Kinotayo – Entretien avec Yamashita Nobuhiro, réalisateur de Tamako in Moratorium

Posté le 3 janvier 2015 par

Le Festival Kinotayo a projeté le 10è long métrage de Yamashita Nobuhiro, Tamako in Moratorium, une comédie mettant en scène Maeda Atsuko, ancienne chanteuse du groupe AKB48 et actrice de plus en plus présente au cinéma. Variation sur l’ennui et les velléités de Maeda Atsuko, le film a fait partie du top 10 du magazine japonais Kinema Junpo en 2013. Entretien avec le réalisateur.

Pouvez-vous nous parler de vos débuts et de votre trilogie d’Osaka, composée de Hazy Life, No One’s Ark et Ramblers ?

J’avais surtout envie de tourner des films avec Yamamoto Hiroshi qui est le personnage principal de ces trois films. Nous étudiions dans la même université à Osaka. C’est devenu une trilogie par la suite.

A-t-il été difficile de tourner vos premiers films ?

Pour le premier film, nous avons eu du mal à trouver les financements. Nous avons dû faire des petits boulots pour gagner de l’argent. Pour les deux films suivants, nous avons bénéficié d’un budget confortable. A posteriori, je me dit que j’ai eu beaucoup de chance de pouvoir tourner ces trois films avec un acteur que j’adore et avec une équipe que je connaissais très bien.

linda-linda-lindaTamako_in_Moratorium

Le grand public vous a découvert en 2005 avec Linda Linda Linda. D’où est venue l’idée du film ? Etait-ce un scénario original ?

Le producteur Negishi Hiroyuki avait ce projet de films sur des lycéennes qui forment un groupe de musique et jouent des reprises des Blue Hearts. Le script avait déjà reçu un prix. Negichi m’a proposé de tourner ce projet. Nous avons donc travaillé ensemble sur le scénario.

Quelles ont été les réactions des membres de Blue Hearts ?

Ils nous ont donné leur accord pour utiliser leurs chansons mais ils n’ont pas voulu collaborer au film. Ils n’ont fait aucun commentaire. Je ne les ai jamais rencontrés, je ne sais même pas s’ils ont vu le film.

Tamako in Moratorium_Dir.Nobuhiro Yamashita

Une partie de la musique du film est composée par James Iha, le guitariste des Smashing Pumpkins. Comment s’est faite cette collaboration ?

A l’époque, je ne connaissais pas James Iha. C’est une productrice de musique qui l’a contacté. Mon passeport était périmé, je n’ai pas pu partir à New York pour le rencontrer.

Linda Linda Linda et Tamako in Moratorium sont des comédies. En 2012, vous avez réalisé The Drudgrey Train, un film plus sombre. Préférez-vous tourner des comédies ou des drames ?

Tout dépend du personnage principal. Lorsque c’est un personnage féminin, j’ai tendance à devenir gentil, le film devient plus doux et mignon. Lorsque c’est un personnage masculin, je deviens assez dur, le film devient plus réaliste.


Tamako in Moratorium // Nobuhiro YAMASHITA par Kinotayo

Pouvez-vous revenir sur la genèse de Tamako in Moratorium ?

A la base, c’est une commande de Music On! TV, une chaine câblée consacrée à la musique. On m’a d’abord demandé de faire des spots publicitaires avec Maeda Atsuko qui passeraient entre deux clips de musique, puis une série de quatre courts métrages, selon les quatre saisons, qui passeraient tout au long de l’année. Après le tournage des deux premiers épisodes, le producteur a changé d’avis et a voulu faire un long métrage pour le cinéma. Avec mon scénariste, nous avons dû rallonger les courts métrages pour faire un film.

Comment s’est déroulé le processus créatif ? Le film consistait-il en un assemblage des courts métrages ou un nouveau scénario a-t-il été conçu ?

Atsuhiro Yamashita  director of "Moratoriamu Tamako", at Ichigaya on Nov. 12, 2013. Gakugei-bu Mark Schilling interview. YOSHIAKI MIURA PHOTO

Au départ je voulais faire un film sans intrigue, en montrant simplement la journée type de Tamako, en automne, en hiver, quelque chose de très simple. Lorsque nous avons décidé de faire un film, nous avons fait grandir et évoluer le personnage de Tamako. Mais il fallait tenir un équilibre entre les deux premiers épisodes et la suite du film. On a essayé d’ajouter un peu d’intrigue qui correspondait bien au personnage de Tamako, comme dans la fin du film quand elle quitte la maison de son père.

Le personnage de Tamako est-il représentatif de la jeunesse japonaise actuelle ?

J’ai 38 ans, je ne suis plus très jeune. J’ai l’impression que de plus en plus de gens ressemblent à Tamako, sans être aussi jeune qu’elle. C’est peut-être une tendance au Japon qui ne concerne pas seulement les jeunes. Il y a de plus en plus d’ »adulescents ».

Le Festival Kinotayo a diffusé cette année un deuxième film avec Maeda Atsuko, Seventh Code de Kiyoshi Kuroasawa : l’avez-vous vu ?

Je ne l’ai pas encore vu. A Tokyo, il est resté seulement une ou deux semaines à l’affiche. Ce film était surtout conçu comme un bonus pour le dernier disque de Maeda Atsuko.

Moratoriamu_Tamako-0002

Maeda Atsuko est une idol mais elle est presque inconnue en dehors du Japon. L’avoir dans un film, est-ce l’assurance de faire des entrées au Japon ? Elle jouait déjà un second rôle dans The Drudgery Train et on la voit de plus en plus à l’écran.

Quand je l’ai choisie pour The Drudgery Train, je m’attendais à attirer plus de spectateurs mais cela n’a pas été le cas. Les fans d’idols sont particuliers. Ils dépensent beaucoup d’argent pour acheter des disques, aller au concert ou participer à des séances de « serrage de mains ». Mais ils n’aiment pas dépenser de l’argent pour voir les idols au cinéma, où le rapport qualité/prix n’est pas assez intéressant. Les spectateurs voient seulement l’idol sur un écran et ne la rencontrent pas pour de vrai. Quand ils achètent un disque, les fans reçoivent des tickets pour participer à des séances de « serrages de main » ou des concerts, où ils ont l’impression de participer à l’événement.

Linda Linda Linda, The Drudgrey Train et Tamako in Moratorium ont une certaine unité thématique. Ils mettent en scène des jeunes gens qui passent de l’adolescence au monde adulte. Est-ce un thème de prédilection ?

J’ai commencé à tourner des films à l’âge de 20 ans, j’étais encore étudiant. Aujourd’hui, j’ai l’impression de ne pas être encore adulte. A l’origine du projet Tamako in Moratorium, on m’a simplement dit qu’il fallait tourner avec Maeda Atsuko. Nous étions assez libres pour le scénario. Avec le scénariste Mukai Kosuke, nous avons écrit cette histoire. J’ai encore du mal à parler des adultes car je n’en suis pas un moi-même.

Cette année, au Festival Kinotayo, nous avons vu beaucoup de films négatifs sur la société japonaise. Dans Tamako in Moratorium, le personnage principal dit même que le pays n’a pas d’avenir. Partagez-vous ce constat ?

C’est difficile de parler au nom de tous les Japonais. Je ne m’intéresse pas tellement à la politique. J’en entends parler à la télévision mais souvent pour des cas d’adultères ou de pots-de-vin. Je me dis que la politique est pourrie. J’ai envie de dire aux politiques de se secouer. Sans doute, beaucoup de Japonais pensent comme moi. Mais le personnage de Tamako est également désespéré, ce n’est pas lié avec l’actualité politique.

Comment voyez-vous l’évolution du cinéma depuis vos débuts ?

J’ai l’impression d’être un peu en marge de l’industrie. Je n’ai pas vraiment évolué en tant que réalisateur. Quand j’ai débuté, il y a avait une effervescence autour du cinéma japonais. Beaucoup de pays étrangers s’y intéressaient. Les réalisateurs étaient souvent invités dans des festivals étrangers. Je pense appartenir à la dernière génération qui a connu cette effervescence. Depuis, cela a bien changé. Les gens s’intéressent plus au cinéma chinois ou thaïlandais. Pourtant, on continue à beaucoup tourner au Japon.

Quels sont vos projets ?

J’ai réalisé deux films depuis Tamako in Moratorium. Le premier (Chonouryoku Kenkyubu no 3 Nin) est à l’affiche au Japon, le second (Misomo Universe) sortira en février prochain. Ces deux films parlent encore des jeunes.

Typhoon-Club-by-Shinji-Somai

Nous demandons à chaque réalisateur que l’on rencontre de nous parler d’une scène d’un film qui l’a marqué ou inspiré.

Quel serait votre moment de cinéma ?

Une scène de Typhoon Club de Somai Shinji dans laquelle des jeunes filles dansent sous la pluie. J’ai vu ce film quand j’étais encore au collège. Dans Linda Linda Linda, il y a également une scène de pluie. De la pluie artificielle. Dans un de mes nouveaux films, j’ai également fait jouer mes acteurs sous de la pluie artificielle. J’aime beaucoup tourner des scènes sous la pluie artificielle, ça provoque une certaine émotion sur les acteurs et sur moi-même.

Propos recueillis le 20/12/2014 à Paris par Marc L’Helgoualc’h.

Remerciements à Megumi Kobayashi pour la traduction.

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