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Critique de Return to Burma de Midi Z (DVD import)

Posté le 27 novembre 2012 par

Tourné peu de temps après les élections de 2010, Return to Burma est un portrait réaliste du retour au pays d’un émigré birman. Pour ses débuts, Midi Z nous offre « le premier film tourné en Birmanie et présenté à un festival international ».  Mais faut-il applaudir le courage du réalisateur ou critiquer l’absence de structure narrative ? Par Aiko

Wang Xing Hong, birman d’origine chinoise,  a travaillé douze ans à Taipei comme ouvrier dans le bâtiment. Le décès accidentel de son collègue et ami Rong l’incite à revenir au pays en ramenant ses cendres. Après tout ce temps à Taiwan, il découvre son pays avec les yeux d’un étranger, et ce qu’il voit a de quoi faire frémir. Malgré les chansons de la propagande qui vantent la démocratie, la liberté et les efforts du Congrès, sa famille et ses amis travaillent pour presque rien. Tout le monde espère économiser assez pour se payer un passeport pour pouvoir s’expatrier. Sans se décourager, Xing Hong explore différentes options, demandant à tous ceux qu’il rencontre combien ils gagnent. La meilleure option semble la contrebande de motos chinoises… à condition de résoudre les tracas administratifs.

Trailer Return To Burma

 

Midi Z, réalisateur birman d’origine chinoise, a 30 ans et un sacré cran. Du cran, il en faut pour revenir dans son pays natal quand celui-ci s’appelle Burma et pour filmer en jonglant avec les interventions policières un portrait pour le moins affligeant de celui-ci : économie défaillante, marché noir, propagande, jeunesse perdue ne rêvant que de s’expatrier.

Interview de Midi Z

Un pays qui pendant 50 ans a détenu quelques tristes records, comme celui du PIB le plus bas de la zone Asie et a collectionné les violations des droits de l’homme, y compris l’absence de liberté de la presse, le travail des enfants, l’esclavage et le génocide.

Burma a un vaste territoire (le 2e en surface d’Asie du Sud-Est), 60 millions d’habitants et de nombreuses ressources naturelles. Comment en est-il venu à cette triste situation ?

Un peu d’histoire.

Après une période féodale de plusieurs siècles ayant vu se succéder plusieurs dynasties, à partir de 1885, le pays est passé sous domination anglaise, exacerbant les différences ethniques et modifiant en profondeur le pays. L’indépendance en 1948 fut suivie d’une longue période de guerre civile, puis d’une dictature militaire de 1962 à 2010, la Birmanie étant devenue au passage l’une des nations les moins développées au monde.

Néanmoins, en 2010 le gouvernement décida de mener la première élection démocratique en deux décennies. Les élections de 1990 avaient abouti à un plébiscite du NLD (Parti démocrate) dirigé par Aung San Suu Kyi, et à l’emprisonnement prolongé de celle-ci. Les élections de 2010, bien que fortement décriées par la presse internationale comme ni libres ni équitables – les deux seuls partis représentés étant téléguidés par la junta militaire –  étaient néanmoins un premier pas (timide) vers la démocratie… qui n’est pas allée à l’époque jusqu’à relâcher Mme Aung San Suu Kyi, toujours assignée à résidence.

Il fallut attendre les récentes élections de 2012 pour que celle-ci soit enfin libérée, et que son parti le NLD obtienne 45 sièges au Parlement. Néanmoins, les partis pro-militaires ont encore 80 % des sièges, et il reste encore un long chemin à parcourir avant d’atteindre la démocratie pleine et entière.

On comprend mieux pourquoi tourner Return to Burma est très courageux. À ce titre, Midi Z a largement mérité l’attention qui lui a été accordée. Aung San Suu Kyi a quand même été privée de sa liberté pendant plus de 20 ans. Le film de Luc Besson, The Lady (2011), rend d’ailleurs hommage à cette grande dame, vivant symbole de la lutte pour la démocratie.

 

Mais est-ce qu’un film courageux est pour autant un bon film ?

Le film de Midi Z, bien que présenté comme une fiction, est largement autobiographique. Si on suit volontiers Xing Hong dans ses tentatives pour essayer de trouver un moyen de subsistance dans sa ville natale au travers de ses diverses rencontres, on attend d’une scène à l’autre qu’il se passe… quelque chose. Mais on arrive à la fin du film et il ne s’est toujours rien passé.

Il ne faut donc pas le regarder comme un film de fiction avec une intrigue, de l’émotion, de l’action, parce qu’il n’y en a pas, ou presque.

C’est par contre un documentaire réaliste et passionnant sur la Birmanie.

Une exploration que nous faisons par les yeux de Xing Hong, qui découvre que malgré les élections, malgré les absurdes chansons pops de propagande beuglées par la radio, son frère, son père, ses amis, gagnent au mieux 4000 kyats par jour – environ 4 euros. Son emploi dans le bâtiment à Taipei lui en rapporte dix fois plus. Et quand quelqu’un explique qu’aux États-Unis, chez Mc Donalds on peut gagner cette somme à l’heure, un soupir collectif et émerveillé s’élève dans l’assistance.

On parle tout le temps d’argent dans ce film.

Quand Xing Hong revoit son jeune frère De pour la première fois depuis douze ans, l’une des premières questions qu’il lui pose, c’est « Et ça te rapporte combien ? ». L’argent, tout le monde en parle, mais personne n’en a, sauf peut-être ceux qui importent sous le manteau des motos de Chine et les revendent au marché noir.

Économiser pour se payer un passeport (plusieurs millions de kyat) et partir à l’étranger est l’ambition de tous les jeunes. Et même là, tout se calcule, se quantifie. Le frère de Xing Hong  part en Malaisie parce que « Taïwan est trop cher ». Allemagne, France, États-Unis, restent du domaine du rêve.

On découvre au passage un pays à l’activité économique atone, où l’électricité fonctionne de façon erratique, une jeunesse désœuvrée qui a, souvent, décroché du système éducatif et dont les seuls divertissements sont la cigarette et la musique.

On ne sait si c’est la morosité ambiante, le tempérament birman ou l’amateurisme des acteurs, mais, pour la plupart, les personnages sont peu démonstratifs. La mère de Xing Hong, la famille à laquelle il ramène les cendres de son ami Rong, ne semblent faire montre d’aucune émotion, ce qui, pour un spectateur occidental, aboutit par moment à des dialogues surréalistes et d’un humour largement involontaire. On a le sentiment que le propos du réalisateur n’est pas l’histoire de Xing Hong mais bien la critique sociale du régime en place.

Techniquement, le métrage est filmé de façon rudimentaire mais efficace, ce qui accentue l’impression de réalisme. On marche littéralement dans les bottes de Xing Hong, y compris des scènes en caméra cachée comme le marché noir. C’est donc plutôt un atout qu’un défaut.

 Aiko

Verdict : Un documentaire critique de la Birmanie d’aujourd’hui. À voir pour la découverte de ce pays jusqu’à peu de temps interdit.

Return To Burma est disponible en DVD import chez Terracotta depuis le 12 novembre

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