NETFLIX – Blame! de Seshita Hiroyuki

Posté le 13 février 2021 par

Adaptation réalisée par Hiroyuki Seshita (Godzilla: The City Mechanized for Final Battle) du manga cyberpunk éponyme de Nihei TsutomuBlame! du studio Polygon Pictures narre l’errance de Killy, énigmatique figure christique. Et c’est disponible sur Netflix !

Peut-être sur Terre… Peut-être dans le futur… Killy est un cyborg taciturne qui erre dans une gigantesque cité labyrinthique, s’étendant sur des milliers de niveaux. Armé d’un revolver amplificateur de radiations et accompagné de Shibo, un scientifique, il part en quête du “net-gene”, un programme qui aurait échappé à la contamination globale d’un virus informatique, et qui serait capable de gérer le monde.

Dans la labyrinthique mégastructure à la recherche de gênes sains, enchaîné à la tentaculaire résosphère (sorte de bureau opaque du gouvernement), ce «héros» aux capacités surhumaines intrigue. Surgissant des tréfonds pour récupérer des terminaux génétiques, le voyage peuplé de terrifiantes et inattendues rencontres sera en réalité l’exploration intérieure de ses motivations, de l’avenir espéré des derniers humains. Il est impossible de comprendre toutes les subtilités du scénario volontairement obscure de Blame! lors du premier visionnage. A plus forte raison au regard de la sous-exposition du début de métrage. Qui est Shibo ? D’où viennent réellement les siliciés (humains augmentés) ou les magnifiques contre-mesures, étranges créatures devenues oiseaux de proie dans une guerre technologique impitoyable ? Pourquoi les bâtisseurs sont influençables ? Condenser le manga sur l’arc des électro-pêcheurs est une bonne idée pour un film souhaitant mêler action et révélation. Cela ne rend toutefois pas justice à la complexité des 10 tomes. La durée d’1h46 aurait en effet mérité une bobine supplémentaire pour s’attacher au groupes de survivants mené par Zuru et son exosquelette face au soulèvement des machines… En réalité, regarder le film sans connaître le manga revient à peu près à découvrir Neon Genesis Evangelion: Death and Rebirth sans connaître la série… C’est beaucoup trop complexe mais cela motive pour la découverte de l’œuvre intégrale.

Monde post-apocalyptique particulièrement déprimant (et éprouvant sur la durée), l’univers froid et hostile de cette construction infinie pousse littéralement le spectateur la tête sous l’eau. Étouffant dès les premiers instants les amoureux de récits dystopiques et de hard SF, citant autant le Metropolis de Lang que La Maison aux escaliers d’Escher, l’œuvre de Hiroyuki Seshita ne laisse jamais indifférent. Symbolisant durant tout son film les démons intérieurs de l’être humain, le réalisateur joue avec les opposés. Le bien et le mal, l’abandon de l’humanité ou sa sauvegarde, le retour à l’état primitif ou la technologie cybernétique… Ajoutant à cela l’affection de l’auteur du manga pour la complexité graphique (citant autant ses études d’architecture que la ligne claire de la BD belge), le film utilise sa complexité pour développer chacun de ses atouts. Artistiquement inattaquable (le design des hunters, l’animation en CGI, la personnification de la ville dont certaines planches sont vertigineuses…), il continue son exploration des vents contraires en soignant son ambiance. Le mixage sonore et le sound design sont à ce propos une réussite incontestable.

Apparu en 1997 dans les pages d’Afternoon, le récit a d’abord l’intelligence de diluer son propos comme autant de cailloux pour le petit poucet. Le lecteur – spectateur se perd à l’évidence dans le récit comme une fourmi dans un immeuble, comme nos personnages secondaires dans cette ville-monstre infinie. C’est en cela que l’œuvre en devient parfois déroutante voir décevante. L’exposition inexistante bien qu’assumée ne demeure alors qu’ un obstacle pour l’empathie des héros supposés. De même, malgré ses partis pris, la narration de Hiroyuki manque de jusqu-au-boutisme.

Citant tantôt le Metropolis de Rintaro, Labyrinthe, I-Robot ou le Terminator de Cameron, la ville ne réussira jamais à imprimer les mémoires comme un Steamboy pour ne citer que lui. Impossible également de nier certains effets pompiers absolument dramatiques pour un récit pourtant captivant et adulte. La musique de fin de métrage est par exemple catastrophique lorsqu’elle doit déclencher (susciter) l’émotion. Et que dire de la scène d’action prévisible à des lieux lorsque, montre en main, on se situe réellement en plein milieu de métrage… Un manque de subtilité et un académisme surprenant tant le récit désenchanté et courageux de Nihei semblait justement retourner les conventions.

Ajoutant la confusion d’un scénario souvent inutilement flou ou une tonalité générale déprimante, inutile de nier que Blame! n’est pas une œuvre aisément accessible et parfois même agaçante. Pour autant les thématiques évoquées et ses absences de réponses définitives sont passionnantes (alors que d’après les connaisseurs, le manga est encore plus complexe). La mort (qu’elle soit physique ou artificielle), la fraternité comme dernier espoir ou la transmission… Autant de puissance évocatrice qui pousse à respecter cet ovni comme unique. Une sorte de tentative suicidaire d’intégrité artistique aussi ambitieuse que scarifiante. Mais il serait tout aussi dommageable que de ne pas se laisser séduire par un propos qui, une fois n’est pas coutume, ne prend pas son auditoire comme une vache à lait ou un parfait imbécile. Que les auteurs en soient les premiers remerciés.

Jonathan Deladerrière

Blame! de Hiroyuki Seshita. Japon. 1997. Disponible sur Netflix.

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