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Cannes 2016 – Reprise de la Quinzaine des Réalisateurs : Raman Raghav 2.0, Wolf and Sheep (Forum des Images)

Posté le 29 mai 2016 par

Du 26 mai au 5 juin, un bout du Festival de Cannes sera à Paris, grâce à la reprise au Forum des Images de la selection de la Quinzaine des Réalisateurs. L’occasion de découvrir certaines des meilleurs film de la croisette, dont la Caméra d’or, Divines de Houda Benyamina et de revenir sur deux films asitiques : l’indien Raman Raghav 2.0 d’Anurag Kashyap et l’afghan, Wolf and Sheep de Shahrbanoo Sadat.

L’Inde était représentée à la Quinzaine des Réalisateurs par Raman Raghav 2.0, le nouveau film d’Anurag Kashyap. Le cinéaste indien nous avait enthousiasmé avec Gangs of Wasseypur et Ugly. Raman Raghav 2.0 tire son nom du tueur en série Raman Raghav, schizophrène ayant sévi à Bombay à la fin des années 1960. Pour autant, Raman Raghav 2.0 n’est pas du tout un biopic. Le film suit Ramanna, fasciné par le célèbre serial killer. Tellement fasciné qu’il passe à l’acte plusieurs fois, torture sa famille et met au défi un flic, Raghavan, de l’arrêter. Le psychopate est interprété par Nawazuddin Siddiqui (The Lunchbox) qui joue à merveille un tueur fou, barre de fer à la main et parlant à Dieu. Son regard, quasiment reptilien, lui donne un air inquiétant et fascinant. Il tient littéralement le film sur ses épaules. Son adversaire, Raghavan, joué par Vicky Kaushal (Masaan), est un flic un peu cliché. Violent, drogué, il devient finalement l’alter ego de Ramanna. Le duo fonctionne mais est écrasé par la prestance et le charisme de Nawazuddin Siddiqui et, du coup, Vicky Kaushal passe un peu à la trappe.

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Pour des raisons budgétaires, Anurag Kashyap a tourné dans le Bombay actuel, filmant les maisons décrépies, les ruelles, les terrains vagues mais aussi les boîtes de nuit branchées. A l’instar d’autres films indiens de ces dernières années, le cinéaste utilise une bande son tonitruante, dans l’espoir de rendre son film ultra-dynamique. Il faut l’avouer, Kashyap met en oeuvre tout son savoir-faire pour donner une ambiance particulière à Raman Raghav 2.0. Malheureusement, ce mélange rend le film foutraque et le réalisateur n’arrive pas à faire un choix entre mettre en avant l’atmosphère ou insister sur la violence du personnage principal. L’énergie déborde du film mais est mal maîtrisée. Quitte à réaliser un film barré, autant montrer les actes de violence plutôt que des filmer hors-champ ou alors, au contraire, calmer l’hystérie pour revenir à une ambiance inconfortable. C’était le cas sur Ugly et ce dernier est bien plus dérangeant que Raman Raghav 2.0.

Raman Raghav 2.0 n’est pas un mauvais film car Anurag Kashyap a du talent, c’est indéniable. Mais on sent une petite baisse de régime due, peut-être, à une trop grande confiance en son cinéma.

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Shahrbanoo Sadat est une jeune réalisatrice afghane. Née à Téhéran de parents afghans, elle part vivre avec eux en Afghanistan au début des années 2000, dans la vallée reculée de Bamiyan. Wolf and Sheep est son premier long-métrage, qu’elle a elle-même produit par le biais de sa société Wolf Pictures.

Tourné au Tadjikistan pour des raisons de sécurité, Wolf and Sheep suit la vie quotidienne d’une communauté de bergers. Les enfants surveillent les troupeaux et ne fréquentent pas le sexe opposé. Les adultes, de leur côté, parlent beaucoup : de commérages mais également de légendes aux plus jeunes, notamment celle du loup qui serait en fait un homme ou une fée et qui viendrait dévorer les moutons la nuit. L’objectif pour les enfants est donc simple : protéger les troupeaux.

Ce qui frappe avant tout dans Wolf and Sheep, ce sont les décors, naturels. Les montagnes arides de l’Afghanistan (et du Tadjikistan en l’occurrence) sont sublimées par la caméra de la cinéaste. Point de discours politique dans ce film ; le spectateur suit juste le déroulement de la vie de bergers dans un pays bien trop peu connu, si ce n’est par les multiples conflits qui l’agite depuis des décennies. Durant 1h26, les séquences s’enchaînent, montrant les garçons chahutant dans l’eau ou s’entraînant au ricochet et les filles jouant à se marier. Ce sont des enfants comme tous les autres, au détail près qu’ils passent leur temps à s’insulter. Mais la nuit, quand tout le monde dort, le loup vient rôder. Il apparaît parfois sous la forme d’une femme à la peau verte, nue, déambulant dans les montagnes. Le lendemain, des moutons sont retrouvés égorgés.

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Plutôt agréable à regarder, Wolf and Sheep en oublie un élément clé d’un film : le scénario, qui ne comporte aucun enjeu narratif. Tout n’est qu’enchaînement de séquences, qui ne sont jamais liées l’une à l’autre. La thématique du loup, pourtant intéressante, n’est pas du tout exploitée et ses rares apparitions sont kitsch et cheap (sheep…). D’une grande qualité formelle, le film de Shahrbanoo Sadat ne convainc pas. Mais il est indéniable qu’il faudra suivre cette réalisatrice de 26 ans qui aura certainement de belles choses à montrer à l’avenir.

Elvire Rémand.

Raman Raghav 2.0 d’Anurag Kashyap. Inde. Projeté à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2016.

Wolf and Sheep de Shahrbanoo Sadat. Projeté à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes 2016.

Reprise de la Quinzaine des Réalisateurs au Forum des Images (Paris) du 26/05/2016 au 05/06/2016. Toutes les informations ici. 

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