THE RAID

Carnet de Deauville, jour 4 : The Raid, Headshot, I Carried you Home

Posté le 10 mars 2012 par

Avant dernier jour à Deauville, avec deux films très attendus : The Raid de Gareth Evans et Headshot de Pen-ek Ratanaruang. L’un tient ses promesses, l’autre pas. Quand au thaïlandais I Carried you Home, il ne promettait rien et avait bien raison.

Die Hard

The Raid de Gareth Evans par Jérémy Coifman.

On l’attendait au tournant, The Raid de Gareth Evans comble toutes nos attentes, et peut-être même un peu plus.

La réputation flatteuse d’un film peut être très dangereuse pour la perception qu’on en a au moment du visionnage. Après plusieurs festivals de par le monde, le film se pose à Deauville et c’est fébrilement qu’on l’attend. On espère en prendre plein la figure, retrouver les montées d’adrénaline que les plus grands actioners nous procuraient.

Une équipe de policiers d’élite arrive au pied d’un immeuble de 30 étages. En son sein, un parrain tout puissant qui à la main mise sur tout l’immeuble. Nous sommes dans les bidonvilles de Jakarta, la misère est partout et la main d’œuvre facilement trouvable. Une opération qui, on le devine assez rapidement, ne va pas se dérouler comme prévu.

The Raid est bien le divertissement survitaminé qu’on attendait. Les premières dix minutes posent le décor et les personnages. La tension est déjà palpable, mais ce n’est rien comparé à ce qui attend ces pauvres policiers. Puis c’est l’escalade. Pendant 1h30, le long métrage prend le spectateur à la gorge et ne le lâchera que dans les dernières secondes. C’est le film d’action pur et dur, la brutalité du Silat, la virtuosité des chorégraphies, le second degré présent par petite touches. On rit, on a souvent mal pour les pauvres adversaires de l’impressionnant Iko Uwais, on jubile devant ce déchaînement de brutalité. L’ambiance est glauque, la caméra de Gareth Evans ne perd pas de vue ses personnages et l’action est toujours lisible malgré les cascades incroyables. Mieux, le réalisateur multiplie les angles de vue, joue de la structure de l’immeuble et de son architecture.

On pense évidemment à Die Hard de McTiernan ou parfois aux jeux vidéo. Mais The Raid est également un film de zombie. Le parrain local, chef de l’immeuble est le Puppet Master, et il n’a aucun mal à convaincre les habitants de l’immeuble, tous drogués ou criminels. Mais encore plus que le parrain, c’est la société qui ne laisse aucune chance à ses gens. N’ayez pas peur, point de grande analyse sociale dans The Raid, juste une esquisse maladroite. Ce n’est évidemment pas ce qu’on demande au film.

Les zombies sont partout, en quête de sang. Ils sont inarrêtables, increvables, ils arrivent par vague de 10, 15, 20. Les policiers sont dépassés. Nombreuses sont les séquences où l’on voit des policiers saisis par deux ou trois habitants de l’immeuble, assoiffés de chair fraîche. En plus des codes du film d’action, on retrouve ceux du film de zombie, avec la (petite) satire sociale, les personnages archétypaux et le déchaînement de violence. On pense souvent à Rec 2 dont le pitch initial n’est pas si éloigné.

Le film a provoqué à plusieurs reprises les commentaires à haute voix des spectateurs et des applaudissements à chaque fin de combats. C’est un signe qui ne trompe pas, le film plaît et divertit. On s’amuse quand on voit The Raid. Certains rabat-joies parleront de régression, mais  il n’en est pas question ici, pas du tout. C’est le plaisir Badass sans complexe et totalement réussi.

Quand on sait que Gareth Evans a le projet d’en faire une trilogie, on salive et on attend patiemment la sortie de The Raid au cinéma en France le 20 juin 2012,  pour encore une fois plonger dans cet univers complètement Over The Top. Quelle tatane dans la tronche !

Verdict :

Jérémy Coifman.

Une balle dans la tête

Headshot de Pen-ek Ratanaruang par Victor Lopez.

Fatigué des turpitudes qui lui tombent sans cesse dessus et qui s’accumulent calmement mais surement depuis le début du film, le héros de Headshot finit par avouer sa lassitude. A ce moment, on ne sait si cette démission, alors même qu’il reste encore une bonne partie du métrage à parcourir, est celle du personnage ou du cinéaste, à moins que celui-ci n’envisage la l’abandon du spectateur face à un imbroglio d’intrigues dont il ne verra jamais la finalité. Entre zenitude plaquée sur une action cotonneuse et karma vide et forcé, le dernier film de Pen-ek Ratanaruang ne semble aller nulle part, n’avoir rien à dire.

Cela ne veut cependant pas signifier que le réalisateur ne remplit pas ce néant d’une bien belle façon. La maîtrise technique de Ratanaruang magnifie chaque scène, qui baigne dans une photographie mélancolique et aérienne. Le tout est doublé d’une mise en scène symbolique, qui accumule effets et métaphores sans que l’on soit sûr d’en comprendre le référent, voir qu’il y ait un référent tout court. Où nous mène en effet cette histoire de flic intègre, qui, devenu tueur pour une organisation mystérieuse ayant pour but de restaurer la moralité en Thaïlande, voit le monde à l’envers depuis qu’il s’est pris une balle dans la tête ? Que lui apporte ce changement de perspective ? Cela lui permet-il d’y voir plus clair dans un monde sans dessus-dessous ?

A vrai dire, on n’en sait rien, et on n’est pas sûr que le réalisateur en sache plus que nous. Elliptique, la narration nous promet de belles révélations sans jamais les tenir. Quid de la mystérieuse organisation dont on nous annonce des ramifications complexes sans que l’on en voit jamais plus de trois membres ? Sans doute l’intrigue policière n’est-elle qu’un McGuffin élégant, un emballage de film noir cachant un profond voyage intérieur. Les effets de mise en scènes insistant, la voix-off en mode acceptation du destin semble l’indiquer, mais le parcours en lui-même n’offre guère d’intérêt.

Headshot n’est ni une quête car il n’y a rien à trouver, ni une histoire de rédemption car il n’y a pas de faute. En fait, il ne peut même pas s’agir de voyage intérieur puisqu’il n’y a pas vraiment de mouvement, d’évolution concernant notre protagoniste en mode upside down. Bref, loin de nous retourner le cerveau, Headshot nous l’enfume juste un peu.

Verdict :

Victor Lopez.

Mourning

I Carried You Home de Tongpong Chantarangkul par Jérémy Coifman

Deuxième road trip de la sélection après Mourning, I Carried You Home du Thaïlandais Tongpong Chantarangkul entraîne deux sœurs en deuil dans le sud de la Thaïlande.

Une mère décède, deux sœurs séparées par des conflits familiaux se retrouvent. Les tensions sont à peine esquissées, l’intérêt du réalisateur est ailleurs. Les flashbacks emmènent le spectateur dans un quotidien assez pathétique. La mère n’a qu’une passion, chanter devant ses amis. Les scènes sont pitoyables. La mère est une pauvre femme qui pense être importante, mais qui est surtout prise pour une imbécile par sa fille adolescente rebelle qui ne pense qu’à s’amuser avec sa meilleure amie. Le retour sur terre est difficile pour la jeune fille, les regrets seront éternels.

Rien de bien nouveau dans la représentation du deuil : les regrets, les pleurs, les non-dits reviennent à la surface où le retour du canard boiteux de la famille. Tout ceci se déroule dans un climat des plus austères, à peine sauvé de la déprime totale par des touches absurdes, notamment avec le chauffeur de l’ambulance, seul personnage attachant de ce drame.

Chantarangkul expliqua au public présent qu’il voulait montrer les difficultés d’ordre politique et religieux dans le sud du pays. Qu’il essaye dans ce film de prouver que le dialogue est encore possible. L’aspect est effleuré, et bien que l’intention soit louable, on ne trouve pas trace d’un propos fort et clair, si ce n’est ce plan assez beau d’une mosquée qui côtoie des moines bouddhistes. Un ennui poli pointe bientôt le bout de son nez. La faute surtout à des personnages assez mal écrits et carrément anecdotiques. Comme à ses femmes auxquelles il manque leur mère, le film manque de saveur, d’émotion (la scène de la fille en pleurs devant le miroir est un peu too much).

Le road trip est un genre propice aux dialogues percutants, aux moments d’émotions ou aux rencontres improbables. I Carried You Home ne propose hélas rien de tout ça. Quand on voit la détermination du réalisateur, on aimerait être plus indulgent, mais hélas, on se retrouve avec l’un des films les plus faibles de cette séléction.

Verdict :

À lire également :

Carnet de Deauville : jour 1, ouverture (The Sun-Beaten Path)

Carnet de Deauville, jour 2 : Death is my Profession, Seediq Bale, Saya Samourai

Carnet de Deauville, jour 3 : The Sorcerer and the White Snake, Mourning,The Sword Identity

Carnet de Deauville, jour 4 : The Raid, Headshot, I Carried you Home

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