Outrage de Kitano Takeshi : Premières impressions

Posté le 30 octobre 2010 par

Alors que Kitano pense déjà à une suite, Outrage est prêt à faire un carnage dans les salle françaises à partir du 24 novembre. East Asia l’a vu et vous donne ses premières impressions ! 

Outrage fait plaisir à voir tant il annonce réellement le retour de Kitano, après une longe crise d’inspiration post- Zatoîchi, imposant de pénibles délires surréalistes à ses rares spectateurs. Kitano est redevenu brun, et c’est tant mieux ! Ici, loin des récentes déconstructions narratives, l’histoire est presque archétypal tellement elle reprend les codes classiques du Yakuza Eiga avec sa lutte de gangs et de pouvoir à l’intérieur d’un clan. Les personnages y sont totalement déglamorisés et le code d’honneur que semblait encore respecter quelques déjà anachroniques yakuzas des films de Kitano des années 90 n’a ici absolument plus court. Jamais le cinéaste ne fut plus proche de son “mentor” Fukasaku que dans ce film…

L’Outrage du titre, point de départ de la diabolique mécanique du film, repose d’ailleurs sur une première duperie, tendant à utiliser un pacte de sang fait par deux membres de gangs opposés en prison, qui lie traditionnellement les deux êtres sur l’honneur en les faisant frères. Maintenant, ce genre de rituel, “uniquement pour la forme”, pour reprendre une phrase qui revient en boucle dans le film, ne sert que le profit personnel des plus puissants et est utilisé pour éliminer le plus sournoisement possible toute concurrence à leur ascension.

Conte d’une cruauté sadique sur les rouages du pouvoir extériorisant la violence cachée de la société japonaise à travers l’hypertrophie sanglante que permet la description du milieu des yakuza, Outrage est sans cesse percé d’explosions de violence, rendant le film à la fois jouissif (on se demande quelle mise à mort encore plus horrible va venir ensuite) et dérangeant. Le film fascine ainsi par cette perpétuelle oscillation entre farce dont le côté grotesque nous fait parfois rire et un réel désespoir qui finit par glacer le sang de son spectateur. C’est une sensation que l’on avait plus ressenti devant un Kitano depuis au moins Brother en 2001, sauf qu’une froide lucidité a dorénavant remplacé la mélancolie suicidaire.

Victor Lopez

En salle le 24 novembre

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