BIFFF 2017 – Saving Sally, d’Avid Liongoren : Aimer dans un monde empli de monstres

Posté le 13 mai 2017 par

Le Brussels International Fantastic Film Festival projette énormément de films sombres ou violents. Pourtant, le spectateur trouve souvent, au sein de la programmation, un ou deux film où les enfants sont admis. Saving Sally, en compétition 7ème parallèle, est de ceux-ci. Projeté à 14h un dimanche lors de cette 35ème édition du BIFFF, le film n’a, sans surprise, pas attiré la plus grande foule. Pourtant, les spectateurs venus voir ce conte philippin ont visiblement été conquis, comme l’ont prouvé les applaudissements nourris face à ce spectacle surprenant. Et si le jury n’a pas récompensé le film, la mention spéciale qu’il lui a attribuée a bien prouvé qu’il avait été sensible à Saving Sally.

La scénariste du film (Charlene Sawitt-Esguerra) et Avid Liongoren, son réalisateur, sont amis. Quand ils étaient à l’école ensemble, ils parlaient de ce projet qu’elle voulait écrire. Elle commence à travailler, le futur film portant alors le titre de Monster Town. Elle lui présente finalement son script, et il décide de le porter à l’écran. De son propre aveu, il aime autant l’animation que filmer des acteurs, et souhaite, pour Saving Sally, son premier long-métrage, mélanger les deux techniques. Il imagine qu’il lui faudrait à peu près un an pour boucler Saving Sally. Dix ans après, le film est enfin achevé, et peut tourner dans les festivals, le BIFFF n’étant qu’une étape. Ily  collectionne les prix (il sera bientôt au Brésil pour le Fantaspoa). Nous ne pouvons qu’espérer à présent qu’un distributeur aura l’intelligence et le courage de donner sa chance à ce film et lui permettre d’être vu par le plus grand nombre (peut-être Oubuster ou Netflix, à moins qu’un éditeur ne le sorte en DVD ou en blu-ray, car il est peu probable qu’il n’arrive dans une salle de cinéma).

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Saving Sally est tout d’abord une histoire d’amour entre deux adolescents. La réalisation se veut sobre, pour privilégier le décor et surtout ses acteurs, ne voulant jamais détourner l’attention d’eux et des sentiments qu’ils transmettent. Avid Liongoren cherche à éviter le pathos trop mièvre et privilégie plutôt un côté réaliste qui se veut touchant. Rien n’est simple, chaque personnage a ses problèmes, entre la timidité du garçon et la vie familiale compliquée de la jeune femme. Les personnages sont crédibles, permettant facilement au spectateur de s’identifier à eux. Les héros de cette œuvre sont Marty (Enzo Marcos), qui est un geek, dessinant des comics-book à ses heures perdues, et rêvant de faire les beaux-arts. Il est harcelé en cours, et est sauvé par Sally (Rhian Ramos), bricoleuse de génie qui lui organise une vengeance pour lui permettre d’être débarrassé de son tourmenteur. Les deux jeunes gens deviennent amis, et Marty finit par être fou amoureux de Sally. Cependant, il ne sait pas comment le lui dire (sa timidité n’aidant pas), et elle a une vie compliquée, ses parents adoptifs refusant qu’elle sorte ou qu’elle ait des amis…

Cette histoire, très simple en apparence, est portée par les jeunes acteurs, qui sont investis par leur rôle et se montrent touchant dans leurs rapports, aussi complexes que réalistes.  Les dialogues sont écrits pour être tendres ou drôles, selon les situations, mais évitent les débordements ou la surenchère.

Comme précisé plus haut, Avid Liongoren a mélangé aux acteurs un décor et une ambiance tout en dessin-animé. Le résultat plonge le spectateur dans un conte de fée étrange. Dès l’introduction, la voix off de Marty nous explique qu’il vit dans un univers peuplé de monstres qu’il est seul à voir (d’où le titre de travail, Monster Town). Ces monstres mettent en exergue le décalage entre la personnalité de Marty et le quotidien, mais pointent du doigt aussi ses sentiments. Le petit ami de Sally devient un monstre à tête de bite, et la maison dans laquelle elle vit un château sinistre, en haut d’une colline, habité par les méchants monstres séquestrant son aimée. Le monde créé quitte le réalisme d’une histoire d’amour (sans dénaturer cette part du récit) pour  créer, autour de ses personnages, un monde onirique où la beauté des images ne fait que rendre visuellement les sentiments des personnages, qui se révèlent souvent tristes. Sally n’est cependant pas une princesse classique, attendant que son prince charmant la sauve, mais une bricoleuse de génie. Ses inventions sont elles-aussi mis en images grâce au dessin-animé, et Saving Sally flirte, lors de ces séquences, avec un côté James Bond qui s’intègre sans difficulté au conte et ne fait que donner de la personnalité à Sally.

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Saving Sally mélange de nombreux genres, utilisant l’animation et les prises de vues réelles pour créer un univers unique, mais il est perceptible que les dix ans passés à travailler sur le film ont été mis au service de la cohérence de l’univers. Saving Sally est un film clairement expérimental dans ce mélange des genres, mais Avid Liongoren et Charlene Sawitt-Esguerra veulent que ces expérimentations soient au service de l’histoire, et qu’aucun élément ne fasse oublier le récit et l’histoire d’amour entre Sally et Marty, les sentiments parvenant sans difficulté à dépasser le cadre de l’écran pour toucher les spectateurs.

Yannik Vanesse

Saving Sally, d’Avid Liongoren (2016). Vu lors de la 35ème édition du Brussels International Fantastic Film Festival.

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