Cannes 2026 – Sheep in the Box de Kore-eda Hirokazu

Posté le 22 mai 2026 par

Kore-eda parvient encore à renouveler ses réflexions sur la famille dans la belle fable transhumaniste qu’est Sheep in the Box, en compétition au Festival de Cannes.

Dans un futur proche, Otone et son mari Kensuke, qui ont perdu leur enfant, se voient proposer un robot humanoïde totalement identique à leur fils.

Kore-eda Hirokazu s’est attaché dans nombre de ses films des 15 dernières années à observer une mutation de la cellule familiale traditionnelle japonaise. La famille recomposée de Notre petite sœur, l’échange malheureux à la maternité perturbant le sacro-saint lien du sang dans Tel père, tel fils, la famille de circonstances des filous d’Une Affaire de famille plus vraie que l’authentique, tout cela constitue autant d’exemples passionnants sur cette thématique.

Le réalisateur va encore plus loin dans Sheep in the Box où ce ne sont plus les liens du sang qui sont transcendés par un rapprochement différent, mais ceux de l’humain. Le postulat revisite le AI de Steven Spielberg avec une famille endeuillée qui va accueillir un androïde dont le physique et la mémoire de l’enfant est alimentée par les informations fournies par les parents. Au départ, l’expérience est un échec à cause du mimétisme impossible entre l’androïde (Kuwaki Rimu) et le disparu, Kakeru, recherché par la mère (Ayase Haruka), tandis que le père (Yamamoto Daigo) ne voit en lui qu’un moyen de surmonter sa culpabilité dans la mort de son fils.

La réflexion sur la proximité, l’habitude et l’influence concevant un lien aussi fort que la filiation naturelle est toujours là, par un parallèle fait avec l’adoption et le rejet cruel dont peuvent souffrir certains enfants renvoyés par leurs familles d’accueil comme un « produit » défectueux. L’androïde est ici conscient de sa condition et ses actions agissent comme un pas de côté, tout d’abord douloureux, mais nécessaire et apaisant. Plutôt qu’un remplaçant, il va être l’instrument d’une acceptation du deuil, et s’émanciper en devenant une IA influencée comme pourrait l’être un enfant par les métiers et loisirs de ses parents. La mère est une architecte qui va passer le film à honorer une commande en s’interrogeant sur l’agencement d’une maison pour un couple, et c’est cette réflexion sur la gestion de l’espace mouvant du foyer, dans ses composants matériels tout comme les membres qui y vivent ou le quittent, qui amorcera progressivement la quête de renouveau.

Kore-eda avait déjà montré qu’un être artificiel pouvait avoir une âme dans Air Doll, il voit désormais en eux l’avenir dans cette belle fable transhumaniste qui les amène à concevoir à leur tour une cellule familiale d’un nouveau genre.

Justin Kwedi.

Sheep in the Box de Kore-eda Hirokazu. Japon. 2026. Projeté au Festival de Cannes 2026.