Suite directe du premier épisode, toujours signée Sawashima Tadashi, cette partie 2 de Theater of Life marque la fin du parcours du personnage de Hishakaku, interprété par Tsuruta Koji. Le film est disponible dans la même édition Blu-ray de Roboto Films que le premier opus.

Après avoir purgé sa peine de prison pour avoir affronté dans le sang le gang de Nakahei, Hishakaku part à la recherche d’Otoyo. Ses pas l’amèneront à fréquenter un jeune vendeur de coton d’un petit clan yakuza et la fille du chef de clan Domoto, puis le guideront jusqu’en Mandchourie.
L’histoire de Hishakaku se conclut dans ce deuxième opus de manière classique mais fort belle. Sawashima et son scénariste Suzuki Naoyuki ne manquent pas d’user de la corde sensible pour nous faire ressentir toutes les qualités de l’écriture des films, y compris le premier, où se trouve la source de la construction des personnages. Cette facette sensible de l’intrigue a sans nul doute contribué au succès du ninkyo eiga, dont Theater of Life est un éminent représentant : les yakuzas dépeints sont avant tout des chevaliers qui répondent à un code d’honneur, pas les brutes épaisses qui suivront dans les films de guerre des gangs, les films dits d' »histoires vraies » de la décennie suivante. Ainsi, Tsuruta Koji, acteur impérial, compose toujours un yakuza guidé par l’amour et l’honneur, et la recherche d’Otoyo, après des errances pénitentiaires qui les ont éloignés durablement, une quête à la lisière de l’impossible mais vitale. Dans ce deuxième film, la mélancolie, le blues du yakuza, prend davantage le pas.

Discrètement, cette partie 2 nous emmène sur le terrain de l’Histoire et d’un commentaire sur le Japon colonial, lorsque survient la seconde partie du film, se déroulant principalement en Mandchourie. Pas aussi enragés que La Condition de l’homme de Kobayashi Masaki, Sawashima et Suzuki dépeignent toutefois un lieu où les hommes d’affaires japonais rapaces prospèrent et où les Chinois tentent de faire entendre leur voix, chacune de ces deux parties étant représentée par un protagoniste dédié – de manière un peu mécanique il est vrai. Hishakaku, cherchant sa dulcinée au milieu de ce désordre qui ne va qu’empirer, le ferait presque apparaître tel un héros « réaliste » de wuxia. Dans les wuxia, les films de sabre chinois, les chevaliers errent dans le monde des arts martiaux, éloignés du pouvoir central de l’Empereur, en quête de quelque chose et font face à d’autres chevaliers errants, dotés d’un honneur ou non. Hishakaku débarque seul en Mandchourie, et bien que parvenant à nouer des liens avec quelques contacts locaux, il semble perdu en plein désert. C’est bien sa force morale qui lui permettra de surmonter l’adversité.

C’est sans doute sur ce quoi il faut insister. Les yakuzas des ninkyo eiga sont dotés d’une force morale. Quelque part, il s’agit de rendre fantaisiste le monde des yakuzas, comme si à l’origine, les yakuzas ne font que former un groupe social régi par des codes et qu’il est possible d’en extirper quelque chose de cinématographique. Fantaisiste, bien entendu, car les vrais yakuzas demeurent une mafia. C’est ce sur quoi mise Theater of Life, et à travers la figure de Hishakaku, ce pari est réussi.
BONUS
Le film par Clément Rauger (19 min). La vertu de ce bonus est de recontextualiser plusieurs éléments, et notamment du yakuza qui a inspiré Hishakaku, permettant ainsi de mettre en perspective la qualité des films, le code d’honneur décrit dans les ninkyo et la réalité des yakuzas, bien plus obscure. Rauger développe tous ces éléments avec beaucoup de détail et de fluidité.
Maxime Bauer.
Theater of Life part 2 de Sawashima Tadashi. Japon. 1963. Disponible en Blu-ray chez Roboto Films en novembre 2025.




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