Critique de After School Midnighters de Takekiyo Hitoshi (Kinotayo)

Posté le 10 décembre 2012 par

L’édition 2012 du festival Kinotayo a fait preuve d’audace en proposant After School Midnighters. Entre films d’auteurs mélancoliques, documentaires poignants et autres œuvres plus expérimentales, ce long métrage d’animation loufoque et décomplexé nous a franchement surpris. Par Clément Pascaud

Trois gamines s’introduisent subrepticement dans la salle des sciences de leur école. Elles tombent alors nez à nez avec un modèle anatomique d’étude dont elles entreprennent de retravailler l’allure. La nuit tombée, le mannequin s’avère être le peu redouté Kunstlijk, l’un des nombreux esprits hantant l’école Sainte Claire. Ce dernier rentre dans une colère noire en constatant les graffitis, maquillages, et autres décalcomanies d’éléphant à l’entre-jambes dont les trois gamines l’ont affublé.  Avide de vengeance, Kunstlijk, avec l’aide de Goth le squelette, envoie à Mako, Miko et Mustuko une invitation pour la terrible After School Midnight Party dans l’espoir de leur faire connaître la pire frayeur de leur vie.

After School Midgnighters, c’est avant tout un scénario qui, tout en s’astreignant à une certaine linéarité, parvient à ne jamais rendre son récit ennuyeux. ASM a de prime abord des allures de jeu vidéo ou de shōnen avec son cheminement par étapes, ses personnages marqués aux compétences complémentaires,  et ses grands méchants ou boss  toujours plus impressionnants à mesure que le trio de jeunes filles progresse dans l’école. Obéissant ainsi à une mécanique familière, éprouvée et plutôt serrée, Takekiyo réussit pourtant à y introduire une quantité d’éléments qui évitent au film de sombrer dans la monotonie du déjà-vu.

Le gros, gros atout d’ASM, c’est sa galerie de personnages secondaires nombreux et pour le moins atypiques : du mannequin de sciences nat’ tenant un blog sur le surnaturel, jusqu’à la mouche à m*rde  rongée par le ressentiment, en passant par un homme-poisson ridiculement narcissique ou un gang de lapins siciliens tout droit sortis de Corleone, tous défilent à vive allure sans que leur charisme n’en soit pour autant affecté. Tant et si bien d’ailleurs que l’on se prend vite d’intérêt bien plus pour les déboires de  Kunstlijk que pour l’issue prévisible des épreuves endurées par le trio d’héroïnes. De ce point de vue, et parce qu’elle s’épargne toute présentation ou introduction de ses personnages, l’aventure de Mako, Miko et Mutsuko ressemble moins à un véritable conte initiatique qu’à un prétexte de Takekiyo pour développer un univers délirant et enchaîner les gags.

Car oui, s’il était besoin de le préciser à la vue de tout ce que l’on vient de dire, ASM est un film drôle, où l’on sourit toujours, et où l’on rit franchement souvent. On préfèrera ne pas trop en dire pour ne pas gâcher l’effet de surprise, mais notons au moins à cet égard la presque totalité des situations comiques où Kunstlijk se trouve mêlées, et qui sont autant d’hommages à l’humour très visuel et parfois cruel de Tex Avery.

D’un point de vue visuel, justement, ASM est là aussi assez étonnant et plutôt réussi. Les premières minutes du film peuvent laisser pour le moins dubitatif avec une esthétique kawaii tout ce qu’il y a de plus « mignon », criard et écoeurant, puis très vite, avec la tombée de la nuit, le tout se fait plus obscur, plus nuancé, plus subtil. Quoique les décors, tous en 3D, paraissent parfois vides ou du moins très lisses, le travail effectué sur la lumière et les couleurs donne au tout un aspect particulier, sombre sans en devenir glauque pour autant, et produit un contraste intéressant (quoique parfois un peu étrange)  avec les personnages « cel -hadés » et les couleurs pétantes des héroïnes. On pense à Burton, les formes bizarroïdes et les textures crasseuses en moins.

Clément Pascaud

Verdict :

After School Midnighters est en définitive une véritable bouffée d’air frais au milieu des films d’animation japonais qui nous sont donnés à voir en Europe et qui vacillent trop souvent entre pâles copies de Miyazaki et purs produits industriels désincarnés. Imaginatif et novateur tout en étant rattaché à une certaine tradition narrative, ce délire de Takekiyo, avec son humour à deux niveaux, sa folie communicative et sa légèreté pleinement assumée, constitue en quelque sorte le film familial par excellence.

After School Midnighters de Takekiyo Hitoshi, visible au festival de Kinotayo. Le planning par ici

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