L’Etrange Festival 2017 – Tokyo Vampire Hotel (version cinéma) de Sono Sion : How Far Can Too Far Go?

Posté le 16 septembre 2017 par

Une édition de L’Etrange Festival sans un film de Sono Sion, c’est un peu comme un Noël sans cadeaux. Pour l’occasion, le festival a présenté en première mondiale la version cinéma de sa série Tokyo Vampire Hotel, diffusée par Amazon Japan. Alors que le cinéaste derrière Suicide Club et Tokyo Tribe passait un cap dans sa carrière avec le brillant Antiporno l’année dernière, il nous revient cette fois avec une expérience vampirique et complètement folle.

Tokyo Vampire Hotel, c’est d’abord un projet de série pour Amazon en collaboration avec la Nikkatsu. La série, sortie il y a quelques mois sur la plateforme du site, est constituée de 9 épisodes. Le film est lui un montage de l’intégralité de la série avec une fin différente qui correspond à la volonté de Sono Sion. Nous sommes donc confrontés à une sorte de film-monstre qui n’existe que par l’éclatement d’une narration conventionnelle et par des situations qui sont plus ou moins connectées. Le réalisateur ne s’attache pas qu’à des lieux ou des personnages mais à une trame qui serait le moteur du métrage. Et c’est un choix dont le film subit plus les défauts que les qualités. On sait l’auteur capable de nous offrir des situations radicales qui prennent une durée considérable dans le but de nous offrir une expérience qui toucherait le sublime comme ce fut le cas dans Why Don’t You Play Hell? ou dans Tokyo Tribe. Mais contrairement aux films précédents de Sono Sion, Tokyo Vampire Hotel souffre du rythme bâtard inhérent à son existence. Il faudrait le prendre comme une expérience de cinéma plus que comme un film pour en épouser l’intégralité, car la cohérence et l’énergie (qui font la beauté du cinéma de Sono Sion) sont absentes ou trop obtuses pour que l’on adhère pleinement à la folie du projet.

La structure de certaines séquences qui correspondent plus au format sériel comme la fuite de Manami (Tomite Ami) dans la première heure (qui représenterait les péripéties du premier épisode) deviennent redondantes et perdent leur effet. Néanmoins, l’esthétique de Sono Sion parvient à nous capter dans des moments épars où la poésie macabre du cinéaste fait mouche. Les scènes en Roumanie, par exemple, sont très soignées et on sent même une grâce dans la vision des grottes roumaines. Le cinéaste nous fait même oublier les lourdeurs de son métrage par la virtuosité de sa mise en scène dans son climax final, les chorégraphies des combats, la colorimétrie et les jeux de lumière qui sont galvanisants. Le film se permet même un lyrisme opératique dans le traitement de la monstruosité de ses personnages, même s’il n’est pas toujours pertinent. Sono Sion ose tout, il fait référence à Scarface dans la démesure de ses personnages qui s’affrontent à travers une guerre de gang sur fond de mythe vampirique des Carpates. C’est autant un film de mafia/yakuza qu’un film de monstres. Il partage avec d’autres films de Sono Sion tels que Love & Peace, Guilty of Romance ou Strange Circus, un caractère bicéphale qui, pour le coup, ne fait que renforcer le chaos du métrage qui souffre de sa genèse interlope.

On pense à des films de Miike Takashi ou Nishimura Yoshihiro autant qu’à ceux de Jess Franco ou John Landis. Le cinéaste japonais est généreux et Tokyo Vampire Hotel reste un objet singulier qui nous réconforte dans l’idée que son créateur reste un artiste d’exception dans le paysage cinématographique mondial. On regrette d’autant plus que l’objet ne soit qu’un bricolage qui met en évidence les défauts de sa fabrication. Le film aurait pu être la rencontre entre Guernica et Los Caprichos, mais n’est, au final, qu’une espèce d’illustration punk et dada pour un concert qui n’est accessible qu’au Japon pour l’instant. En attendant donc de voir la série, cette illustration prendra de la valeur dans une filmographie qui contient déjà des œuvres majeures.

Kephren Montoute

Tokyo Vampire Hotel de Sono Sion. Japon. 2017. Présenté à L’Etrange Festival 2017 (Forum des Images). Plus d’informations ici.

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