Coffret Michael Hui (DVD)

Posté le 11 juillet 2011 par

Après un coffret consacré aux films de John Woo avec Ricky Hui l’an dernier, HK vidéo permet au public français de regoûter à la comédie cantonaise des années 70. Le coffret du jour n’est cependant pas à négligeable, puisqu’il comporte quatre épisodes de la saga Mister Boo, énormes succès qui ont fait de Michael Hui le roi de la comédie de Hong Kong. Par Anel Dragic.

Dr. Koon Man et Mr. Boo

A la vue du flot de sorties entrepris par Metropolitan, il faut avouer qu’un coffret consacré à Michael Hui était fortement attendu. Très méconnu en France, et mésestimé par une grande partie des amateurs de cinéma de Hong Kong, Hui Koon Man (sous son nom cantonais) est pourtant une légende du cinéma de l’ancienne colonie. Tombé peu à peu dans l’oublie, c’est pourtant un véritable génie, dont le talent ira jusqu’à imprimer les réalisations d’autres comedy makers tels que Clifton Ko ou Stephen Chow. Pour l’heure, ce coffret est une bonne opportunité de rappeler même aux passionnés de cinéma de Hong Kong qu’il n’y a pas que Wong Jing dans la vie !

Mister Boo est synonyme d’une période particulière dans le cinéma de Hong Kong. Revoir un film de Michael Hui, c’est l’assurance de replonger dans l’âge d’or du cinéma HK des seventies, de se laisser immerger par des tubes cantopop teinté de disco chanté par Sam Hui, de voir devant nos yeux Hong Kong dans toute son urbanité alors en plein essor et de rentrer dans le quotidien de personnages du commun sur un ton humoristique. Une période enchantée où le cinéma de Hong Kong était bien portant à laquelle ne manquera pas de rendre hommage Wai Ka Fai dans son plutôt médiocre Fantasia.

Au début des années 70, Hui ne fait qu’entamer une carrière télévisée qui lui assure le succès (le Hui’s Brothers Show en 1972), avant d’apparaître sous la caméra Li Han Hsiang dans quelques productions Shaw Brothers (The Warlord, The Happiest Moment, Scandal, Sinful Confession). C’est également l’époque où la Golden Harvest, en plein succès grâce aux films de Bruce Lee relance la tendance du cinéma cantonais et contemporain. Une aubaine pour Michael Hui qui pourra dès lors se lancer dans ce qu’il sait faire de mieux : la comédie sociale.

Bien que Michael soit la tête pensante, rappelons que les Hui, ce sont avant tout trois frères. Une fois n’est pas coutume, commençons avec Ricky, deuxième des trois frères, dont le physique ingrat ne lui vaudra pour l’heure que des rôles mineurs dans la saga. Il y a également Sam, belle gueule, chanteur adulé à Hong Kong, qui parvient facilement à charmer le spectateur (mais surtout la spectatrice). Puis Michael, le réalisateur et scénariste, mais également acteur, qui se transforme en Mr. Boo, un personnage constamment réinventé de film en film. Mister Boo, c’est monsieur tout le monde, et Michael se fait un plaisir d’en dresser un portrait un brin corrosif, afin de souligner les travers de la population locale. La formule sera utilisé sur six films composant la saga Mister Boo (le coffret n’inclut pas le deuxième opus, The Last Message, ni Teppanyaki, le sixième, qui font pourtant partie du catalogue Fortune Star). Ils rencontreront un tel succès au box office hongkongais qu’aujourd’hui encore, peu de films tiennent la comparaison.

Games Gamblers Play (1974)

C’est donc en 1974 que Raymond Chow donne sa chance à Michael Hui, lui confiant également la réalisation de sa première comédie sous la bannière de la Golden Harvest. Dans ce film, Michael et Sam jouent deux arnaqueurs. Ensemble, ils mettent en commun leur talent afin de s’enrichir facilement mais vont également s’attirer aussi un paquet d’ennuis. On s’en doute, ici l’intrigue est plus un prétexte pour faire s’enchainer les sketchs. Cependant, Michael Hui à l’art et la manière de s’attarder tour à tour sur ses différents personnages pour mettre en avant leurs traits de caractère et ainsi mieux en rigoler, voir les critiquer. Les personnages sont ici des arnaqueurs, des fortunés ou des petits truands tous attirés par l’appât du gain. Le réalisateur/scénariste livre un portrait exquis de ses personnages, appuyé par un casting de seconds couteaux appréciables (Dean Shek, Roy Chiao, Betty Ting Pei, James Wong, Helena Law…).

Pour son galop d’essai, Michael Hui ne s’en tire pas trop mal. S’il ne s’agit pas d’un mauvais film, loin s’en faut, Game Gamblers Play reste néanmoins en dessous des comédies à venir. Hui tente de trouver le bon équilibre entre humour et narration mais le tout pêche quelque peu par un rythme qui manque de souffle. L’humour y est plus léger que celui des comédies qui suivront. Ricky se montre par ailleurs trop peu présent. Bien qu’il soit sous-exploité dans tous les films de la saga, il ne fait ici qu’une brève apparition. C’est d’autant plus dommage que ses talents de comique sont particulièrement bons. Michael dépeint d’ores et déjà des personnages qui se caractérisent par des traits de caractères peu flatteurs reflétant les défauts des individus. La comédie s’appuie sur la fracture sociale qui s’installe entre riches et pauvres, et dresse un portrait acerbe d’un peuple en proie au démon du jeu. Un aspect qui pourra déboussoler le spectateur occidental peu familier avec les règles du mahjong mais qui ne pose aucun souci de compréhension du scénario (qui de toute façon ne cherche pas à construire une véritable intrigue).

The Private Eyes (1976)

Délesté de The Last Message (1975), passons directement à l’opus suivant du coffret. Si The Private Eyes reste l’opus le plus culte de la saga, c’est probablement parce qu’en plus d’être l’un des meilleurs films de la saga et l’un des plus gros succès commerciaux de Michael Hui, c’est également l’un des rares films du bonhomme qui soit déjà parvenu dans nos contrées. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le film ne faillit pas à sa réputation et aligne les séquences cultes. Pour cela, le réalisateur s’est adjoint les services d’un jeune metteur en scène pour l’assister et qui l’avais déjà aidé lors de son précédent film… un certain John Woo (ce qui vaudra à ce dernier de réaliser une poignée de films avec Ricky Hui quelques années plus tard).

Rappelons que les différents épisodes de la saga ne sont en aucun cas liés scénaristiquement, et que les personnages y sont constamment différents. L’histoire s’attarde cette fois sur un cabinet de détective privé mené à la baguette par un Michael Hui antipathique, égoïste, rabougri et un peu salaud sur les bords. Il est assisté par deux bras cassés interprété par, je vous le donne en mille, ses deux frères. Au trio s’ajoute un policier joué par le futur membre des Pom Pom/Lucky Stars, Richard Ng. C’est une fois de plus l’occasion de faire de succéder des épisodes comiques tous plus fous les uns que les autres.

Ce qui fait tout le sel de cet opus, c’est la rupture de ton assez palpable avec Games Gamblers Play. L’humour de Michael est plus affirmé, plus burlesque. En résulte des séquences cultes allant d’un combat au kung fu dans une cuisine dans laquelle Michael utilise des saucisses comme nunchaku, tandis que son opposant se bat avec une mâchoire de requin. Le final, grand moment s’il en est, voit pour sa part un hold up d’un cinéma par un groupe de gangsters menés par Shek Kin.

The Contract (1978)

Deux ans après The Private Eyes, The Contract est la confirmation que l’œuvre de Michael Hui poursuit un style de plus en plus universel. Moins ciblé dialogues, les ressorts comiques reposent d’avantage sur des idées visuelles que verbales. Toujours construit en succession de scénettes, le film croque ici le milieu de la télévision dont Michael fait une critique particulièrement corrosive, ne lésinant pas sur l’humour noir. Les gags sont beaucoup plus cruels, et finalement le film  se montre plutôt sombre derrière son apparence de comédie loufoque.

Depuis Games Gamblers Play, Michael Hui grossis les dérives de la société capitaliste, montre l’actualité sous un angle humoristique oscillant entre le caricatural et le burlesque. Le capitalisme sauvage en prenait plein son grade dans les précédents films, poussant les individus à faire l’impossible pour joindre les deux bouts, tandis que les riches se la coulent douce un cigare à la main. The Contract nous montre ici la course à l’audimat des chaines de télé, menant les directeurs des programmes au suicide les uns après les autres faute d’audience. La télévision devient un monde d’hystérie où les jeux d’argent euphorisent les participants prêts à échanger leur conjoint pour la fortune. Les spectateurs sont abrutis par les programmes nonsensiques tandis que le film joue de cette formule en construisant un rythme tout aussi hystérique.

C’est bien simple, il y a une idée à la minute, et plusieurs dans chaque plan (les fans de The Big Deal feraient bien de revoir leurs classiques !). Il s’en dégage un sentiment de polyphonie dans l’image, rappelant certains films de Jacques Tati, appuyé par le côté décalé du portrait de la société. Tout s’enchaine très vite, alternant scènes burlesques impeccablement chorégraphiées (notamment une séquence de cache-cache dans les affaires d’un magicien) avec des courses poursuites. Un sens du burlesque qui doit beaucoup au cinéma de Buster Keaton, auquel Michael Hui fait d’ailleurs référence au détour d’une séquence.

Security Unlimited (1981)

Dernier film du coffret, Security Unlimited bien qu’étant un film convenable laisse un sentiment de relâchement lorsque l’on a goûté à l’hystérie de The Contract. Plus convenu, le film n’est pas sans rappeler The Private Eyes et sentirai presque le réchauffé (on échange malgré tout Richarg Ng par Stanley Fung, l’autre moustachu des Lucky Stars, ici sans sa moustache !). Ici, Michael et ses frères incarnent des agents de sécurité, placé fasse une diverses situations destinés à faire sourire le spectateur. Rien de nouveau donc, mais tant que la recette fonctionne…

Les gags sont ici beaucoup plus classiques et convenus, créant un léger sentiment de lassitude. Bien dommage car une fois de plus, Michael a beaucoup à dire sur la société. Le scénariste critique avec son sens de l’humour les travers de la société et l’attitude des petites gens. De film en film, il explore différentes facettes de Hong Kong et différents personnage, un procédé somme toute assez balzacien qui n’est pas sans rappeler La comédie humaine, et finalement quelle œuvre en serait la plus proche ? Car la saga Mister Boo est une brillante étude des mœurs, certes grossis, mais qui touche à certaines vérités. Visiblement, Hui se montre doué pour jouer les « monsieur tout le monde » puisqu’il décrochera pour l’occasion un HK award du meilleur acteur. Et il faudra s’en contenter puisque l’éditeur n’a pas souhaité inclure Teppanyaki dans son coffret.

Verdict :

Ce coffret Michael Hui est plus qu’une bonne surprise, puisqu’il s’agit rien de moins qu’un indispensable pour tout amateur de cinéma de Hong Kong qui se respecte. Dommage cependant que la saga ne soit pas complète. On notera au passage que le coffret contient une interview de Michael Hui, quelques scènes coupées ainsi que des bandes-annonces, ce qui est toujours bon à prendre.

Anel Dragic.

Coffret Michael Hui, disponible en DVD, édité par Metropolitan, depuis le 11/07/2011.

A lire également :

* Michael Hui – God of cockery (Le roi de la tambouille magouille) Partie 1 : Portrait de Mr. Boo par Bastian Meiresonne.

* Michael Hui – God of cockery (Le roi de la tambouille magouille) Partie 2 : entretien avec un génie comique

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