La sélection 2026 du Festival Allers-Retours compte le beau et délicat A Journey in Spring, film taïwanais à propos du deuil et de la fin de parcours, mis en scène par les réalisatrices Peng Tzu-hui et Wang Ping-wen.

Khim-Hok, un vieil homme boiteux, vit depuis longtemps dans une vieille maison à la périphérie de Taipei avec sa femme. Lorsque celle-ci décède subitement, il continue à mener son quotidien comme si de rien n’était. Mais la venue inattendue de son fils éloigné et de son compagnon le confrontent à la perte qu’il refusait d’affronter.
Filmé dans un élégant 16 millimètres, A Journey in Spring se déroule en deux temps : la difficile vie de couple lorsque les années ont passé, pan dans lequel l’homme se montre désagréable en tous points vis-à-vis de sa compagne ; puis, une fois celle-ci brutalement disparue, vient le temps des regrets. À cet égard, il y a quelque chose du Chat de Pierre Granier-Deferre, avec Jean Gabin et Simone Signoret, dans cette démarche. Il subsiste également des fragments d’Ozu, lorsque l’ancienne belle-fille du vieil homme vient régler les dernières affaires et semble devoir quelque chose à son ancien beau-père.

Mais ces influences sont extrêmement digérées et ne prennent jamais le pas sur ce que veut être le film : une exploration des tourments intérieurs de la vieillesse et de la vie de couple, en bordure de Taipei ; un décor peu exploré dans le cinéma de Formose. Les protagonistes vivent en périphérie de la grande ville, mais tout semble en périphérie, à la marge chez eux, y compris le bonheur. C’est une œuvre mélancolique à laquelle nous avons affaire, où si le personnage central du mari parle peu et n’énonce pas avec des mots ce pourquoi il n’est pas heureux, le filmage le fait parfaitement comprendre.

Un fils divorcé, une retraite avec un corps usé, puis quand survient le décès de son épouse, il ne reste que les regrets de n’avoir pas su lui dire les mots justes à temps. Tous ces éléments sont extrêmement simples, mais dans la mise en scène des réalisatrices, ils deviennent la source d’un flottement, d’une ambiance lancinante des plus agréables. À la fin, comme beaucoup de récits initiatiques de ce genre, la béatitude est atteinte et le point de vue fait un léger pas de côté, comme lorsque le chef du restaurant (Jack Kao, une seule scène, un seul plan), fait état de son propre drame personnel, comme pour que le personnage principal en vienne à penser un peu aux autres, le soutenir et faire communauté.
Le film jouit d’un rythme adapté à son but. En une heure trente, avec peu de péripéties, toute la place est laissée à la sensorialité des plans et aux quelques évènements qui ponctuent le récit, de telle sorte qu’il n’y a pas de sensation de longueur, pendant que l’atmosphère lancinante prenne. A Journey in Spring n’est pas le film iconoclaste sur le deuil et la vieillesse, mais il en est une jolie occurrence.
Maxime Bauer.
A Journey in Spring de Peng Tzu-hui et Wang Ping-wen. Taïwan. 2023. Projeté au Festival Allers-Retours 2026.




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