Grotesque de Shirashi Kôji (DVD / Blu-Ray)

Posté le 13 octobre 2011 par

Voici qu’arrive en DVD et Blu-Ray enfin le très attendu Grotesque de Shiraishi Kôji. Depuis quelques années, les Américains essaient d’aller le plus loin possible dans le glauque et le sadique avec les torture porn. Il était normal que les japonais veuillent prouver qu’ils sont inégalables en la matière. Preuve est faîte avec Grotesque ! Par Yannik Vanesse.

Dans son ouvrage sur la J-horror, Stephane de Mesdinot nous parlait de la légende de la Femme à la bouche fendue, et de films futurs s’intéressant à cette effroyable légende. Shiraishi Kôji s’est chargé d’une de ces adaptations, sobrement intitulée Kuchisake-onna (La Femme à la bouche fendue). Mais ce film n’est toujours pas visible chez nous, sans doute du fait de l’interdiction au moins de 18 ans du métrage, et de la nature trop japonaise de la légende. Si son film suivant n’était réservé que pour le marché vidéo, et est donc tout aussi inédit en terres francophone, nous arrive son petit dernier, distribué chez nous grâce à Elephant Film. Grotesque, car c’est son nom, débarque ainsi au son des tambours et des trompettes, nanti de bonus made in East Asia. Et il porte bien son nom !

Le film, semblant renouer avec des métrages comme la série des Guinea Pig, débute avec l’enlèvement d’un couple de jeunes Asiatiques. Et, sorti d’un court flashback nous montrant ce que faisaient les deux jeunes gens avant de se faire assommer par notre psychopathe, Grotesque va nous montrer pendant une heure et quart les deux héros, attachés à des tables, se faire torturer.

Nagasawa Tsugumi, qui a l’habitude de se faire asperger de sang, puisqu’elle est aussi à l’affiche du délirant Tokyo Gore Police, passe donc tout le film ligotée, à se faire, entre-autre, couper des doigts à la tronçonneuse. Son compagnon ne sera pas épargné, puisque l’on va lui enfoncer des clous dans les testicules, lui couper des doigts, et bien d’autres choses. Tout cela est filmé en gros plan, avec d’excellents effets spéciaux affreusement réaliste, ce qui rend le visionnage assez inconfortable, et pratiquement insoutenable par moment – sans parler du fait que notre fou furieux explique toujours avec force détail ce qu’il va accomplir, laissant libre cours à notre imagination. Cependant, contrairement à un Guinea Pig, qui jouait la carte du faux snuff movie, avec coup de pub racoleur à la clé, Grotesque ne cherche à aucun moment à n’être autre chose qu’un film. Il y a un générique de début et un générique de fin, et le tout est très bien filmé. On sent le côté professionnel d’un métrage traditionnel. Dans les films de ce type, comme Saw 2, par exemple, les personnages sont certes prisonniers et subissent d’atroces choses de manière assez gratuite et racoleuse, mais ils bénéficient d’une certaine liberté de mouvements. Ils courent, parlent, se disputent, réfléchissent. Ici, le scénario, très épuré, ne laisse à ses personnages ligotés aucune autre marge de manœuvre mis à part subir les tortures les plus diverses. Et, comme ils n’ont pas le droit de parler, les dialogues sont bien souvent réduits au strict minimum. Le résultat est du coup assez vain et totalement gratuit. Le gore n’est pas cool, mais révulsant ; l’action est limitée ; l’intrigue ne révèle aucun suspense ; bref, le métrage n’apporte que grimaces et hauts le cœur… Le moment le plus intéressant du film est quand les héros pensent qu’ils vont être libérés et que le fou furieux les soigne. Le spectateur sait très bien qu’ils ne seront pas relâchés, et la situation provoque un malaise beaucoup plus intéressant que le vulgaire dégout que suscite tout le reste du métrage. Ce film se veut cependant atroce et jusqu’auboutiste, et y parvient totalement, allant aussi loin que possible dans sa démarche.

Le menu des Bonus avec « Grotesque : dans les entrailles du Torture Porn », par… Victor Sanchez ?? Chez Mammouth Films, alors ?

Le DVD contient un bonus de taille, puisqu’il s’agit d’un documentaire de 17 minutes concocté par East Asia. Nous y retrouvons Olivier Smach et Victor Lopez (ce dernier devient parfois Victor Sanchez, au gré des envies de Elephant Film) qui nous livrent une analyse pertinente du film. Si la mise en scène, dans un décor un peu glauque, des armes à la main, peut faire sourire, cela s’avère bien plus intéressant et recherché que tous ces journalistes simplement assis derrière un bureau. De toute façon, c’est le fond qui intéresse bien évidemment le spectateur. Et, sans aucun temps morts, nos deux journalistes nous offrent une excellente étude de Grotesque. Creusant, ils partent des racines de cet arbre étrange et malsain qu’est le métrage qui nous intéresse, et ils remontent jusqu’à arriver au produit fini, nous parlant de ses influences, sa conception, ses acteurs, son réalisateur… Bref, révélant tout ce que voudrait savoir un spectateur curieux sur notre Grotesque, inadmissiblement interdit en Angleterre (ce qu’il clame cependant haut et fort, comme de juste).

Verdict :

Il est difficile de s’extasier devant un tel film. En effet, comment apprécier, comment trouver vraiment bon, un film qui veut choquer et dégouter son spectateur ? En ce sens, il y parvient très bien et, si pour crier au chef d’oeuvre, il manque, selon votre serviteur, un peu de fond, l’épure de son scénario et la démarche franche de son équipe est admirable. Ainsi, si le métrage ne recevrait qu’une note de deux sur cinq, ce serait finalement dû au certain inconfort ressenti à sa vision et, en ce sens, il atteint pleinement son objectif. Cependant, le DVD en lui-même mérite la note de trois (Good), de part son joli packaging, et ce bonus tout bonnement excellent.

Yannik Vanesse.

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8 commentaires pour “Grotesque de Shirashi Kôji (DVD / Blu-Ray)”

  1. Tiens, pour info, Yannik, j’avais acquis les droits de « Kuchisake » pour KubiK il y a quelques années. J’aime bcp ce film, plus suspense, que véritablement ore et certainement 10000 fois moins violent que « Grotesque ». Le deal ne s’est pas fait à la dernière minute, comme souvent dans ce métier, l’interdiction aux moins de 18 ans (ah bon ?) ou la « spécificité de la légende » (sans importance dans l’optique d’une exploitation à l’étranger) n’avaient finalement pas grand chose à voir: Kuchisake y est montrée comme une croquemitaine comme une autre, pas besoin de connaître la légende en amont pour comprendre.

  2. Pour l’interdiction au moins de18 ans, c’est ce qui est dit sur internet, en tout cas.

  3. C’est vrai que Allo Ciné l’interdit aux moins de 18 ans, mais ça m’a tout l’air d’être une erreur… Le film a reçu un PG-12 au Japon, et son niveau de violence est tout à fait acceptable, même pour notre CSA (quoique, s’agissant d’enfants, on ne sait jamais : Kazé nous a expliqué qu’ils avaient failli avoir un avertissement pour Colorful !!! Ce uniquement à cause de la thématique des suicide d’ado, et, bien sûr, sans avoir vu le film… Et depuis le coup de Quand l’embryon part braconner, on peut franchement se méfier…). Dommage effectivement que le film, fort sympathique et tout à fait accessible (malgré l’origine de la légende urbaine typiquement jap, on est finalement pas très loin d’un Freddy au final…), ne soit pas sorti en France !

  4. Il est extrêmement déconseillé de prendre ses sources sur allociné, c’est 1000 fois moins fiable que wiki, c’est dire !

  5. Je prends note et éviterai à l’avenir. C’est la troisième fois qu’ils me disent des conneries. Je leur avais laissé encore une fois le bénéfice du doute, mais c’est effectivement fini…

    Sinon, pour ces histoires d’interdiction en France, ça se saurait s’ils ne se baisaient que sur le film lui-même… Quand l’on voit Grotesque qui écope tranquillement d’une interdiction aux moins de 16 ans avec avertissement, alors que Martyr se ramassait moins de 18. Qu’on ne me dise pas que le côté religieux de l’œuvre n’y est pour rien…

    Cela dit, si Grotesque a du succès, cela nous permettra sans doute de voir La Femme à la bouche fendue…

  6. En fait, les avertos DVD en France sont bidons: les « – de … » ne s’appliquent qua’au ciné.

  7. Et puis c’est totalement illogique souvent. Je me rappelle avoir été voir Coraline, tout public parce que dessin animé, alors que l’histoire est glauque et malsaine. Les gamins de ans choqués par ce qu’ils voyaient…

  8. Une des personnes du comité de visionnage du CSA (très sympa par ailleurs) m’avait expliqué qu’ils étaient beaucoup plus indulgents quand le film s’inscrivait dans un univers « irréel ». Ce qui explique certainement Coraline (même si un avertissement aurait tout de même été rude pour le film, effectivement assez sombre, mais dont les thèmes sont certainement abordables et même doivent très fortement résonner chez des enfants à partir de 7-8 ans) ou encore par exemple un Zombieland très gore mais uniquement interdit au moins de 12 ans…
    Pour les sorties directes en vidéos, comme le dit Bastian, je ne crois pas que les éditeurs soient tenus de montrer le film. Il me semble (mais c’est à confirmer) que c’est eux même qui ont la responsabilité de mettre un avertissement (et non une interdiction). Grotesque est ainsi seulement « déconseillé au moins de 16 ans »…
    (Et sur les inédits notamment, c’est clair qu’il faut toujours vérifier les infos d’Allo Ciné, très très peu fiables. De toutes façons, ils repêchent eux-même les infos sur le web ou les DP…).

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