Kamui, le ninja solitaire de Sai Yôichi (DVD)

Posté le 23 mars 2011 par

Kamui, le ninja solitaire, est l’adaptation du Seinen culte de Shirato Sanpei. Comme chaque adaptation, elle suscite autant d’attente que de crainte. Le film de Sai Yôichi a donc la lourde tâche de contenter les fans du manga, mais aussi tous les cinéphiles avides d’aventures dans le Japon féodal. La complexité du manga et sa profondeur ne rendent pas aisée la tâche du cinéaste. Par Jérémy Coifman.


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L’histoire : Kamui est un enfant solitaire. Bien qu’il n’ait rien fait pour cela, il n’a de cesse d’être rejeté par la plupart des gens. Il est paria dans son propre village. Par volonté d’appartenir à un groupe, il devient ninja. Une femme qui a voulu quitter la caste est tuée par le maître de Kamui. Cela le marque pour toujours. Devenu adulte, Kamui veut fuir. Il est ninja, mais seul.

Kamui, le ninja solitaire commence tambour battant. L’action est frénétique. On virevolte, on découpe, on utilise des techniques ancestrales pour terrasser les adversaires. Les 15 premières minutes du film ne laissent pas au spectateur la moindre seconde de répit. L’installation de l’intrigue se fait donc d’une manière très nerveuse. Les chorégraphies sont très réussies, et la réalisation est au diapason, avec des ralentis que n’aurait pas renié Zach Snyder (il y en a moins que dans les films de Snyder rassurez-vous !).

Le long métrage de Sai Yôichi, bien qu’ancré dans la tradition du film de ninja, parle avant tout de la dérive d’un homme. Kamui cherche l’appartenance. Rejeté toute sa vie, il fuit pour pouvoir trouver quelqu’un qui l’accepterait tel qu’il est. C’est un personnage maudit. Jamais il n’a connu le répit, jamais personne ne lui a tendu la main. Où qu’il passe, il sème la mort autour de lui. La rencontre avec Gumbei le pêcheur changera sa vie. Il trouvera enfin des gens qui l’accepteront.

Le drame de Kamui est assez bien représenté, fidèle à l’œuvre de Shirato Sanpei. On ne peut vraiment pas en vouloir à Sai Yôichi de n’avoir pas pu retranscrire tout ce qui faisait l’essence du manga originel tant il est riche et dense. Il a toutefois réussi à rendre palpable le malaise de son personnage. Interprété par la nouvelle coqueluche Matsuyama Kenichi (qu’on a pu voir dans l’adaptation du manga Death Note), le personnage est vraiment touchant.

On peut toutefois remercier le gentil narrateur de l’histoire, car pour déceler la moindre émotion dans le jeu de Kenichi Matsuyama, il faut avoir subit l’entrainement des ninjas ! Bien que Kamui ne soit pas un homme très bavard, on aurait préféré qu’il soit interprété avec un peu plus de conviction. Le casting dans son ensemble n’est toutefois pas désagréable. La jolie Koyuki (Le Dernier Samurai) s’en sort assez bien et on a même le droit à une petite apparition de l’acteur/chanteur Hong-Kongais Ekin Cheng (on me dit dans l’oreillette qu’ Anel Dragic est en passe d’acheter le DVD).

Kamui, le ninja solitaire s’aventure au-delà des combats, au-delà des techniques. C’est un drame à auteur d’Homme. La dimension politique et sociologique du manga n’est qu’esquissée ici, mais elle a le mérite d’exister au sein d’un film très grand public. Le système de caste, la toute puissance du seigneur : tout y est, même superficiellement. C’est une bonne chose pour le film, qui n’oublie pas son scénario, ni surtout ses personnages. Sai Yôichi ne sacrifie pas ses personnages sur l’autel du spectaculaire, il prend son temps. On découvre une nature luxuriante, les petits villages, les plages, la mer turquoise, les parties de pêche. Beaucoup seront décontenancé par tant de calme, mais cela sert le propos.


Tout cela est de très bon gout de la part de Sai Yôichi. Pourtant le bonhomme n’évite pas la surenchère et se perd souvent, notamment lors des scènes d’action. Cette mode de l’utilisation de CGI est carrément éreintante. Kamui, le ninja solitaire est rempli d’effets plus laids les uns que les autres. Des biches en image de synthèse qu’on croirait tout droit sortis d’ Indiana Jones 4 (le chien de prairie restera un grand traumatisme), des requins qui tapent la pose au ralenti… Non vraiment, les effets spéciaux du film sont hideux ! On aurait préféré une réserve de ce côté. Car quand il filme sans esbroufe, c’est souvent assez beau. Mais le travail en post production est vraiment atroce (mis à part la musique, très réussie).

Kamui, le ninja solitaire, reste un film vraiment intéressant dans sa volonté de décrire la fuite d’un homme poursuivi par sa malédiction. Doté de combat magnifiquement chorégraphié, d’un final somptueux et d’un propos loin d’être bancal, le film de Sai Yôichi mérite d’être vu.

Jérémy Coifman.

Verdict :

Kamui, le ninja solitaire de Yoichi Sai, édité en DVD et Blu-Ray par First International Production, disponible depuis le 23/03/2011.

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Un commentaire pour “Kamui, le ninja solitaire de Sai Yôichi (DVD)”

  1. Voir SAI Yoichi se commettre dans un tel étron m’a paru assez invraisemblable sur le moment. A peu de chose, placer SAI sur un tel projet est du meme accabit que SHIOTA sur Dororo. Des réalisateurs hyper doués face à un style et un univers qui diamétralement opposé au leur. On pourra arguer que le déracinement propre à Kamui est en pleine ligne des thématiques à SAI. Je n’ai aucun argument à opposer, je suis meme tout à fait d’accord. Mais dans le film cet élément passe à la trappe pour laisser place à un ninja eiga du pauvre, avec des effets visuels tape à l’oeil, et des non-acteurs (joli concours de nullité entre Koyuki et Matsuyama)
    Pourtant j’y croyais à la base. Bon, le manga était inadaptable (trop long, trop dense, trop politisé > d’ailleurs il est ENFIN édité en France chez Kana. Les gens de bon gout sont invités à l’acheter). Mais c’était adapté par Kudokan, un génie, un vrai comme on en voit tres peu. Et bah il s’est gentiment foiré. Rien ne rappelle sa patte assez inimitable.
    Poubelle.

    [mode pinailleur=ON] vous pourriez vous en tenir à une seule nomenclature pour les noms japonais ? parce que quelques fois vous utilisez la norme japonaise (nom de famille + prénom) et juste apres vous repassez en norme « occidentale » (prénom + nom de famille). C’est troublant.[mode pinailleur=OFF]

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