Blu Ray – Necronomicon de Christophe Gans, Kaneko Shûsuke et Brian Yuzna

Posté le 17 juin 2014 par

Entre l’affiliation très forte de Christophe Gans avec le cinéma asiatique, et la présence d’un réalisateur japonais au casting de ce film à sketches, il était normal qu’East Asia se penche sur ce métrage mythique, à l’occasion de sa sortie en Blu-ray, chez Metropolitan.

En effet, difficile de ne pas qualifier de mythique la mise en chantier de ce projet. Christophe Gans venait de quitter son métier de journaliste et, en compagnie de son ami producteur Samuel Hadida, cherchait à réaliser son premier film, rêvant de se pencher sur le manga Crying Freeman. Samuel Hadida, contactant Brian Yuzna qui avait les droits sur l’ouvrage, expliqua ensuite à Christophe Gans que ce dernier devait tout d’abord faire ses preuves en réalisant un des segments du projet inspiré de Lovecraft : Necronomicon.

necronomicon

Autant être clair, le résultat, du fait de conditions de tournage approximatives et d’un budget effroyablement limité, est terriblement bis, tendance nanar. Les effets spéciaux sont, pour la plupart, assez aléatoires, allant du correct au gribouillage faisant mal aux yeux (mais essayant de compenser en étant terriblement gore). Ainsi, si Necronomicon continue sa vie, revenant en Blu-ray, c’est dû au succès de Christophe Gans (le film sortit en DVD à l’occasion de la sortie du Pacte des loups, et arrive en Blu-ray au moment où sort en DVD La belle et la bête, dernier opus du réalisateur). Cependant, le segment réalisé par le réalisateur français mérite amplement le détour, grâce à son côté poétique et morbide plutôt maîtrisé. Ce segment est ainsi la seule histoire qui n’est pas adapté d’un récit de Lovecraft (le scénario est écrit par Christophe Gans et reprend des thématiques chères à Edgar Poe, après que le réalisateur ait découvert les rapports entre ce dernier et l’écrivain de Providence), mais c’est aussi l’histoire la plus lovecraftienne du lot. En effet, le segment de Brian Yuzna fait plus penser à Society, son premier film, qu’à du Lovecraft (avec du gore à foison, et des créatures qui donnent envie de rire), et Kaneko Shûsuke se penche sur une histoire très docteur Frankenstein.

Pourtant, l’ensemble se laisse regarder. Certes, les effet spéciaux sont souvent ratés, mais les acteurs se débrouillent plutôt bien, et les conditions hardcore du tournage n’empêchent pas des décors soignés, et une ambiance intéressante. Le moment le plus raté, est ainsi la partie qui lie les trois sketchs, avec Jeffrey Combs qui y incarne un Howard Philips Lovecraft cherchant à récupérer le fameux livre. Ce morceau rassemble les effets spéciaux les plus mal faits (les dernières minutes font mal aux yeux) et l’acteur fait preuve d’une retenue dans son jeu qui ne lui sied pas vraiment.

Il est cependant très intéressant de découvrir – ou de redécouvrir – ce film, qui permet de voir comment Christophe Gans a plongé dans le cinéma. Ainsi, avec la sortie simultanée de Necronomicon et de La belle et la bête, le spectateur peut voir le chemin parcouru. De plus, sans ce film, jamais le premier vrai métrage d’un réalisateur majeur (Crying Freeman) n’aurait pu voir le jour.

 necronomicon 2

Metropolitan, fort logiquement, livre le film avec un certain nombre de bonus. L’enfer du bis est un documentaire passionnant où Christophe Gans revient, longuement et sans langue de bois, sur Necronomicon. Cependant, ce documentaire était déjà présent sur l’édition DVD, et date ainsi du Pacte des loups. Dommage de ne pas avoir une partie où le réalisateur français, après avoir fini La belle et la bête, se tourne à nouveau sur cette première plongée dans le cinéma. Cela dit, ce complément se retrouve dans le livret collector, nous offrant une interview très intéressante dans laquelle Christophe Gans fait un parallèle entre ses différents films. Le documentaire sur la musique, avec une longue interview sur le compositeur, reste assez anecdotique, surtout que le compositeur, qui s’est aussi penché sur Le Pacte des loups, parle plus de ce dernier que de Necronomicon.

Un documentaire sur la direction artistique contribue à enfoncer le clou sur le côté rock n’ roll du tournage, et se montre très intéressant, au contraire de la discussion entre les trois producteurs, qui manient la langue de bois comme pas permis, laissant entendre que Brian Yuzna a contacté Samuel Hadida pour que le projet représente le Japon, les Etats-Unis et l’Europe (alors que ce fut totalement fortuit, le producteur français cherchant auprès de Yuzna un soutien pour faire réaliser par Gans Crying Freeman), parlant d’un éventuel Necronomicon 2, et ne disant aucun mot, par exemple, sur la disparition, dès la fin du tournage, du réalisateur japonais de l’équipe, ce qui a forcé les équipes des autres segments à monter le sien eux-même.

Le making of est composé d’une featurette promotionnelle (et le mot est faible) qui fera sourire n’importe quel spectateur en entendant la voix off dire que Necronomicon va révolutionner le visage de l’horreur, et de deux petits modules pas inintéressants, mais trop courts hélas. En ce qui concerne l’image, le film se montre beau, mais guère plus qu’un DVD.

Yannik Vanesse

Necronomicon, de Christophe Gans, Kaneko Shûsuke et Brian Yuzna, disponible en Blu-ray à partir du 18 juin 2014 chez Metropolitan.

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