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FICA 2017 – La Saison des Femmes de Leena Yadav – Campagnes d’Asie (VESOUL)

Posté le 5 février 2017 par

La Saison des Femmes est un véritable succès dans les différents festivals, ce que l’on peut vérifier au 23ème Festival International des Cinémas d’Asie (FICA) de Vesoul dans la section Campagnes d’Asie. Avec Leena Yadav, les femmes prennent le pouvoir pour notre plus grand bien.

Après cinq ans d’absence, la cinéaste indienne Leena Yadav revient avec La Saison des Femmes. Véritable touche-à-tout, la réalisatrice, diplômée en économie et en communication, a d’abord fait ses gammes à la télévision avant d’apprendre de manière autodidacte les différentes ficelles du métier. Montage, scénario, réalisation et production : rien n’échappe à Leena Yadav qui a créé son propre studio de montage avec l’acteur Nikhil Kapoor, devenant aussitôt un symbole de réussite sociale pour les femmes d’Inde. Elle est déjà une figure reconnue des festivals grâce ses deux précédents et uniques films, Shabd et Teen Patti. C’est donc avec une certaine impatience que son troisième film voit le jour.

Parched

Présenté au Festival de Toronto et récompensé au Festival 2 Valenciennes, La Saison des femmes (Parched) aborde un sujet que la réalisatrice connaît bien : celui de la femme en Inde en 2016. Pas de New Delhi ou de grande métropole ici, mais un village, régi par son propre conseil d’hommes ainsi que par ses propres règles, comme partout en Inde, lieux d’actualité récurrents sur le traitement du sexe féminin, à qui s’adresse clairement le film.

Entourée de quatre actrices de talent, Tannishtha Chatterjee (Siddarth), Radhika Apte (Rupkatha Noy), Surveen Chawla ( Himmatwala ) et Lehar Khan (Jalpari),  la réalisatrice aborde dans son nouveau film un sujet brûlant : ses personnages parlent de sexe, rient et espèrent, tout en dénonçant un patriarcat étouffant et qui régit toute leur vie.

Et si la saison était à l’émancipation ?

Parched

Leena Yadav fait le choix de dévoiler dès les premières minutes du film une des problématique majeures pour les familles indiennes : le mariage. Rani (Tannishtha Chatterjee), accompagnée de son amie Lajjo (Radhika Apte) va à la rencontre de Janaki (Lehar Khan), jeune fille d’un village voisin, afin de «  l’acheter » pour son fils unique Gulab (Riddhi Sen).

En une scène, les enjeux du film sont saisis : dénoncer les injustices tout en montrant que l’espoir est possible. C’est à travers l’histoire de quatre femmes, utilisées comme catalyseur, que Leena Yadav transmet son message d’indépendance. Chacune se retrouve être opprimée à sa façon, plus ou moins consciente de sa situation mais toutes portent la même souffrance et un espoir commun : trouver la liberté.

Lorsque la danseuse et prostituée Bijli (Surveen Chawla) effectue sa tournée annuelle aux abords du village, c’est une vague de modernité qui envahit l’écran. Musiques sexistes et dignes des plus grands Bollywood envahissent nos oreilles, « Le tremblement de terre » (le nom de scène de Bijli) danse ventre découvert, cheveux lâchés et avec une assurance provocante, ayant même le cran de refuser à son patron un client. Symbole de liberté pour ses amies, Bijli n’en reste pas moins, malgré les apparences, une femme asservie. Et lorsqu’elle regarde avec dédain son patron lui rappelant son statut social, elle ne se doute pas que le brusque retour à la réalité n’en sera que plus douloureux. Car oui, Bijli et ses amies rient, hurlent « enfoiré de son père », mais le film nous ramène toujours à leur réalité.

Surveen Chawla

Une réalité d’une violence et d’une injustice inouïe que contribue à perpétrer de manière inconsciente Rani envers sa belle-fille Janaki. Elle est inlassablement murée dans le silence lorsque cette dernière est violée par son jeune époux et renvoie sans cesse les torts de Gulab sur la jeune mariée, accusée de ne tout simplement pas le satisfaire. C’est bien là que le film trouve sa justesse, puisque Rani elle-même se refuse sa liberté. Attachée à une culture patriarcale, elle ne peut s’empêcher de reproduire le schéma de sa jeune vie d’épouse avec Janaki et de pardonner encore et encore à son fils Gulab. Veuve de plus de quarante ans, à travers elle s’exprime un tabou : le désir féminin. Rani, enchaînée à une belle-mère vieillissante et vouée à son fils unique, n’a pour contacts charnels que le corps meurtri de son amie Lajjo dont elle soigne les blessures. Lumière tamisée et regards gênés trahissent le désir des deux amies pour qui le plaisir reste un grand inconnu, et dont seule la douceur du toucher de l’autre s’avère être un réel réconfort. Si la réalisatrice n’aborde pas le sujet de l’homosexualité dans le film, elle prend le parti de mettre en avant le désir féminin et sa frustration, qui ne peut s’exprimer que dans de rares moments. Des moments de honte lorsqu’ils sont surpris par un autre regard. Seule Bijli semble assumer ses moments d’intimité physique, à défaut d’exprimer ses réels désirs. Celle dont le corps est vu comme un instrument de liberté par ses amies est en réalité rattrapée par sa situation. A trop rêver de liberté, à trop parler d’indépendance, Bijli est sans cesse ramenée par les hommes à son statut de femme-objet, statut avec lequel elle se débat pourtant en permanence. Les scènes sous sa tente, lieu de vie et d’espoir mais également de travail et de désillusions, permettent aux spectateurs d’approcher au plus près des sentiments de la jeune femme, les gros plans sur son visage laissant paraître son combat intérieur.

Parched

Soudain, le coup de grâce, la trahison ultime de Gulab, l’insupportable révélation du mari de Lajjo, l’humiliation de trop pour Bijli… Dans un montage alterné parfaitement orchestré, les femmes décident qu’elles en ont trop supporté et trop peu dit. Fini le semblant de liberté qu’elles estimaient avoir, chacune abandonnant l’espoir auxquelles elles s’accrochaient : ni un enfant, ni un prétendu admirateur ni un nouvel homme ne leur apportera le bonheur recherché. Désormais elles prennent la décision de « suivre leur cœur » et de vivre par elles-mêmes, cheveux courts et au vent.

Si l’on peut reprocher au film une fin peut-être trop idyllique, il est impossible de lui en tenir réellement rigueur. Véritable ode à la femme, la réalisatrice a su s’entourer de quatre actrices qui d’un simple regard saisissent l’essence de leur personnage. Même la discrète Lehar Khan dont le personnage reste longtemps en retrait, résignée à son rôle d’épouse, crève l’écran. Rejetée par Gulab et sa belle-mère à cause de ses cheveux courts qu’elle a dû couper pour éliminer de soi-disant poux. Lorsque à bout de souffle, elle avoue à Rani la véritable raison, alors cette dernière comprend. Elle comprend que ce n’est pas la femme qui est à blâmer mais l’homme soûl qu’elle appelait son fils.

Leena Yadav livre ici un film moderne, plein d’espoir. Et s’il peut être tentant de qualifier le film de léger, les scènes de violence quotidiennes permettent de comprendre de quel point de vue se trouve le spectateur. Il partage le monde de ces quatre amies, et c’est le monde dans lequel elles s’évadent qu’il partage. C’est pourquoi tout comme elles, nous tendons à oublier leur situation, rendant le rappel sans cesse plus violent. Lors du premier conseil du village durant lequel les femmes demandent une télévision, une jeune fille se voit obligée de retourner chez sa belle-famille après sa fugue. Désespérée, elle annonce à sa mère que son mari ne la touche pas, mais le père et le frère la violent au quotidien. Sous le regard impuissant de la mère et de Rani, cette révélation sonne comme un avertissement, celui de ne pas oublier pourquoi ces femmes ont besoin d’espoir. Ce que le film offre parfaitement.

Parched

La réalisatrice réussit l’exploit, tout en mettant du baume au cœur, de dénoncer les inégalités présentes dans les villages d’Inde échappant à toute modernité. Le film se veut positif et plein d’espoirs, comme pour montrer aux femmes qu’elles peuvent et doivent se défaire des conditions dans lesquelles elles vivent, que ces conditions ne sont pas acceptables. Et que oui, elles aussi peuvent partir sourire aux lèvres, les bras en l’air à toute vitesse sur une moto, car la saison des femmes arrive. Ce nouveau film quelque peu idéaliste est nécessaire pour une prise de conscience progressive dans un pays où les droits des femmes sont un combat de longue haleine et dont le chemin s’annonce encore long et fastidieux.

Amandine Vatinet.

La Saison des Femmes de Leena Yadavà voir au  23ème Festival International des Cinémas d’Asie (FICA) de Vesoul du 7 au 14 février. Plus d’informations ici !

Jeudi 9 février à 13h45 – Majestic 5
Vendredi 10 février à 20h30 – Majestic 2

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