s’agit à la fois d’une comédie immature, d’une satire sociale, d’un film poétique et d’un film catastrophe.

Une jeune médecin tente de remotiver ses deux collègues qui l’ont inspiré mais qui ont perdu leurs illusions pour tenter de sauver leur hôpital.

Le film affirme dès le début son jeu sur les enchâssements avec des projections entre la réalité et la fiction par le biais d’écrans, motif que l’on retrouve jusqu’à la fin du film, justifiant tous les excès mais permettant aussi de pousser encore plus loin la sensation de chaos. La première vraie séquence donne le ton avec un personnage qui est renvoyé de service en service avant d’être oublié dans un couloir à l’heure du changement d’équipe, avec un cynisme décomplexé et un humour un peu sadique. La séquence semble gratuite, mais elle permet en fait d’introduire un personnage central, le donateur et fréquent usager de l’hôpital, rêvant de réformer l’institution en faveur des patients. Figure burlesque et malchanceuse (il faut aimer le comique de répétition), il est opposé aux figures étranges des dirigeants de l’hôpital, sortes de vampires muets qui gratifient le film d’une de ses plus belles scènes lors de la traversé d’un hall avec des parapluies.

Comme dans toute bonne fiction située dans un hôpital post-Urgences, on trouve un triangle amoureux entre la jeune médecin idéaliste jouée par Cecilia Cheung, le médecin désabusé qui va réapprendre le métier joué par Jordan Chan et le médecin devenu garagiste joué par un Ekin Cheng en jeune premier caricatural. Bien entendu, il est question de promesses, de trahisons, et des atermoiements du cœur, mais tout est tourné en ridicule (les grandes résolutions ne tiennent que quelques minutes, les grandes promesses romantiques attirent les déceptions amoureuses…). Le film est rythmé par un certain nombre de gags suivis permettant de marquer une évolution progressive, et est bien moins sanglant que son sujet ne pourrait le laisser croire. Dans l’ensemble, le film ne laisse jamais le temps de s’ennuyer et joue de sa bande-son entêtante pour maintenir l’attention.

Comme souvent, To et Wai expérimentent avec des angles improbables, des perspectives déformées et des mouvements de caméra audacieux mais dans le cadre d’une photographie faussement naturaliste qui singe les séries hospitalières. Le mo lei tau (la comédie de non-sens) est utilisé aussi bien pour aller jusqu’à la satire absurde (les objets improbables oubliés dans les patients, les diverses réactions au patient menaçant de sauter du toit) ou à la transformation poétique (la scène des parapluies ou celle des fantômes), voire les fausses pistes avec la scène de la tronçonneuse. Et dans le même temps, le film s’autorise parfois des scènes à la limite du premier degré, comme lors de la grande scènes d’accidents spectaculaires, et même un entre-deux mélangeant de vrais enjeux et les éléments comiques dans la représentation des responsabilités qu’implique le fait de croire en sa mission de médecin (la sous-intrigue des quintuplés est aussi étrangement présentée à la fois de manière comique et de façon touchante). Comme souvent dans ce genre de production, il faut accepter de rentrer dans la logique interne du film pour ne pas se laisser rebuter par le côté patchwork indiscipliné et apprécier les vraies qualités du film. Un peu à la manière du Figaro de Beaumarchais qui s’empresse de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer, le duo de réalisateurs tirent un signal d’alarme sur des hôpitaux gérés selon des principes de rentabilité, dénonçant le cynisme de façon très hongkongaise, jusque dans son générique de fin.

Édition vidéo :

Encore une fois, Badlands nous gratifie d’une copie très propre et de versions audio en cantonais et en mandarin.

On retrouve les bandes-annonces et le making-of promotionnel d’époque mais aussi, et surtout un entretien d’un quart d’heure avec Julien Carbon sur la dimension politique du cinéma de la Milkyway et la façon dont To et Wai rendent paradoxalement le mo lei tau signifiant et la façon dont To travaillait avec ses équipes, ainsi qu’un entretien d’une demi-heure avec Yau Nai-hoi (scénariste) et Lau Wing-cheong (monteur), mené par Arnaud Lanuque, qui revient sur le folle genèse du film, conçu en un mois de la préproduction à sa diffusion en salle.

Florent Dichy.

Help!!! de Johnnie To et Wai Ka-Fai. Hong Kong. 2000. Disponible en Blu-ray chez Badlands.