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Flashback : il y a 3 ans à Cannes !

Posté le 4 mai 2013 par

En attendant nos premiers papiers sur le sélection 2013 du festival de Cannes, retour vers l’édition 2010, qui voyait les premiers pas de Victor Lopez sur la croisette.  De quoi patienter jusqu’aux carnets de bord quotidiens eastasiens de Jérémy Coifman et Victor Lopez, à partir du mercredi 15 mai !

cannes redimensionné

Une soirée dans une villa fellinienne (avec piscine en guise de fontaine), trois films et un peu moins d’heure de sommeil, 8 cafés et un sandwich, 4 heures d’attentes et une série de courses poursuites contre la montre pour chopper les  séances : le parcours du journaliste à Cannes est aussi épuisant qu’une journée de Jack Bauer !

Chatroom

11 heures : Chatroom de Nakata Hideo (Un Certain Regard).

Enfin ! Quelques 14 heures après mon arrivé à Cannes, je finis par pénétrer dans une salle de cinéma (celle modeste, Bazin, du Palais des Festivals). Arrivé le soir après la fermeture des bureaux des badges, l’attente fut longue avant de pouvoir visiter ce lieu sacré. Découverte de la ville, présentation de l’appartement qui fait office de dortoir dans lequel journalistes et passionnés s’entassent 12 jours durant, et, assez amusé de me trouver là avant même mon premier film, une première soirée cannoise, dont les excès feront l’objet d’un prochain (mais imminent, petits curieux) papier cannois ! Arrive le matin, et ses premières projections qui me sont toujours interdites tant que la précieuse accréditation n’orne pas mon cou. Cannes se lève et on croise sur la croisette Vincent Perez qui semble bien pressé dès huit heures, ou Christophe Gans l’air bien moins affairé avec sa baguette à la main. Et une fois l’accred récupérée, deux heures d’attente avant la projection restent encore à supporter, mais le sésame ouvre quelques portes, dont une salle Nespesso, repère nécessaire d’acro au café à volonté.

Et fort heureusement, le Chatroom de Nakata vaut largement cette attente mouvementée. On retrouve un plaisir perdu ces dernières années à suivre sa mise en scène inventive et précise, qui cherche matière à s’exprimer en se promenant de manière assez surprenante dans le scénario d’Enda Walsh. Le film vaut surtout pour une fascinante inscription de thématiques japonaises (la figure de l’otaku, qui s’extrait du monde pour n’en retenir que son image virtuelle à travers l’informatique ; le suicide adolescent et solitaire qui passe par la virtualité d’Internet – figures qui marquaient déjà très métaphoriquement le récent L change the world) dans un cadre britannique tout à fait crédible, qui universalise le beau propos du film sur le désespoir adolescent. La musique, reflétant ce crossover réussi, fond par exemple harmonieusement les compositions de Kenji Kawai (Ghost in the shell) à une BO compilant de l’électro-pop britannique (XX, The Klaxons, etc.). Dommage simplement que le film opte pour un final en forme de thriller virtuel, et s’oblige à une résolution un peu attendue, misant in fine sur une efficacité narrative finalement pas si nécessaire.

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14 heures : Somo lo que hay de Jorge Michel Hay (Quinzaine des réalisateur).

Après les adolescents cyberdépendants, je cours à la Quinzaine pour découvrir des cannibales mexicains, et la seconde bonne surprise de la journée. Somos loque hay prend pourtant son temps pour démarrer, en jouant avec les attentes de son spectateur après une impressionnante scène d’ouverture voyant un vieillard mourir dans l’indifférence moderne d’un centre commercial. On ne sait alors très bien où l’on est : dans un film de zombies, une chronique familiale réaliste, une satire sociale où un film de cannibale, un peu comme si la famille de Letherface (Massacre à la tronçonneuse) s’était invitée dans un film d’Arturo Ripstein. Le film bascule cependant dans son dernier vers tiers l’horreur assumée et offre un carnage jubilatoire, qui a secoué quelque peu la tranquillité des spectateurs de la Quinzaine. Rires nerveux, soupirs d’exaspérations et même applaudissements lorsque la mère de famille finit d’exploser une tête avec une sorte de bouts de bois : le spectateur cannois semble assez peu habitué à genre d’explosion gore, et c’est tant mieux : les yeux se détachent quelques minutes des portables pour se focaliser sur l’écran. Et au vu des attitude des « cinéphiles » cannois, qui regardent un film comme s’ils étaient en réunions, prêts à trouver le moindre prétexte pour fuir la salle ou répondre à des SMS, il n’est malheureusement pas sûr que les grands maîtres Oliveira et Godard réussissent un tel exploit !

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16 heures : Shit Year de Cam Archer (Quinzaine des réalisateurs).

Sans souffler après le carnage mexicain, je me faufile dans la queue du suivant au même endroit, sans prendre garde au titre de mauvais augure. Plus d’une heure d’attente sous la pluie plus tard, l’ouvreur arrête la file à mon niveau et me gratifie d’un : « Désolé, c’est complet ». Incrédule, je me faufile discrètement à l’intérieur du cinéma en mode ninja, mais d’autres ont eu la même idée et une rangée de videurs semblent prêts à recourir à la violence pour interdire l’accès à la salle, et ce quel que soit la couleur du badge (mais rassurez vous, ceux VIP sont déjà rentré), bloque ma progression pourtant furtive. Car avec mon badge bleu de festivalier, la Quinzaine ne m’est pas prioritaire, et je me suis mouillé pour Shit Year pour rien.

Rubber

20 heures : Rubber de Quentin Dupieux (Semaine de la critique).

Bien décidé de tirer parti de cet échec, je me rends alors directement à la file d’attente de Rubber, en me disant qu’avec plus de deux heures d’avance pour un film sur un pneu sociopathe filmé avec un appareil photo et réalisé par un cinéaste dont le précédent Steak a du faire 14 entrées, ce devrait être suffisant. Je chausse alors mes écouteurs en mettant un mix de Mr. Oizo (alias musical du réalisateur) pour me mettre dans l’ambiance en repensant à la belle réussite des Daft Punk Electroma, une autre errance technoïde dans le désert américain et imaginant déjà le beau texte comparatif que je vais pouvoir écrire. Et là stupeur : non seulement, je ne suis pas le seul à attendre ce film avec impatience, mais en plus, l’ouvreur me prévient que ça va « être très tendu ». Et en effet, des centaines d’invités passent avant les courageux de plus en plus nombreux qui attendent depuis des heures, alors que dans mes oreilles, résonnent les paroles du génial morceau Positif : « vous êtes des animaux, vous allez crever ».

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21 heures 20 : Wall Street, money never sleeps d’Oliver Stone (Compétition Officielle).

Je me traine alors à contre cœur vers le palais du soixantième, décidé à voir au moins trois films dans la journée, même si ce dernier est le blockbuster d’Oliver Stone à la réputation des plus désastreuses. Et surprise, je m’amuse terriblement devant un film à la mise en scène assez décomplexée, multipliant les idées improbables sans se soucier de son sujet. Il faut certes oublier la présence de l’exaspérant Shia LaBoeuf, à qui ce rôle de bonne poire un peu niais conviendrait parfaitement s’il n’était pas aussi peu crédible en trader malin, et les cinq dernières minutes, faux raccord hollywoodien, pour se laisser porter par la pure jouissance de la mise en image. Fermeture à l’iris, surimpression, gros plan sur un œil dans lequel se reflète une image de télévision : toutes les scènes sont marquées par la frénésie formelle du filmeur né Oliver Stone. Et le plus beau est que chaque mouvement appuie une idée de scénario, au point que le film se passerait presque de ses dialogues redondants. Par exemple, un plan montre notre héros en voiture avec sa future femme. Une collègue l’appelle au point de lui faire oublier cette dernière. A l’image, un médaillon de la femme au téléphone se superpose à l’être aimée et prend littéralement sa place. Wall Street 2 n’est que ce plaisir esthète un peu vain qui, couplé, à la méchanceté de Michael Douglas et à l’apparition de quelques guest dont un Eli Wallach, auquel un clin d’œil au Bon, la Brute et le truand (qui pourrait d’ailleurs être le titre du film qui en reprend les personnages) est joliment lancé, suffit à me distraire plus de deux heures durant.

Et c’est ainsi que, comme contrairement à l’argent, j’’ai besoin de dormir, mes premières 24 heures cannoises se terminent.

Victor Lopez.

Du 15 au 26 Mai, East Asia sera à Cannes. Jérémy Coifman et Victor Lopez vous donnent rendez-vous tous les jours pour leur carnet cannois !

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