EN SALLES – HAPPINESS ROAD DE SUNG HSIN-YIN (01/08/2018)

Posté le 1 août 2018 par

Annoncé comme la belle découverte de cette nouvelle édition de Festival du film d’animation d’Annecy, Happiness Road débarque sur nos écrans en pleine saison estivale. Une occasion de nous pencher un peu plus sur le petit frère de l’Asie, Taïwan, moins créatif que ses voisins en terme de productions cinématographiques et plus encore d’animes et pourtant véritable vivier d’auteurs passionnants. Cette promesse de bonheur est-elle aussi le germe d’une nouvelle industrie du rêve ?

Happiness Road, une promesse, un chemin que tout spectateur souhaite emprunter, et aussi le nom de la société de production de ce premier long-métrage d’animation de la jeune et talentueuse autrice Sung Hsin-Yin. Un point de départ majestueux et poétique qui s’ouvre sur cette scène durant laquelle la jeune Tchi, à l’arrière d’un camion de déménagement avec ses parents, se rend sur le chemin de sa nouvelle maison située à Happiness Road. Une sortie de route et voilà que la jeune fille se retrouve sur un pont et se lance dans une folle embarcation à plonger d’un souvenir à l’autre. Et soudain, dans un tourbillon de couleurs, le rêve laisse place à la réalité, celle d’une jeune femme au fond de son lit. Exilée aux USA, Tchi va devoir revenir sur les lieux de son enfance pour assister aux obsèques de sa grand-mère.

Teinté de souvenirs autobiographiques, Happiness Road est le récit touchant d’une jeune femme qui se trouve à un age crucial de sa vie. En quête d’identité, elle va mener tout le long du métrage un voyage initiatique dans le quartier où elle a grandi et où chacune de ses rencontres va lui apporter des clés qui vont lui permettre de mieux comprendre qui elle est mais aussi où elle veut aller. Ce point de départ joliment illustré avec un dessin simple, aux traits légèrement arrondis, teinté de couleurs vives et chaleureuses n’est pas un récit naïf pour autant. Bien que la trame principale ait des vertus universelles et s’adresse à un large public qui ravira petits et grands, le récit s’enrichit d’un contexte historique passionnant qui décrit en filigrane les bouleversement socio-politiques qui ont rythmé la vie des Taïwanais ces quarante dernières années et celle de notre héroïne Tchi. Tout au long du récit de la vie de cette jeune fille, de ses premières années en cours élémentaires jusqu’à ses premiers boulots, nous apprenons un plus sur ce que c’est de grandir à Taïwan quand on est venu au monde le jour du décès de Tchang Kaï-Chek. Que ce soit les rapports des Taïwanais avec la population indigène, l’enseignement du mandarin au dépit de la langue natale, la répression politique, les manifs étudiants jusqu’à la catastrophe naturelle, Sung Hsin-Yin passe en revue tout ces événement marquants sans qu’ils ne fassent de l’ombre et ne prennent le pas sur les personnages. Ils sont le cœur du récit, et tous ont une incidence plus ou moins directe sur le parcours de vie de Tchi. Seuls deux d’entre eux auront une influence primordiale sur la construction de la personnalité de la jeune fille. Sa mémé, indigène au caractère bien trempé toujours présente pour lui donner de bons conseils et son cousin apparaissant tel le chevalier de la série animée Candy, vont lui donner le courage de s’émanciper et de suivre ses rêves. Ils sont d’autant plus touchants qu’ils sont traités avec un soin réaliste, pas toujours flatteur, mais décrits avec une réelle bienveillance par la réalisatrice.

On pourrait reprocher au film son travail de l’animation, pas tout le temps au point mais ce serait profondément injuste et injustifié. Au contraire Sung Hsin-Yin applique une doctrine qui a fait ses preuves durant des décennies dans l’industrie du cinéma HK : l’idée prévaut sur les moyens. Et, il faut le reconnaître, Happiness Road est particulièrement inventif dans sa mise en scène et dans ses effets des transition durant lesquels le récit bascule d’un souvenir à la réalité. A aucun moment ils n’apparaissent tels des gimmiks de montage, bien au contraire ils sont au service d’un récit tenu, rythmé, aigre-doux et très émouvant. Le film est dense, d’une grande richesse thématique, et parvient à laisser suffisamment de place à l’émotion sans toutefois succomber au chantage lacrymal.

Happiness Road n’offre peut être pas une recette toute faite du bonheur. En revanche il procure un véritable plaisir de spectateur. Aussi touchant qu’instructif, ce premier-long métrage de Sung Hsin-Yin est l’une des pépites estivales et on vous recommande chaudement d’aller le voir. On lui souhaite de donner des petits et de voir éclore une nouvelle génération de talents dans le cinéma d’animation taïwanais.

Martin Debat.

Happiness Road de Sung Hsin-Yin. Taïwan. 2018. En salles le 1/08/2018.

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