Michael Hui portrait

Michael Hui – God of cockery (Le roi de la tambouille magouille) Partie 1 : portrait de Mr. Boo

Posté le 16 juillet 2011 par

Metropolitan édite le 11 juillet un beau coffret consacré à un des plus grands comiques de Hong Kong : Michael Hui. Pour accompagner cette occasion de revoir The Private Eyes, The Contract, Security Unlimited et Games Gamblers Plays, Bastian Meiresonne revient sur la carrière de Mr. Boo.

Comique des serre-vis

Une promesse, que je me suis faite en tentant de transmettre ma passion du cinéma asiatique, c’est à la fois de veiller à donner des informations “généralistes” pour faciliter la “découverte” et à la fois placer des anecdotes plus pointues pour les fans. Pourtant, il m’arrive encore de prendre certaines choses comme “acquises”, comme penser que le nom de Michael Hui ne nécessite plus aucune présentation du personnage… C’est pourtant oublier, que très peu de ces films aient édités en Europe (un tort réparé avec le coffret disponible chez HK Vidéo) et que son dernier gros “succès” hongkongais remonte à… 1988 (je fais l’impasse sur le vilain Rob-B-Hood , où son personnage est honteusement sous-employé face à un Jackie Chan plus cabotin que jamais) ! C’est donc à la fois avec effroi et grand bonheur, que j’ai vu lors du festival  d’Udine toute une nouvelle génération de personnes (re)découvrir Michael Hui, rire aux éclats et se bousculer aux séances suivantes de ce que je considère l’un des plus grands comédiens de tous les temps… et dont j’aimerais rapidement retracer le parcours à l’occasion de la sortie de quatre de ses films en DVD : The Private Eyes, The Contract, Security Unlimited et Games Gamblers Plays.

Michael Hui est né en 1942 dans une famille nombreuse relativement pauvre, ce qui lui vaudra de subvenir lui-même aux frais d’université en étudiant le jour et en donnant des cours le soir. Cette jeunesse lui forge un caractère de débrouillard et de bosseur.

Hui grandit en plein boom de la télévision des années 1950s et (surtout) 1960s et trouve rapidement des jobs comme assistant et traducteur pour des émissions de variétés. Bravant l’interdiction formelle de ses parents de ne pas se lancer dans l’industrie de divertissement, mal vue à l’époque, il va proposer le concept d’une émission comique à la chaîne TVB. Genre très apprécié, The Hui Brothers Show , animé par Michael et son frère (chanteur) Sam s’est dès le départ distingué par sa nouvelle manière d’enchaîner très rapidement des gags conçus à partir du quotidien et surtout des “petits gens”, simples ouvriers ou délaissés du grand système capitaliste. Le show cartonne et propulse immédiatement les deux frères au rang de vedettes ; un statut consolidé avec les succès consécutifs de Michael Hui acteur dans The Warlord de Li Han-Hsiang et Michael Hui réalisateur avec son premier long, Games Gambler Play en 1974, deux cartons au box-office. Ses longs suivants, The last message (1975), The private eyes (1976) ou encore Security Unlimited (1981) seront tous d’énormes succès, et élèveront les frères Michael, Sam et Ricky au rang de superstars. Ces derniers inspireront toute une génération de comiques, dont Stephen Chow, qui doit absolument tout à Michael, depuis ses gestuelles, sa façon particulière de parler et même le personnage du vil opportuniste.


Au-delà du talent évident, Michael Hui a également eu la chance de démarrer sa carrière au moment de la suprématie de la télévision, qui lui aura facilité le passage sur le grand écran et… de la mort de Bruce Lee. Cette dernière mettra un terme prématuré au genre du kung-fu et crée un gros vide dans le cinéma local, qui sera en grande partie comblée par l’engouement pour la comédie.
Durant les années 1980s, Michael Hui va se faire beaucoup plus discret en privilégiant le rôle de scénariste et de producteur et faisant l’acteur dans les films des autres, comme dans Chicken and duck talk , souvent à tort attribué à Michael Hui, mais en fait réalisé par le roturier Clifton Ko. Hui explique cette “retraite anticipée” car il a atteint ses propres “limites” dans le comique en se contentant de réitérer toujours le même concept d’un individu face à une série de situations plus ou moins absurdes et surréalistes ; mais également en avouant être en conflit permanent entre le Michael Hui scénariste (qui aimerait faire les choses en grand en imaginant des scènes impossibles à réaliser), réalisateur (qui aimerait une approche plus directe et réaliste) et acteur (qui ne peut se défaire de son personnage et ne se retrouve donc ni dans un cinéma grandiloquent, ni dans l’approche plus réaliste). Ce qui ne l’aura pas empêché d’annoncer à Udine préparer une séquelle au mythique Chicken and duck talk plus de vingt ans après l’original !!!

 

Games Gamblers plays

Games Gamblers’ play est donc le premier long des frères Hui et constitue leur passage du petit au grand écran. Si le succès triomphal du film à l’époque de sa sortie peut aujourd’hui paraître un brin exagéré en raison de sa relative mollesse dû à un manque de rythme, trop de dialogues inutiles et une alchimie encore bancale entre Hui et ses frères, il ne faut jamais oublier de remettre les choses dans le contexte de leur époque : le rythme considéré comme plutôt long aujourd’hui était alors perçu comme rapide avec un découpage travaillé au détriment des habituels longs plans fixes (issus de la tradition des adaptations de théâtre et d’opéra)… Et puis surtout, Hui traitait son sujet avec un grand souci de réalisme, le “gambling” étant un passe-temps favori des locaux et la plupart des gags inspirés des choses du quotidien. Le fait de filmer dans des endroits originaux, loin des plateaux de studio était également novateur et puis surtout, surtout Hui a tenu à tourner en CANTONAIS, “langue” abandonnée au cinéma depuis les années 1960s au profit du mandarin, mais toujours répandue à la télévision et au quotidien. Les succès consécutifs de House of 72 tenants , réalisé par Chor Yuen l’année précédente et de Games Gamblers… ont ainsi contribué au renouveau du cantonais au cinéma…

Outre cette remise dans le contexte, Games Gamblers… reste quand même l’une des comédies les plus faibles des frères Hui, malgré quelques scènes cultes, comme celle de Hui jouant sa vie au cours d’un jeu télévisuel où chaque mauvaise réponse donnée vaut aux candidats de s’enfoncer dans un bassin infesté d’alligators…

 

The Warlord

La même remarque pourrait être fait à propos du Warlord de Li Han-hsiang. Comédie dramatique, le choix culotté des studios de la Shaw Brothers d’attribuer le rôle du général Pang Ta-Fu (clairement calqué sur le personnage historique réel de Yuan Shikai, premier président autoproclamé de la République de Chine en 1915) est largement payant avec un Hui autant à l’aise dans les moments comiques que dramatiques ; en revanche, l’épopée ne sait pas toujours sur quel pied danser et dilue son intrigue faiblarde dans des longues séquences bavardes inutiles.

Quoiqu’il en soit, ces deux films auront contribué au lancement du futur génie de Michael Hui, qu’il aurait été dommage de manquer dans l’Histoire du Cinéma Mondial !

The Private Eyes

Enfin, un petit mot sur The private eyes, le troisième long-métrage des trois frères, où l’ouverture d’une agence de privés ne leur sert qu’à un long enchaînement de gags de plus en plus désopilants tout au long des 94 trop courtes minutes que dure le spectacle. Notons, que certains téléspectateurs se rappelleront peut-être être tombés aux tous débuts d’ARTE sur l’étrange personnage “M. Boo”, qui affrontait des adversaires à coups de saucisses-nunchakus et farine lors de la scène culte de la bagarre dans la cuisine, qui constitue l’un des nombreux mets de choix de cette comédie…

Michael Hui, coffret 4 DVD, disponible en DVD, édité par Metropolitan depuis le 11/07/2011.

La suite ici : Michael Hui – God of cockery (Le roi de la tambouille magouille) Partie 2 : entretien avec un génie comique

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