Le cinéma indépendant chinois prouve sa vitalité régulièrement. En ce 4 février, nous pouvons découvrir en salles Le Grand Phuket, premier long-métrage de Liu Yaonan, tourné dans le Yunnan à Kunming. Coming-of-age documentant la destruction et la reconstruction perpétuelle des grandes villes chinoises, le film se révèle particulièrement frais et rend ses protagonistes attachants. Il nous parvient via Destiny Films.

Li Xing, 14 ans, vit dans le sud de la Chine, dans le district de Grand Phuket, en pleine reconstruction. Il s’entend mal avec sa mère, qui refuse de quitter la maison familiale vouée à la destruction. Le collège où il étudie ne lui apporte que des ennuis. Un jour, il trouve un refuge souterrain dans lequel il peut échapper à sa vie d’adolescent et où d’étranges évènements se produisent…

Ces dernières années, deux grandes dimensions ont pu être observées à l’intérieur du cinéma indépendant chinois : l’incursion du réalisme magique dans la narration et l’imagerie de ces films, et le choix d’une intrigue de type coming-of-age, que cela soit dans les longs ou les courts-métrages, produits de manière abondante. Si Le Grand Phuket ne fait qu’esquisser les contours du réalisme magique – à travers le rêves du personnage principal Li Xing, sous forme d’animation réalisée par Liu Yaonan lui-même -, il est un coming-of-age pur jus, c’est-à-dire un récit sur l’éveil de la jeunesse qui arrive à l’adolescence et qui se confronte doucement à la face adulte du monde. Cela signifie qu’il sera question du travail des hormones, des chahuts virils entre copains, d’un premier amour, de tensions avec la mère et de l’acceptation de son compagnon comme figure paternelle. Avec une réelle aisance, tous ces thèmes se déversent dans le récit avec beaucoup de fluidité et le rendent passionnant. Liu Yaonan a su, à travers des éléments simples et courants d’un récit de jeunesse, écrire des jeunes protagonistes parfaitement attachants, qui habitent l’intrigue. Pour incarner une intrigue qui se déroule au sein d’une même unité de lieu (le quartier du Grand Phuket qui donne son nom au film), quoi de mieux que de recruter de jeunes gens originaires de cette localité précise ? Ce fut la démarche de Liu Yaonan, qui comme nombre de cinéastes avant lui, est parti à la recherche d’acteurs et d’actrices authentiques et non professionnels ; cela a occasionné quelques problèmes de financement en Chine, qui a été résolu par la coproduction en Europe.

À travers ce choix localiste, le réalisateur ne fait que mieux mettre en valeur son second sujet : le témoignage du bouleversement urbain que connaît la Chine depuis les années 2000. Le récit se déroule justement aux alentours de la fin des années 2000, période de la propre adolescence de Liu. On peut estimer que les travaux de modernisation de Kunming ont commencé à cette époque, et qu’à la date du tournage du film, ils arrivent à leur terme. Ainsi, le chantier « perpétuel » qu’a connu Liu peut toujours être filmé, sans qu’il ne faille tarder avant de voir sa fin. Le réalisateur a donc su saisir aussi bien une capsule temporelle qu’un lieu traversé de sensations et de sentiments contradictoires, à l’image de ceux qui surviennent à la puberté, et son film devient un vrai document sur le sujet. Et donc, pour ne rien gâcher, cet instantané de l’urbanisation de la Chine se voit habiter par ces personnages d’adolescents charmants, qui jouent une mélodie de la jeunesse tout à fait juste, aussi chaleureuse que divertissante.

Maxime Bauer.
Le Grand Phuket de Liu Yaonan. Chine, France, Allemagne, Belgique. 2024. En salles le 04/02/2026.




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