Fatal Move de Dennis Law (DVD)

Posté le 13 juillet 2011 par

Un cinéma d’action à l’ancienne est-il encore possible dans la situation actuelle du cinéma de Hong Kong ? C’est la question que peut poser ce Fatal Move, dont le réalisateur, Dennis Law, semble fermement croire qu’il a la capacité de donner au public des séquences fortes, comme il en pleuvait dans les séries B des années 80/90. Par Anel Dragic.


A True Mob Story

Il n’y a pas à dire, cela sert d’avoir des amis bien placés. Dennis Law et Charles Heung, le milieu, ils connaissent. Est-ce que je parle du milieu du cinéma ? Allez savoir, ‘fin c’est pas tous les jours qu’on a un grand frère Heung pour nous permettre de réaliser le film qu’on veut. Si on lui demandait ce qu’il aime au Dennis, il répondrait : « les triades ». Bah tient, ça tombe bien, il y a justement de l’argent à se faire sur le sujet. Grosso modo, l’idée à dû être lancée comme ça:

*Séquence 1: intérieur nuit. Au sauna.*

Dennis: C’était quand même bien SPL !

Charles: Roh, fais pas le con, c’était encore une pub pour ray-ban avec Donnie Yen.

Dennis: Nan nan, sérieux, ça me donne envie de faire un bon film de triades.

Charles: Ouais, enfin reste modeste, commence déjà par faire un film de triades. On connait le milieu, on en a déjà fait, faut juste un casting et de l’idée. Ou plutôt juste un casting. Tu penses à qui ?

Dennis: On pourrait commencer par reprendre le casting de SPLDonnie, Sammo, Simon, Wu Jing, tout ça quoi!

Charles: Arrête les conneries, pas Donnie ! Le reste à la limite. Puis on va appeler les amis au chômage. Danny Lee, Tien Niu, Ken Lo, Fung Hak On. Ah et aussi la bande à Johnnie To (Eddie Cheung, Maggie Siu, Lam Suet, Hui Siu Hung, Wong Wa Wo), c’est des amis ils peuvent pas refuser…

Dennis: Deal!

C’est probablement sur cette base (ou alors vraiment pas loin) qu’a du se décider l’idée de faire un polar, tout plein d’acteurs old school. L’histoire est quelconque, une sombre histoire de règlements de comptes, d’honneur et de trahison au sein des triades de Hong Kong. Le problème lorsque l’on compare Fatal Move aux vrais polars old school, c’est aussi qu’il n’en a pas la spontanéité, l’aspect bordélique assumé qui faisait au final la qualité de ces films. A titre de comparaison, on pourra dire que les polars old school (y compris certains Johnnie To actuels) s’articulent autours de séquences fortes, auxquelles vient se greffer un scénario venant rythmer le récit. Le problème, c’est que Fatal Move suit le chemin inverse.

Ici, le ton est d’emblée plus sérieux, plus monotone, plus long (deux heures quand même !) et ce sont les scènes d’action qui sont mises n’importe où pour rythmer un récit peu palpitant. Du coup, l’intrigue traine en longueur, et les bastons ne parviennent même pas à contrebalancer l’ennui général. Pour se la jouer old school, Dennis Law bouffe à tous les râteliers : gunfights, kung fu, magie noire… ah non, pas magie noire (mais on y était presque). Même si elles sont lisibles, ces séquences se montrent peu inspirées (la caméra bouge, donc il y a de l’action, cqfd!), parfois très laides (sang en CGI powaaa!) et manquent véritablement d’intérêt voir parfois d’enjeux, si bien que certaines scènes sont juste sans justifications scénaristiques.

Un outrage signé Dennis Law

Faire une bonne histoire de gangster semble finalement demander plus de finesse que ne semble le laisser croire le propos. Si dans le making of de 10 minutes, Dennis Law cite Kitano, il faut cependant insister sur le fait qu’il n’a en rien le talent de ce dernier. Alors certes, pris anachroniquement, le film de Law fait penser au dernier Kitano, construisant une sorte de spirale de vengeance, mais ici envenimée par un récit souvent ridicule. A force de vouloir humaniser ses personnages, ils en deviennent parfois grotesques, à l’image du personnage de Lam Suet (complètement inutile au demeurant), qui veut scolariser son fils car lui même est un peu analphabète, ou bien encore une scène voyant Simon Yam (gambler endetté à ses heures perdues) et Sammo Hung, frères de triades, parler du passé en jouant à la marelle (?!). Évidemment, la psychologie est de mise, en témoigne la réplique suivante :

« – Tu vois quelque chose avec ces lunettes?

Evidemment, je suis un gangster. »

Tout le monde ne peut pas avoir un background à la hauteur de son charisme, et s’il y en a un qui peut se targuer de le savoir, c’est Wu Jing. Pourtant simple second couteau, il a été choisi pour figurer au premier plan de la jaquette française (son charisme serait-il vendeur?). Il faut le voir aussi: poseur, la mèche tombante, fringue cheap, portant l’épée, sorte de cliché de l’ange exterminateur qu’il jouait déjà dans SPL, mais en pire. Et parce qu’il fallait des méchants, on a Tien Niu (c’est une femme, donc une raison suffisante à HK pour justifier la vilainie) et Eddie Cheung (qui de mieux pour jouer les fourbes?). Visiblement trop occupé pour jouer dans un film de Dennis Law, le gros casting est vite mis au second plan pour se centrer sur le duo Tien Niu/Eddie Cheung. L’envie de crier à la trahison est proche.

Verdict :

Malgré des intentions de départs attachantes (raviver un genre mourant avec un casting old school), Dennis Law se vautre à tous les niveaux, oubliant de donner vie à son récit et dirigeant son spectateur dans l’indifférence la plus totale. Le bonhomme semble d’ailleurs persévérer dans cette voie, Bad Blood se montrant en tout point égal à son prédécesseur. Comprenez dès lors qu’il ne me tarde guère de voir son film de vampires avec Yuen Wah… mais comment résister à un tel pitch !

Anel Dragic.

Fatal Move de Dennis Law, disponible en DVD et Blu-Ray, édité par Elephant Films depuis le 18/05/2011.

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3 commentaires pour “Fatal Move de Dennis Law (DVD)”

  1. spoiler lol à la fin qui bute simon Yam ? jamais compris car il ne reste plus personne

  2. Probablement le même qui bute l’autre en taule. Je doit t’avouer que j’ai déjà oublié toute la fin du film. Quel chef d’oeuvre !

  3. Ils se sont pas foulé pour la couv, Azumi (http://allasianflix.com/wp-content/uploads/2010/06/azumi.jpg) du Leon, une mèche qui tombe .. et roule coco .. sacré Dennis!

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