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BIFFF 2017 – Under the Shadow de Babak Anvari : Des spectres comme symbole

Posté le 1 avril 2017 par

Dans la catégorie Panorama de la 35ème édition du Brussels International Fantastic Film Festival est projeté Under The Shadow. Le film, déjà disponible sur Netflix, a été avant cela visible lors du Festival de Gerardmer, en début d’année !

Under The Shadow est une co-production entre la Grande-Bretagne et l’Iran dont l’action se situe à Téhéran alors que l’Irak bombarde la ville très régulièrement. Shideh (incarné par la ravissante Narges Rashidi) est une jeune mère, mais aussi une femme forte, progressiste. Elle désire prendre sa vie en main, recommencer ses études de médecine, mais, confrontée à la société iranienne, se voit reléguée à son rôle de mère au foyer. Quand son mari, médecin, est appelé par l’armée, elle refuse de quitter son appartement pour aller vivre chez sa belle-mère. Mais dans l’immeuble, d’étranges créatures surviennent, des djinns paraissant s’intéresser à sa fille.

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Côté fantastique, le réalisateur et scénariste déploie un canevas des plus classique. Si les créatures qui hantent l’immeuble s’appellent des djinns, et non pas des spectres venus du cimetière indien sous la maison ou autres esprits incapables de trouver le repos, leur manière d’agir, ainsi que la tension qu’ils déploient sur le récit, sont aussi prévisibles que déjà vues. Cela n’empêche pas Under The Shadow d’être aussi passionnant qu’original. Tout d’abord, mis à part quelques fautes de goût en montrant une ou deux fois le fantastique trop frontalement, Babak Anvari parvient à faire peur. L’ambiance est glauque, sinistre, les apparitions mystérieuses et, de manière générale, bien amenées et surtout la plupart du temps suggérées.

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Mais le tour de force reste l’ambiance iranienne du film. Avant même que les spectres ne surgissent, le spectateur est mis mal à l’aise, confronté frontalement à la société iranienne. Voir les rêves de l’héroïne arrachés à cause d’une petite erreur de jeunesse, l’observer se prendre de plein fouet les reproches venant de son mari lui-même docteur qui ne comprend pas pourquoi elle est déçue, voir ses voisins la considérer bizarrement parce qu’elle conduit une voiture, ou l’apercevoir cachant le magnétoscope pour qu’il ne soit pas confisqué a de quoi déstabiliser. Babak Anvari crée ainsi une œuvre réaliste et dérangeante, mais aussi dévoile un personnage attachant et crédible, qui désire vivre sa vie et ses rêves.

Cependant, le réalisateur ne s’arrête pas là car quand le film bascule dans le fantastique, le réalisme de l’ambiance de Téhéran accentue l’horreur et la terreur. En effet, alors que les alertes à la bombe se multiplient, l’immeuble se dépeuple, et la solitude de l’héroïne s’accentue, le réalisateur pointe ainsi du doigt à quel point son comportement de femme progressiste la démarque de son statut de femme iranienne et la rend seule, son mari n’étant plus qu’une voix dans le téléphone, de plus en plus agressive. A moins qu’il ne soit le reflet des djinns qui, en insistant sur son incapacité à bien s’occuper de sa fille, sont le reflet de ce que pense d’elle la société qui l’écrase.

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Under The Shadow est un excellent film. Comme les grands cinéastes de genre, le réalisateur utilise l’horreur pour pointer du doigt les travers de la société, les spectres n’étant qu’un symbole de la solitude et des reproches que doit endurer une femme ne collant pas au carcan étroit qu’impose l’Etat (et la voir risquer le fouet, parce qu’elle fuit l’immeuble, poursuivie par ses démons, sa fille dans les bras mais sans voile, est tétanisant d’horreur). Mais Under The Shadow est aussi un excellent film fantastique, Babak Anvari maîtrisant bien les codes du genre et réussissant à les utiliser à bon escient, même s’il va parfois un peu trop loin.

Under The Shadow mérite grandement le détour, et on ne peut que se réjouir qu’il fasse le tour des festivals, mais aussi qu’il soit disponible sur Netflix, et ainsi puisse être vu par de nombreux spectateurs dans d’excellentes conditions.

Yannik Vanesse

Under The Shadow (2016), de Babak Anvari. Disponible sur Netflix et projeté lors de l’édition 2017 du Brussels Internartional Fantastic Film Festival

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