Hope, Lee Joon-ik

Festival – Hope de Lee Joon-ik : de l’émotion à l’état brut (FFCP)

Posté le 22 novembre 2013 par

Le film d’ouverture d’un festival est peut-être le moment le plus important. Le Festival du Film Coréen à Paris (FFCP) l’a bien compris et a décidé de projeter le bouleversant Hope (So-won), réalisé par Lee Joon-ik. La standing ovation à la fin de la séance a prouvé que le cinéma coréen pouvait encore faire de belles choses. Une bonne piqûre de rappel !

Hope

Le cinéaste Lee Joon-ik est encore assez peu connu en France. Le roi et le clown, sélectionné pour représenter la Corée aux Oscars en 2006 dans la catégorie du meilleur film étranger, est sa seule œuvre ayant bénéficié d’une sortie française. Hope, sorti en Corée début octobre 2013, a déjà attiré plus de 2 millions de spectateurs. Malheureusement, le public français risque de ne jamais le voir…

So-won (qui signifie « vœu » en français), petite fille de 8 ans au caractère bien trempé, vit avec sa mère, enceinte et débordée par son travail et les tâches ménagères, et son père, ouvrier pour qui la famille n’est pas une priorité. Un matin, So-won est en retard pour aller à l’école. D’habitude accompagnée par un groupe de garçons, elle rejoint sa classe seule et fait une mauvaise rencontre. Quelques heures plus tard, son père reçoit un coup de fil : So-won a été battue et violée.

Le sujet est lourd, grave. Ce qui aurait pu devenir un film rempli de pathos, comme sait le faire le cinéma coréen, est en fait un film bouleversant. Malgré la violence du thème, jamais le film ne devient haineux ou au contraire larmoyant. Lee Joon-ik, lors du débat organisé par le FFCP, a déclaré vouloir traiter le thème du viol plutôt que le sujet. Ici, point de vengeance de la part de l’entourage de la petite victime ni d’apitoiement. Le cinéaste a préféré s’intéresser à la reconstruction de la famille après un tel événement. Idéaliste certes, Hope n’en est pas moins un film intelligent et fin.

La justesse du ton est peut-être la plus belle qualité de Hope. Les personnages, interprétés par des acteurs excellents, ont des réactions logiques qui, certes, peuvent parfois paraître excessives, mais qui réagirait de façon raisonnée dans une telle situation ? La mère, interprétée par Uhm Ji-won (Les femmes de mes amies) culpabilise de ne pas avoir accompagné sa fille à l’école et a honte vis-à-vis de son entourage. Le père, joué par Sol Kyung-gu (Peppermint Candy), doit faire face à sa fille, la chair de sa chair, traumatisée par son agression sexuelle et qui refuse tout contact avec lui car avant d’être son père, il est un homme. Ce couple de parents dévastés, quand ils retrouvent leur fille tuméfiée à l’hôpital, doivent alors remonter la pente et accepter ce qui s’est passé. Accepter que leur fille subisse une colostomie (anus artificiel) et n’ait plus une vie normale et surtout, accepter d’être aidés, rôle endossé par une psychologue, jouée par Kim Hae-sook (Thirst). Les parents, pour se relever, adoptent alors des stratégies différentes. La mère veut se cacher, protéger sa fille, et refuse de retrouver le coupable pour éviter d’accabler encore plus son enfant. Le père, quant à lui, se bat – par le biais de la loi – pour rétablir la justice, et essaie par tous les moyens de se rapprocher de sa fille, quitte à endosser un déguisement du personnage de dessin animé qu’elle préfère. Une relation particulière s’instaure alors entre le père et la fille, faite de rencontres courtes, inattendues et souvent silencieuses.

hope

Et la petite fille dans tout ça ? Lee Joon-ik ne l’oublie pas et pour cela, il a choisi une jeune actrice tout simplement extraordinaire, Lee Re, qu’il faudra suivre attentivement. On la découvre joviale et caractérielle au début du film, pour la retrouver blessée, à la fois physiquement (bravo aux maquilleurs !) et psychologiquement, refusant de parler ou même de jouer. Le travail mené avec la psychologue est instructif et touchant puisqu’il permet à So-won de se relever et de reprendre sa vie de petite fille.

Hope

La finesse de Hope se conjugue avec l’intelligence du propos, notamment sur la société coréenne. La honte ressentie par la mère vis-à-vis de son entourage est alors riche de sens. Elle refuse catégoriquement que ses amis soient au courant de l’agression sexuelle du So-won par peur d’être jugée par cet entourage si présent et si pressant. La communauté, notion essentielle en Corée, peut être pesante mais également source de soutien puisque finalement, la mère de So-won s’appuie sur ses amis pour accepter l’agression de sa fille. Quant au père, qui se lance dans la recherche du pédophile, il doit faire face à une justice plus que conciliante. La peine de l’agresseur est en effet réduite à quelques années, tout simplement parce qu’il était ivre au moment des faits et que l’alcool est une circonstance atténuante…

Lee Joon-ik a signé avec Hope une œuvre intelligente et fine, à la fois sur les conséquences d’une agression sexuelle au sein d’une famille et sur la société coréenne. Un grand film émouvant !

Lvi.

Le FFCP 2013 sur East Asia, c’est aussi :

Film d’ouverture –  Hope de Lee Joon-il : critique

Master Class Lee Joon-ik

FFCP 2013 : les films – partie 1, section paysage

FFCP 2013 : les films – partie 2, section classique

Film de clôture – Our Sunhi de Hong Sang-soo : critique

 

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