Lupin the Third, connu autrefois en France sous le nom d’Edgard de la Cambriole, est une des saga les plus légendaires des manga et de l’animation japonaise. La majorité des films produits par la licence n’est cependant pas arrivée sur nos écrans, même si la version de Miyazaki, Le Château de Cagliostro, et la récente version en animation 3D Lupin III: the First ont connu des exploitations en salles en France. On ne peut que saluer le courage d’Eurozoom de choisir de sortir le nouveau long métrage de la saga sur grand écran : Lupin the IIIrd the Movie : la lignée immortelle.
Lupin et ses compagnons partent cette fois à la recherche d’une île mystérieuse qui abrite le commanditaire d’une série d’attaques à leur encontre, toujours poursuivis par leur Javert de service, l’implacable Zenigata Koichi d’Interpol. Bien entendu, Lupin, ses fidèles compagnons et Zenigata, vont se retrouver échoués sur l’île et confrontés à ses étranges habitants et multiples secrets.
Autant le dire tout de suite, c’est un film à l’abord un peu étrange. Il essaie d’être accessible à un public non familier de la licence, mais c’est aussi la suite de moyens métrages, eux-mêmes suites de séries d’animation, toutes dirigées par Koike Takeshi à l’exception d’Une Femme nommée Fujiko Mine sur laquelle il n’était que concepteur des personnages. En effet, la saga a connu plusieurs avatars au fil des années, avec des opus portés par des réalisateurs aussi étonnants que Miyazaki Hayao, Suzuki Seijun, Ito Shun’ya, souvent suivis par de nouvelles incarnations sérielles (on distingue souvent les ères de la saga par la couleur de la veste du héros). Le film qui sort aujourd’hui en France, a contrario, émane d’une série, par l’auteur de la série, à rebours des habitudes de la saga de rebattre les cartes en proposant une nouvelle lecture de sa mythologie lors de chaque opus. Les personnages sont donc supposés connus : Jingen Daisuke et son pistolet, Ishikawa Goemon XIII le héros chevaleresque, Mine Fujiko la femme fatale, Zenigata Koichi le policier implacable et bien sûr Lupin III le gentleman cambrioleur, trompe-la-mort légendaire. Les premières minutes du films constituent comme un cours de remédiation à grande vitesse de leurs aventures dans le monde établi par Koike depuis 2012, et font logiquement un peu rappel des épisodes précédents. Mais ensuite le récit se sent libre de raconter ce qui lui chante sans jamais avoir à se justifier de son univers, entièrement tourné vers son efficacité.

Il faut aussi noter que nos héros sont perdus sur une île, l’aspect gentleman cambrioleur est forcément laissé un peu de côté, remplacé par des aventure exotiques, avec un côté Tintin sur l’île du Docteur Moreau… Encore une fois, il ne s’agit pas d’une suite du film d’animation 3D, d’avantage grand public, ou de la version familiale portée sur grand comme sur petit écran par les futurs parents du studio Ghibli, mais d’une suite de séries animées qui, comme le manga d’origine, visent un public plus âgé. De façon étonnante, le film semble aussi par certains aspects se placer comme préquelle du tout premier film de la série, Le Secret de Mamo de 1977, et on retrouve des éléments plus adultes de cette incarnation (nudité et violence) dans l’imaginaire de Koike. Il faut donc être préparé à un récit d’aventure lorgnant sur la science fiction avec de vrais moments de body horror (zombies et cyborgs avec un rapport au corps qui n’est pas sans évoquer Ghost in the Shell, même si étrangement le réalisateur cite surtout Prometheus comme inspiration) et un antagoniste qui ne déparerait pas dans l’univers d’Akira dans son apparence comme dans son fonctionnement.

On ne peut que constater l’aisance du réalisateur pour exploiter les caractéristiques des différents personnages pour construire les temps forts de son récit. En séparant les personnages, il leur donne à chacun l’occasion de briller dans des scènes dont la mise en scène s’adapte à leur caractéristiques. Paradoxalement, le personnage qui est le moins reconnaissable devient Lupin lui-même, dans une tenue d’aventurier standard pendant une longue partie du film, jusqu’à sa confrontation avec ses adversaires qui permettent de mettre en avant sa ruse et son intelligence. Le style graphique de Koike (connu chez nous pour son segment d’Animatrix, Redline, son implication dans Afro Samurai ou les animations de The Taste of Tea) est particulièrement adapté au rythme frénétique de ce film qui sert véritablement de climax spectaculaire à ses moyens métrages (ou très courts longs métrages, à un peu moins d’une heure) et à ses séries animées. Clairement pour lui, le grand écran est l’occasion de tous les excès et il tient à profiter autant que possible du pouvoir d’évocation du support. Le résultat est un film étrange, qui commence comme une révision un peu expédiée d’une décennie de construction d’univers pour se libérer dans une générosité anarchique et bizarre à la manière d’un OAV, tout en faisant des clins d’œil aux versions des années 1970 comme aux incarnations plus récentes (des acteurs des versions en prises de vue réelles participent au doublage), mais avec les moyens d’un film de cinéma et une mise en scène résolument moderne. C’est violent, volontiers ésotérique, parfois un peu érotique, mais c’est aussi une célébration de toute l’histoire de la licence, convaincu qu’il n’y a qu’une vérité stable : quelles que soient les apparences et les époques, Lupin the Third n’est jamais vraiment mort, il ne fait que disparaître pour mieux revenir triomphant, ni tout à fait le même, ni tout à fait un autre, mais toujours avec le charme du mauvais garçon au grand cœur.

Florent Dichy
Lupin the IIIrd the Movie : la lignée immortelle de Koike Takeshi. 2025. Japon. En salles le 25/03/2026




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