VIDEO – Golgo 13 : Affectation Kowloon de Noda Yukio

Posté le 23 janvier 2026 par

Roboto Films continue l’exploration de la filmographie de Sonny Chiba avec la seconde incarnation en prise de vue réelle du légendaire manga Golgo 13 de Saito Takao.  Golgo 13, alias Duke Togo, est un tueur à gage précis et impitoyable, taiseux et charismatique, au passé mystérieux, autant dire un rôle tout trouvé pour Sonny Chiba, la star d’action japonaise des années 70. Dans cet opus de 1977, Golgo 13 : Affectation Kowloon, notre antihéros va cette fois se retrouver à Hong Kong, chargé par un groupe mafieux d’assassiner un chef de cartel sur l’île, accusé de concurrence dans le trafic de drogue. Sa mission va l’amener à se confronter à un policier local, enquêtant sur une série de meurtre qu’il associe aux activités du cartel.

Après un étrange premier film en coproduction avec l’Iran (et tourné principalement en Iran) où notre assassin était incarné par Takakura Ken, cette deuxième interprétation sur grand écran du personnage, se veut un film d’espionnage et d’action international, capable de rivaliser avec les James Bond. Sonny Chiba joue avec délectation ce bandit qui a « un dragon derrière les yeux » mais un code moral qui l’empêche d’être le méchant que sa profession supposerait, aimé des enfants et des femmes en détresse. Dans le monde de Golgo 13, tout le monde tend des pièges à tout le monde, on se met sur écoute, on lit sur les lèvres, on se bat en profitant des décors (mention spéciale à la scène du bus et à celle de la casse avec des cascades de référence) avec un goût pour les petits ajouts sadiques. Golgo est un monstre d’efficacité, il peut surgir de l’eau, tuer des hauteurs, repérer une tueuse à l’odeur pendant une scène de sexe en mêlant la meurtre à la bagatelle… C’est un personnage qui permet un renouvellement fréquent de l’action. Violent, comportant de la nudité, des meurtres passionnels et des assassinats dont la précision frôle le surnaturel, dans des décors parfois exotiques (la communication japonaise de l’époque de la sortie se glorifiait d’avoir été le premier tournage professionnel à Kowloon), le film est extrêmement généreux dans son côté bande dessinée assumé, jamais à court de moments de bravoure et de retournements de situation.

Face à Golgo 13, on trouve bien sûr un figure de Javert, avec un policier hongkongais incarné par Callan Leung (également coproducteur hongkongais du film), deuxième personnage point de vue, plus moral, même si comme Juve, il reste impuissant face aux plans incroyables de son Fantomas. Comme souvent dans les films de Chiba, on retrouve Shihomi Etsuko dans un second rôle, occasion de quelques scènes spectaculaires, même si sa présence est finalement assez brève cette fois-ci. On retrouve tout le savoir faire des employés de la Toei, dans un film d’action très efficace où le casting reste parfaitement dans le ton (y compris les personnages américains, ce qui est assez rare pour être constater). Par contre, même si cela n’est pas du tout rédhibitoire, on ne peut que constater les imprécisions du doublage des personnages alors que les acteurs ne parlent pas japonais, et quelques erreurs de raccords (un comble pour l’histoire d’un maître absolu de la rigueur, capable d’anticiper le détail de chaque réaction en chaîne) qui passent assez inaperçus tant l’action est efficace. La mise en scène n’est pas ostentatoire mais au service des prouesses des héros, avec des péripéties faisant volontairement échos à des épisodes spécifiques du manga, afin de satisfaire les afficionados de l’original autant que les amateurs de films d’action. Le film se distingue aussi par une bande son entêtante de Ibe Narumi qui lui donne une véritable identité sonore, notamment avec le thème du héros. Il est d’ailleurs surprenant que ce film n’ait pas été le lancement d’une série de films autour du personnage éponyme, tant la formule semblait taillée sur mesure pour Sonny Chiba. Etrangement, à ce jour, les seules versions de chair et d’os du doyen des personnages de manga encore en activité auront vu le jour avec l’aide de pays étrangers, l’Iran et Hong Kong, renforçant peut-être ainsi son aura d’antihéros d’aventures internationales (le titre japonais est « la tête des neufs dragons » : on aurait pu imaginer une déclinaison de ces dragons pour les suites). Dans l’état, c’est un film qui, à l’image de Duke Togo, accomplit parfaitement son contrat et se paye le luxe d’être plus efficace et spectaculaire que les James Bond de Roger Moore qui sortaient à la même époque.

Edition Vidéo

L’image possède un grain argentique très plaisant et, si certaines scènes présentent de très légères traces d’usure, les qualités spectaculaires du film sont très bien rendues. La piste son stéréo est également très efficace et précise. C’est un film de son époque dans ses choix esthétiques mais l’édition lui donne tout le lustre possible.

On trouve deux bonus principaux : une présentation de la franchise Golgo 13 par Philippe Bunel, de sa genèse à ses adaptations, avec une remise en contexte du film qui donne envie de découvrir aussi toutes les autres versions, et un retour sur les liens entre Sonny Chiba et le cinéma de Hong Kong par Arnaud Lanuque qui s’en sert pour étudier le rapport du cinéma japonais à son voisin, en prenant  la filmographie de Chiba comme fil conducteur, avec toute l’érudition qu’on lui connaît.

Florent Dichy

Golgo 13 : Affectation Kowloon de Noda Yukio. 1977. Japon/HK. Disponible en Blu-ray chez Roboto Films