ÉTRANGE FESTIVAL 2026 – Trapped de Zhang Qi (Sagara)

Posté le 12 septembre 2026 par

Parmi les films asiatiques de l’Étrange Festival 2026, on pouvait trouver Trapped de Zhang Qi, un thriller dans lequel un policier d’un petit village isolé dans le désert découvre la main mise d’un chef mafieux caché sur la localité et sa confrontation avec ses propres hommes pour un magot accumulé depuis de nombreuses années. Si elle montre ça et là des faiblesses dans son écriture, cette production de Chine continentale se révèle convaincante sur grand écran.

1995 – Dans l’ancienne ville minière de Mangya désormais presque déserte, tandis qu’une tempête de sable s’approche, quarante-trois hors-la-loi impitoyables se sont donné rendez-vous pour rejoindre leur chef Beishan. À la clé, un trésor à récupérer. En organisant la résistance, le policier Xia Ran a-t-il une seule chance de gagner face à cette horde de bandits sanguinaires ?

Zhang Qi est à la base monteur pour de grosses production chinoises – il a par exemple travaillé sur Youth de Feng Xiaogang (2017) et Gone with the Bullets de Jiang Wen (2014). Trapped est son premier long-métrage et il signe ses réalisations du pseudonyme de Sagara. Il baigne donc dans l’univers des blockbusters mandarins, et fort de son lien avec ce milieu, il a pu bénéficier de moyens de réalisations confortables pour Trapped, qui est doté d’un production design d’excellente facture. La recréation de ce village perdu en plein désert, qui évoque quelque part le far west des westerns américains, mais surtout la trilogie de l’auberge de King Hu, est fort bien maîtrisée. Par ailleurs, le déroulement de l’action dans les années 1990 (généralement le signe de la censure – les drames se situant dans le passé ont moins d’impact moral que ceux prenant place dans le présent pur et simple) permet à Zhang Qi d’utiliser ces décors de bâtisses délabrées typiquement chinoises, que l’on a paradoxalement beaucoup plus vu dans le cinéma indépendant – le commissariat de Mangya a ainsi des airs de celui, bien réel, du chef-d’œuvre documentaire Crime and Punishment de Zhao Liang (2007).

Malgré cette censure qui conjugue au passé l’absence de moyens de la police et la possibilité que des bandits prennent le contrôle d’une zone, Trapped joue au thriller violent avec beaucoup de plaisir, en faisant se confronter divers groupes de personnages autour d’un butin ; le sang coule, les menaces fusent, les tirs pleuvent, pour le plus grand plaisir du spectateur avide de sensations fortes. Le point culminant de la facette divertissante du film résidera dans l’apparition de la tempête de sable, gigantesque et très bien réalisée en numérique, suivie des protagonistes qui se meuvent dedans – on penserait presque à la caméra qui se balade dans l’explosion de Time and Tide.

Comme indiqué en préambule, l’écriture du film n’est toutefois pas son point fort. Outre le fait que les personnages manquent de caractérisation forte, un peu plus de tension aurait été nécessaire pour vibrer encore plus fort dans les duels entre les protagonistes, et pour cela, il aurait fallu plus d’enjeux dans le scénario. Les relations entre le chef de la bande et ses hommes manquent de clarté et on se demande finalement pourquoi autant de temps est passé dans la localité avant de penser à la quitter avec tout l’argent. On appréciera donc Trapped comme un divertissement bien fait, mais qui manque d’envergure pour se révéler vraiment fort et marquant.

Maxime Bauer.

Trapped de Zhang Qi (Sagara). Chine. 2025. Projeté à l’Etrange Festival 2026.