L'auberge du printemps

L’Auberge du printemps – Ying chun ge zhi Fengbo de King Hu (Rétro)

Posté le 1 mars 2012 par

Retour sur L’Auberge du printemps (Ying chun ge zhi Fengbo) un King Hu de 1973, à l’occasion de sa projection à la Cinémathèque dans le cadre de l’hommage rendu au maître du Wu Xia Pian. Par Justin Kwedi.

En Chine au XIVè siècle, des chinois se révoltent contre la domination mongole incarnée par le prince Lee Khan. L’auberge du Printemps de madame Wan Jen-mi est le théâtre d’une confrontation entre rebelles chinois et hommes de mains du prince, sur fond d’espionnage, de traîtrise et de secrets militaires.

L’Auberge du Printemps conclut de manière magistrale ce qu’on appelle « la trilogie des auberges » dans l’œuvre de King Hu. Le cultissime L’Hirondelle d’Or, classique absolu de la Shaw Brothers, entamait le cycle avec un King Hu inventant  toute les figures imposées du wu xia pian (et lançant le studio sur le genre) moderne dont les fameuses confrontations dans les auberges, véritables lieux de tension où les adversaires se jaugent et s’observent. Trop perfectionniste pour le régime d’usine de la Shaw Brothers, King Hu claque laporte du studio et part à Taïwan réaliser le deuxième volet de sa trilogie Dragon Gate Inn (à quand un DVD pour celui-là ?), succès colossal en Asie, et dans lequel l’utilisation du cadre de l’auberge revêt un atour bien plus dramatique et stratégique que dans L’Hirondelle d’Or (Tsui Hark en réalisera un remake extraordinaire bien plus tard avec L’Auberge du Dragon).

L’Auberge du Printemps, réalisé par un King Hu au sommet de ses possibilités (l’hypnotique A Touch of Zen aura précédé) atteint ainsi une sorte de perfection en reprenant les motifs de L’Hirondelle d’Or (les faux-semblants, l’atmosphère électrique) et Dragon Gate Inn (l’intrigue politique et historique, le jeu sur les apparences) pour les sublimer. Si on se perd légèrement lors de la présentation des multiples personnages et des enjeux lors de l’introduction explicative, une fois arrivé dans l’auberge en titre, tout devient limpide par la maestria narrative et visuelle du réalisateur. On a donc un groupe de rebelles chinois dissimulés en tenanciers d’auberge dans le désert, chargés d’intercepter un document transporté par un prince ennemi mongole amené à séjourner dans les lieux.

Dès lors, l’intrigue devient le cadre d’un captivant jeu d’échecs où personne n’est ce qu’il paraît être et où il faut constamment démêler le vrai du faux, les amis des ennemis, et où le personnage en apparence le plus insignifiant peut s’avérer un allié précieux ou un adversaire redoutable. Hormis quelques escarmouches isolées et un final furieux, le film est plutôt avare en séquences d’arts martiaux. Celles-ci ne sont pas une fin en soi et ne sont que l’aboutissement d’un jeu de faux-semblants où il faut se montrer plus fin que l’ennemi. King Hu, le plus érudit et raffiné des réalisateurs hongkongais, expérimente ici les intrigues de palais à venir de ses films à venir, qu’elles soient poussées à la quasi abstraction dans le mémorable Raining in the Mountain ou dans le cadre du pur film historique comme son All the King’s Men (là aussi à quand un DVD ?).

La mise en scène de King Hu se fait par instant théâtrale par le fait de cette unité de lieu (même si quelques séquences se déroulent en extérieur) mais c’est un statisme de façade où le montage joue grandement dans le jeu de regards entre les personnages devant dissimuler leur connivence et qui sait se faire bien plus dynamique quand la tension s’installe. Le scope de King Hu est d’une maîtrise impressionnante et il faut constamment être attentif à ce qui se déroule dans chaque coin du cadre (la poursuite du cambrioleur, la première tentative de vol du document) et le réalisateur joue autant de la profondeur de champs que de la verticalité et de l’horizontalité de cette auberge sur étage. Presque à la manière d’un Mission : Impossible à la sauce wu xia pian, les héros sont presque réduits à leur seule fonction (hormis les jolies serveuses revêches dont Angela Mao) et on retient finalement surtout le fabuleux duo de méchant retors magistralement incarnés par Tien Feng et Hsu Feng (actrice fétiche de King Hu).

Après ce jeu de chausse-trappe à la tension palpable, King Hu laisse enfin exploser l’action lors d’un long final virtuose et sacrificiel où les affrontements sanglants s’enchaînent sans interruptions. Un des tous meilleurs et des plus nerveux films de King Hu, excellent !

Verdict :

7 SENS copier
Justin Kwedi.

L’Auberge du printemps de King Hu est disponible en DVD, édité par Metropolitan (HK Video), depuis le 03/05/2011.

Retrouvez plus de critiques de Justin sur son blog : Les Chroniques du Cinéphile Stakhanoviste.

Imprimer


Laissez un commentaire


*