L’Etrange Festival 2017 – Mon Mon Mon Monsters de Giddens Ko : This is (not) a comedy

Posté le 15 septembre 2017 par

Après avoir signé le scénario de The Tenants Downstairs l’année dernière, Giddens Ko revient à L’Etrange Festival avec sa nouvelle réalisation, Mon Mon Mon Monsters.

Giddens Ko. Si ce nom ne dira sûrement rien au spectateur occidental, le jeune écrivain-réalisateur de 39 ans est pourtant l’un des acteurs principaux de la scène artistique taïwanaise. Les festivaliers présents l’année dernière se rappelleront peut-être de lui pour avoir été le scénariste de l’excellent The Tenants Downstairs, réalisé par Adam Tsuei. Les Taïwanais ou autres amateurs le connaîtront plus sûrement pour le livre et le film You’re the Apple of my Eye, comédie romantique au succès domestique retentissant.

Loin d’être un simple écrivain de romans à l’eau de rose, Giddens Ko est un auteur extrêmement éclectique et productif, se démarquant dans des genres aussi différents que la science-fiction, la romance ou l’horreur. Un éclectisme qui se retrouve aussi dans sa plus jeune carrière cinématographique, dont son dernier film Mon Mon Mon Monsters (avec trois Mon c’est très important) est sûrement l’un des meilleurs représentants.

On nous raconte ici l’histoire de Lin Shu-wei, étudiant modèle, qui après s’être fait piéger et accuser de vol par la bande de voyous de la classe, se retrouve à leur côtés pour effectuer des travaux d’interêt général. Alors qu’ils servent dans une maison de retraite, ils tombent sur un étrange monstre agressif mais assez faible. Ils parviennent à le kidnapper et à le ramener dans leur planque. Suivent alors tortures et autres jeux cruels, partant de l’idée que si ce monstre n’est pas humain, il n’y a pas à se retenir. Petit problème cependant, la créature n’était pas la seule de son espèce, et sa sœur, beaucoup plus cruelle, va faire tout son possible pour le retrouver.

Dans un premier temps, on a l’impression qu’on va simplement retrouver les préoccupations classiques de tout film de monstre qui se respecte. L’homme est un loup pour l’homme, les véritables monstres ne sont pas ceux que l’on croit, etc. Mais là ou le film se différencie de la masse des autres métrages du genre présentés chaque année à L’Etrange Festival, c’est dans son point de vue moral, ou plutôt son absence. Ce qui rend Mon Mon Mon Monsters intéressant comme profondément inconfortable, c’est l’absence totale d’un bon côté, ou d’un personnage à suivre. Chaque protagoniste est soit profondément mauvais soit d’une faiblesse d’esprit telle qu’il en devient répugnant. Le spectateur n’a ainsi nulle part où s’accrocher et ne sait pas comment aborder le film, le laissant dans un vide perturbant.

Encore plus perturbant est le ton du film ; en effet s’il alterne sans cesse entre comédie, horreur et drame, il le fait d’une façon extrêmement déstabilisante. La où, en général, dans un film de ce genre, ces différents sentiments viennent de personnages distincts ou du moins de séquences à part, tout est ici mélangé. Les séquences de comic relief se retrouvent non seulement côte à côte avec d’affreuses scènes de torture, mais impliquent aussi les mêmes personnages, créant un bien étrange sentiment : on rit ici de blagues sadiques faites par des enflures.


Si cette bizarrerie des tons est sûrement le point le plus intéressant du film, au niveau de la réalisation, il ne déroge pas non plus à un certain pedigree. Si Giddens Ko ne semble jamais faire un plan original, il s’inspire néanmoins des bons maîtres. On retrouve dans sa mise en scène un peu de Sono Sion, d’Adam Tsuei voire de Terayama. Aucune des scènes du film n’impressionne mais le tout reste de très bonne facture, et les derniers plans, sous un filtre rouge sang, sont parmi les plus beaux qu’on aura pu voir cette année à L’Etrange Festival.

Cependant, si le rythme du film s’améliore dans sa seconde partie, notamment grâce à quelques scènes choc glaçantes, la lenteur de la première moitié du film, couplée à la bizarrerie tonale qu’il représente, pourra perdre plus d’un spectateur. On peut aussi citer le jeu d’acteur à la qualité variable. Par exemple, Kent Tsai est extrêmement bon dans son rôle de tyran lycéen mais Deng Yu-kai est d’une fadeur et d’une fausseté sans nom dans la peau du personnage principal.

Mon Mon Mon Monsters n’est pas un chef d’œuvre, mais c’est un film différent et une expérience émotionnelle unique. Soit exactement ce qu’on cherche à voir lors de L’Etrange Festival.

Elias Campos

Mon Mon Mon Monsters de Giddens Ko. Taïwan. 2017. Projeté lors de la 23e édition de L’Etrange Festival.

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