Expositions – Chim Pom / Sunshower : Pom Shower

Posté le 9 septembre 2017 par

Chim Pom, collectif japonais d’artistes activistes, mène depuis 2005 une œuvre qui s’appuie sur la performance, les installations vidéo, et les collaborations avec des créateurs célèbres, tels le peintre Aida Makoto et le cinéaste Sono Sion, ainsi qu’avec des danseurs, musiciens et autres figures des subcultures de Tokyo.

L’engagement de Sono Sion dans le projet de Chim Pom fait de lui pratiquement le seul créateur japonais à se pencher sur l’enjeu du modèle cinématographique dans l’art contemporain, que l’on retrouve également dans l’exposition collective Sunshower, où figure au premier plan Apichatpong Weerasethakul, figure emblématique de cette question, au même titre que Steve McQueen. Sion participait en 2015 à une exposition collective conçue par Chim Pom pour le Watarium à Tokyo, Don’t Follow the Wind, qui se penchait sur la crise irrésolue de Fukushima. Le collectif avait réussit à obtenir l’autorisation permettant aux artistes de venir créer une oeuvre qui ne serait vue par la suite que par caméra de surveillance, dans le Watarium. La pièce de Sion fut le germe de ce qui devint The Whispering Star, présenté au même musée en 2016, ainsi que dans l’espace où se déroulait Surkurapu ando Birudu (Path to the Road).

Whispering Star de Sono Sion

Une expo dans laquelle le cinéaste n’apparait pas, mais que nous signalons ici afin d’en rappeler la genèse et souligner les hauts puis les bas atteints par Chim Pom. En 2016, le collectif avait organisé une exposition qui fera date, So See You Again Tomorrow, qui se tenait dans le Kabukicho Promotion Association Building, à Shinjuku. Bâtiment qui allait être démoli et que Chim Pom avait investi d’oeuvres phares à chaque étage, construisant un portrait psychogéographique de ce quartier célèbre pour ses cabarets peuplés du commerce de jeunes femmes et de jeunes hommes, cintrés par une présence yakuza, tous témoins d’une histoire que la ville cherche peu à peu à effacer avant l’arrivée des Jeux Olympiques en 2020.

Underground selon Chim Pom, photos S.Sarrazin

So See You Again Tomorrow prit fin avec la destruction de l’immeuble, et des oeuvres qui s’y trouvaient. Geste à la Blanchot qui aurait dû s’en tenir là. Mais Chim Pom annonça qu’ils allaient monter un autre événement à partir des ruines de leurs créations.

Underground selon Chim Pom, photos S.Sarrazin

Alain Badiou aime à rappeler ce que Hegel disait de la philosophie : qu’elle parle lorsque la nuit tombe, elle parle de ce qui a déjà eu lieu, et que cela la situe du côté de la conclusion, plutôt que de l’invention. Ce qui serait le contraire de la poésie. Cette exposition, construite sur les cendres de ce qui affichait une toute autre ambition, a le mérite de vouloir préserver quelque chose de l’histoire de Kabukicho, y compris ses rats. Mais elle ne fait que rappeler ce qui est venu avant, et le fait avec une indolence qui sied au climat de Tokyo en août, et une surenchère d’ironie, puisque ce lieu sera à son tour appelé à disparaître.

Underground selon Chim Pom, photos S.Sarrazin

Le programme de Sunshower est au contraire ancré dans l’apparition, la fulguration, la révélation. Le Mori Art Museum, et son directeur Fumio Nanjo, affiche parmi ses vocations celle d’une véritable loyauté aux artistes contemporains de l’Asie du Sud Est. Cette gigantesque manifestation, qui occupe les salles de deux musées, rassemble des artistes du Brunei, du Cambodge, d’Indonésie, du Laos, de la Malaisie du Myanmar, des Philippines, de Singapour, de Thailande, du Vietnam, et des oeuvres qui, loin des fables et récits de Weerasethakul, dénoncent  une histoire de souffrances nées des colonialismes américain, européen, et de manière moins explicite dans l’exposition… japonais. Moins opérant dans les oeuvres présentées, il hante néanmoins les salles des deux institutions.

Apichatpong Weerasethakul & Chai Siris, Sunshower. Courtesy MAM, Tokyo

L’accès à Sunshower au MAM se fait en marchant sous une oeuvre d’Apichatpong & Chai Siris (autre artiste de Chiang Mai qui a collaboré avec AW à deux reprises), qui donne d’ailleurs son nom à l’exposition : un immense éléphant blanc qui semble sommeiller, flottant au dessus du spectateur, face à une projection vidéo d’une jeune homme qui dort, et dont la sculpture serait le rêve. Son rôle ne résume pas à guider le spectateur.

Ex_Port, Mark Salvatus. photo S.Sarrazin

 

Retenons néanmoins à travers le parcours quelques installations media et vidéo, dont Ex/Port (2017) de Mark Salvatus (Philippines) qui propose, à travers des céramiques de Luzon croisées à Kyoto, une autre histoire de liens entre les deux pays, et House of Hope (2013), de Navin Rawanchakul (Thaïlande), qui signe un hommage à l’artiste thaïlandais Montien Boonma, autour de la reconnaissance du disciple envers son maître. Tandis qu’une autre immense artiste thaï, Sutthirat Supparinya, démontre comment la volonté de modernisation thaïlandaise affecte les régions dans son installation My Grandpa’s route has been forever blocked (2012) et comment les histoires, les récits n’arrivent plus à circuler en raison d’un grand barrage sur la rivière Ping.

Sutthirat Supparinya, My Grandpa’s route has been forever blocked . Courtesy MAM, Tokyo

Sunshower est parsemée de douleur et mélancolie, et pèche par absence de jeunes artistes qui travaillent à leur tour sous forme de collectifs plus irrévérencieux. L’accrochage se veut digne, presque sévère, et frôle le sentencieux. Le spectateur, déçu de ne pas voir d’images d’Apichatpong Weerasethakul, pouvait se déplacer chez son galeriste Scai, dans le joli quartier de Nippori, où se trouvaient des œuvres moins austères. Pour les autres, autant parler de Sunscreen.

1- J’avais publié un texte sur So See You Again Tomorrow dans Inferno, une revue d’art contemporain qui laissera peu de souvenirs.

Stephen Sarrazin

Chim Pom: Sukurapu ando Birudu, 29 juillet-27 août 2017, Kitakore Building, Koenji, Tokyo.

Sunshower : Contemporary art from South East Asia 1980s to Now, 5 juillet-23 octobre 2017, Mori Art Museum & National Art Center, Tokyo.

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