seoul station redimensionné 2

Black Movie 2017 – Seoul Station : Des zombies comme prétexte

Posté le 19 janvier 2017 par

Seoul Station continue de voyager en festival et s’arrête à Genève, dans le cadre du Black Movie. Un film qui mérite amplement le détour, avec son histoire d’invasion zombiesque dissimulant une tétanisante critique de la société coréenne.

Yeon Sang-ho n’en est pas à son premier film, et The King of Pigs avait déjà marqué les spectateurs ayant pu le voir en festival. En amenant cette fois-ci une histoire aux apparences classiques de zombification de masse, le réalisateur comptait évidemment raconter bien plus qu’une série B de morts-vivants. En effet, le réalisateur coréen, tout comme George Romero avec ses chefs-d’œuvre, utilise les cadavres mangeurs de chair humaine pour s’intéresser à sa société, et le fait avec une maestria qui force le respect, et une noirceur terrible. Il n’édulcore jamais le propos et ne dévie jamais de la route qu’il s’est tracée. Le jury international du BIFFF ne s’était ainsi pas trompé en récompensant du corbeau d’argent (ex-æquo avec The Phone) ce bijou d’animation qui hante longuement son spectateur. Reste à voir comment le film sera accueilli à Annecy.

Seoul Station

Dès les premières minutes, le ton est donné. La caméra s’attache à nous montrer les nombreux sans-abri envahissant les rues de ce quartier pauvre de Séoul. Et, alors que la vie s’anime devant le spectateur, un vieil homme s’avance, titubant, du sang plein le cou. Le spectateur comprend immédiatement qu’il s’agit du patient zéro, de l’homme qui va amener les zombies au cœur de ce microcosme et provoquer la terreur. Mais les deux jeunes qui le voient tituber n’en savent rien, et se précipitent à son secours, voyant bien qu’il est blessé. Mais, quand ils comprennent qu’ils ont affaire à un sans-abri, ils s’arrêtent immédiatement et font demi-tour.

Le ton est donné : les SDF seront perçus, par tous les protagonistes qui n’appartiennent pas à cette communauté, comme des sous-hommes qui ne méritent que haine, rancœur, colère. Repoussés et méprisés de partout, ils vont avoir fort à faire pour se faire entendre quand les zombies commencent à les décimer. Le propos est horrible, déstabilisant, effrayant, mais quand on voit comment notre société, peu importe le pays, les traite, difficile de ne pas sentir le réalisme derrière cette histoire.

Seoul Station 2

Le réalisateur ajoute à cela un mépris au sein même des sans-abri, qui se rejettent si l’on n’appartient pas au même quartier qu’eux. Seoul Station est un film très dur, qui fait froid dans le dos avant même que les morts ne commencent à s’entasser.

D’ailleurs, Yeon Sang-ho ne s’intéresse que peu au côté survival au sein d’une ville envahie par les morts-vivants. Certes, de nombreuses scènes, comme celle suivant le père d’une jeune femme vivant dans la misère et son raté de petit ami désirant la prostituer pour qu’elle paye le loyer, et qui traversent la ville pour retrouver la jeune femme, sont très tendues. Seoul Station est un véritable film de zombies. Mais chacune de ces scènes est un prétexte pour montrer le mépris que vivent ces pauvres gens, rejetés au quotidien, que personne n’écoute, que personne ne veut même voir. Le point d’orgue est atteint quand les survivants, ayant réussi à s’accorder un court répit grâce à des barricades de fortune, essaient désespérément de rejoindre l’armée, de l’autre côté, mais ces derniers les repoussent en rappelant l’état d’urgence qui interdit à plusieurs personnes de se regrouper. Difficile de rester de marbre face à ce genre de situations tellement réaliste dans notre société

L’animation et les dessins sont agréables, et servent efficacement le scénario, véritable force de ce film, qui n’est jamais trop long, et ne se perd jamais dans de trop longs dialogues. Ainsi le spectateur ne saura pas d’où vient l’invasion zombiesque (avant le vieil homme du début) mais finalement s’en moque. Attaché au destin de cette jeune femme, il se laisse embarquer dans l’horreur, jusqu’à un final tétanisant d’abomination, osant aller encore plus loin que ce qui a été enduré jusqu’alors, mais tellement logique au vu du propos.

Yannik Vanesse.

Seoul Station, de Yeon Sang-ho. 

Présenté au Black Movie 2017 de Genève. 

Plus d’informations ici !

Imprimer


Laissez un commentaire


*