Redline de Koike Takeshi (DVD)

Posté le 19 octobre 2011 par

Fan depuis ma tendre enfance des Fous du volant (Wacky Races) avec en pilotes fétiches les deux tordus Satanas et Diabolo, lorsque j’ai eu le plaisir de découvrir que Madhouse, l’un des plus grands studios d’animation japonais contemporain à qui l’on doit des perles à la télé et au cinéma comme, entre autres, Summers Wars, Perfect Blue, Rémi sans famille, Gen d’ Hiroshima ou encore Master Keaton, allait réaliser un film sur des courses automobiles futuristes ultra-violentes dans un monde à mi-chemin entre western spaghetti et cyberpunk , mon sang n’a fait qu’un tour.  Alors pour un tour de piste, attachez  vos ceintures et à fond les manettes ! Par Olivier Smach.

La genèse.

Redline est un projet ambitieux marqué par la rencontre de deux grands noms du cinéma d’animation  japonais. Nous avons d’un côté Ishii Katsuhito, réalisateur et scénariste de l’excellent film The Taste of Tea, qui a également participé au scénario de la séquence animée de Kill Bill de Quentin Tarantino, réalisée par le studio de production IG.

De l’autre, Koike Takeshi, directeur d’animation et Mecha designer qui a travaillé avec Kawajiri Yoshiaki sur des films cultes tels que Ninja Scroll, Vampire Hunter D ou encore sur le pilote d’Afro Samouraï. Sa renommé internationale viendra avec World Records, l’un des courts métrages d’Animatrix inspiré de l’univers des frères (et maintenant sœur) Wachowski.

Passionné de comics, et fan de Koike, c’est Ishii, qui, en 2003 va provoquer leur rencontre. Et la collaboration sur Redline entre les deux grands au sein du studio Madhouse marquera le début de la carrière de Koike en tant que réalisateur de longs métrages.

Synopsis.

JP, avec son look rétro de chanteur de rockabilly et son tempérament désinvolte à la Spike Spiegel, est un coureur hors norme qui, malheureusement, gâche son talent en participant à des courses truquées, faisant ainsi le bonheur de la pègre. Après une énième défaite, sa carrière semble finie. Mais, contre toute attente, suite au désistement de nombreux participants qualifiés pour le tour suivant, il se voit propulser malgré lui sur les devants des projecteurs et se retrouve qualifié d’office pour la course ultime et mortelle, la Redline, qui doit se dérouler sur la planète Robot World. Mais, c’est sans compter sur les dirigeants de ladite planète qui refusent catégoriquement d’ouvrir leur frontière à la course. Le porte parole du gouvernement de Robot World fait alors savoir aux quatre coins de l’univers que quiconque entravera cette interdiction sera puni de mort. Malgré les menaces susceptibles de se produire face à une éventuelle ingérence à la souveraineté de la planète, les organisateurs de la course, supportés par les bookmakers qui flairent l’oseille intersidérale, ne l’entendent pas de cette oreille, et vont en toute impunité mettre clandestinement en place cette course mortelle. Les répercussions ne tarderont pas, mais qu’à cela ne tienne, boostée par le bruit des moteurs qui grondent et les odeurs de nitroglycérine environnantes, rien n’arrêtera cette tête brulée de JP en quête d’adrénaline pure !

Pôle position.

Les deux réalisateurs vont développer durant 7 années ce projet de courses futuristes ultra violentes sous la forme d’un film d’animation en 2D, dans le pur style graphique pop art (Viewtiful  Joe, ça vous dit un truc ?). Ils veulent par dessus tout montrer toute la richesse du cinéma d’animation 2D à l’heure des rouleaux compresseurs de la 3D et du numérique. Et le film réussit l’exploit d’être entièrement dessiné à la main, ce qui est tout simplement hallucinant lorsque que l‘on apprend que plus de 100.000 dessins ont été réalisés au total !!! Au niveau du résultat, faisons court : Redline est une grosse tuerie visuellement parlant ! L’animation durant les courses est d’une fluidité décoiffante, et franchement les superlatifs me manquent pour dire à quel point c’est bien foutu !

Des influences en veux- tu, en voilà !

Redline regorge d’influences dans tous les sens : on pense notamment à Death Race 2000 avec feu David Caradine (moins le remake Jason Stathamien qui, il faut l’avouer, n’apporte pas grand chose…) pour le côté télé réalité déviant et malsain ; au jeu vidéo ultra bourrin Carmageddon (inspiré lui-même de Death Race…) pour sa violence gratuite ; et bien évidemment au film Speed Racer pour le cadre futuriste intergalactique. Mais s’il s’agit de rendre à César ce qui appartient à César, il y a de fortes possibilités que la source revient au manga originel de Yoshida Tatsuo (mais ne l’ayant pas lu, je ne vais pas me risquer  sur cette pente délicate). En revanche, la comparaison avec le denier métrage édulcoré des frérots  fétichistes de cuir noir et de paires de lunettes Ray-Ban s’arrête là.

Malgré le cadre identique, Redline est un concentré de violence brute,  d’agressivité joyeuse, et on prend beaucoup de plaisir à se perdre dans l’univers du film, joyeux bordel décalé, et composé de créatures diverses plus tordues et charismatiques les unes que les autres.  On y retrouve d’ailleurs un bestiaire quelque peu inspiré de celui de Tatooine.  Et puis n’oublions pas : que serait ce monde de brutes sans un peu de délicatesse ? Et bien pas grand-chose ! D’où la gente féminine qui est fièrement représentée  par la ravissante Sonoshee , concurrente de charme de notre héros.

Mais la chose qui m’a le plus sauté aux yeux à la vision de ce film, c’est de me retrouver en face d’une adaptation animée parfaite d’un des plus grands  jeux-vidéo de courses futuristes de tous les temps, qui a fait le bonheur d’innombrables possesseurs (mais aussi le malheur de tout autant de parents qui ont vu leurs chères têtes blondes adorées en proie à de violents troubles épileptiques) de consoles développées par la firme du plombier moustachu japonais grand amateurs de champignons, le légendaire F-Zéro. Tous les ingrédients sont là : circuits alambiqués façon Roller Coaster, vitesse Mach-3, nervosité, nitroglycérine à gogo, personnages farfelues à la Captain Falcon, et même le coup de l’automobile qui exécute des rotations sur elle-même afin de repousser ses adversaires est respecté.

Autre point positif, les doublages sont d’une qualité vraiment exceptionnelle (mais est-ce encore nécessaire d’en douter avec les japonais ?), et on sent que les doubleurs se sont bien marrés et qu’ils y ont particulièrement mis du cœur à l’œuvre.

Si il n’y avait qu’un bémol que je reprocherais au film, ce serait la fin du métrage, expédié un peu à la vite à mon goût et qui manque  cruellement d’originalité. Mais bon, ne faisons pas la fine bouche, c’est vraiment un défaut mineur.

Bref comme vous pouvez le constater, je pourrais continuer encore longtemps avec les superlatifs, mais il n’est pas nécessaire d’aller plus loin. Sachez tout de même que depuis les deux dernières années, le film s’est forgée une petite réputation enthousiasmante au sein de différents  festivals internationaux tels que celui de Locarno, Annecy, ou encore l’Etrange Festival. En juste récompense de ses qualités, il a naturellement reçu le prix du meilleur film d’animation du 21ème festival du film d’horreur et fantastique de San Sebastian en Espagne.

En conclusion, beau comme un camion, vous pouvez vous ruer les yeux fermés sur cette petite bombe du cinéma d’animation « made in » studio Madhouse !

Olivier Smach.

Verdict :

Redline de Koike Takeshi, disponible en DVD et Blu-Ray, édité par Kazé, depuis le 19/10/2011.

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3 commentaires pour “Redline de Koike Takeshi (DVD)”

  1. « c’est Ishii, qui, en 2003 va provoquer leur rencontre »
    >> c’est sur que quand Koike a réalisé le générique de Party 7 (2000) il n’a pas du rencontrer Ishii ?
    (et quitte à placer Kill Bill, autant peut etre ne pas faire comme sur la jaquette du dvd et dire que c’est koike qui était aux manettes ? hein parce que bon quand meme…..

  2. >> C’est sûr que lorsque nous aurons une remarque constructive de ta part les poules auront des dents !
    Allez je précise pour toi, ils se sont bien rencontrés sur Party 7, mais l’un n’empêche pas l’autre, il me semble.

    De nouveau, c’est bien Ishii qui est allé « provoquer leur rencontre en 2003» pour démarrer le projet du long métrage Redline.

    Pour Kill Bill, voilà ce que je te propose: tu relis mon article, et tu fais comme si tu n’avais pas lu ce paragraphe. Voilà, je suis sûr que tu vas beaucoup mieux maintenant, hein parce que bon quand même…

  3. a la rigueur si tes phrases étaient correctement tournées, j’arriverai à comprendre le sous texte. Dans l’etat et selon les regles admises dans la construction d’un enchainement d’idées, rien ne vient étayer le moindre commencement de lien avec ce que tu expliques. N’ai pas honte d’avoir écrit trop vite, ça arrive aux meilleurs.

    Quant aux remarques constructives : ce n’est pas mon fort. Je n’y connais rien en ciné asiatique alors je préfère troller, ça m’amuse. (et comme ça, Eastasia a des commentaires, ce qui est plus valorisant que des j’aime sous FB). Et que veux tu quand je vois une remarquable erreur du type sus cité, erreur évitable en 2mn chrono via wiki ou imdb (pour dire le niveau), bah je m’empresse de la signaler. Il manque peut etre un smiley quelque part. Quoique ca m’amuse de te voir t’empetrer dans une explication de haute voltige.
    Mais je confirme je suis un indécrotable chieur, qui fait pourtant cela histoire de donner un peu de niveau à Eastasia (enfin, disons, un meilleur niveau). On a tous débuté, écrit des croutes improbables, fait de monumentales erreurs (tiens, Party 7 j’avais detesté à la premiere vision, alors que c’est une bombe), et ça fait mal à l’ego de se le faire remarquer. T’inquietes l’ego, c’est juste bon pour les journalistes. Ah, on me signale que sur EA les pigistes sont nommés journalistes, autant pour moi.
    Allez, bonne nuit. Et en espérant vous croiser au cycle Kansai dans les prochains jours (vous savez le cycle avec plein de films inédits, super rares et pas tjs tres bon que presque personne ne couvre dans le petit milieu des mecs insuportables qui donnent leur avis inintéressant sur le cinema asiatique)

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