13, Jeux de Mort de Chookiat Sakveerakul (DVD)

Posté le 25 juin 2011 par

East Asia voyage une fois de plus en Thaïlande, avec un long métrage assez atypique : 13, Jeux de Mort, qui interpellera sans aucun doute tout amateur de thrillers à la trame semée d’embuches et de perversions. Par Jérémy Coifman.


Phuchit est ce qu’on pourrait appeler communément un looser. Il perd son emploi, sa petite amie l’a quitté, son compte est à découvert et les huissiers sont à ses trousses. Joyeux cocktail en somme ! Mais, au moment où il ne s’attend plus à rien, un coup de fil des plus intrigants vient bouleverser sa vie. Il lui propose de participer à un drôle de jeu, qui lui permettra de gagner la somme de 100 millions de Bats s’il parvient au terme de 13 épreuves.

Dès le départ, le personnage de Phuchit inspire une profonde empathie. Les événements semblent lui tomber dessus sans qu’il ne puisse s’en sortir. On se dit que ce brave type ne mérite pas ce qui lui arrive. Lunettes carrées, chemise blanche, cravate noire : cet employé de bureau fait immédiatement penser à William Foster, personnage interprété par Michael Douglas dans Chute Libre. La référence au film de Joel Schumacher est dès le début assez explicite. Phuchit est coincé. Cette société ne lui laisse aucun répit. Le personnage féminin principal, Tong, rêve de devenir chanteuse. Mais la pression sociale lui force à oublier ses rêves de gloire. Cette introduction est très réussie. Et bien que l’on pense en voyant le titre à une version Thaïlandaise de Saw, le film emprunte autant à Chute Libre qu’à la franchise horrifique.

Les épreuves que subit Phushit sont d’abord assez anodines. Il doit par exemple écraser une mouche et la manger. Ce qui laisse penser que ce petit jeu n’aura aucune conséquence sérieuse. L’appât du gain est trop fort pour résister. Le film est de ce fait assez drôle. Certaines scènes sont saupoudrées d’humour noir ou burlesque, et c’est assez réussi. Mais on sent que Chookiat Sakveerakul ne sait pas sur quel pied danser. Il hésite entre une comédie macabre et un thriller qui prend aux tripes. Alors il enchaine les scènes de cet acabit, entre l’absurde et le dégoutant (Phuchit doit manger des excréments) ou le carrément burlesque (la scène au commissariat entre les victimes de Phuchit).

On peut croire également que les épreuves vont aller crescendo dans la violence et dans la cruauté. Dans un sens, c’est bien le cas. Mais le film ne cède pas aux sirènes du gore. Bien que le métrage soit très violent, il marque plus par les choix moraux auxquels sont confrontés Phuchit que ses effusions de sang. Mais ce qui est le plus réussi dans le film est son côté complètement désenchanté. Le réalisateur livre avec 13, Jeux de Mort une vision de la société des plus pessimiste et cruelle. Bien que la critique sociale soit assénée avec la légèreté et la grâce d’un pachyderme, elle n’en reste pas moins forte et intelligente. Chookiat Sakveerakul n’épargne personne.

En premier lieu, les femmes… Elles sont superficielles, plus occupés par les futilités et l’argent qu’a une quête d’un véritable sens à leur vie. Comme l’ancienne petite amie de Phuchit qui le quitte parce qu’il est incapable de faire d’elle une Star. La seule qui jouit d’un traitement de faveur est l’héroïne. Il est d’ailleurs intéressant de voir la différence de physique entre Tong et les autres personnages féminins du film. Elle a les cheveux court, ne se maquille pas, est travailleuse…
Les hommes en prennent aussi pour leurs grades : ils sont arrivistes (le personnage du collègue insupportable), gèrent tout en fonction du profit (le patron détestable), ou laissent leurs ainés mourir seuls. Et finalement la télé-réalité n’est évidemment pas épargnée. Le réalisateur critique cet excès de voyeurisme qui conduit les gens au pire pour de l’argent. Mais au lieu de renvoyer toute la faute sur les médias et leurs émissions, le réalisateur préfère interpeller le spectateur. Comme le dit le maitre du jeu : ce n’est pas lui qui tue ces gens, ce n’est pas lui qui fait les choix…

A cet égard, le comportement de Phuchit est assez explicite, il libère toute la frustration accumulée. Un exemple est des plus édifiants : une épreuve consiste à « associer » une chaise avec le nouveau petit ami de la femme qu’il aime. Phuchit ne pensera évidemment pas à le faire asseoir sur cette chaise, il le battra. L’empathie qu’on ressentait pour le héros au début du film demeure, mais elle faiblit. Pour de l’argent, il est prêt à tout, et le maître du jeu le sait. C’est ce qui fait de ce 13, Jeux de Mort un film intéressant à défaut d’être parfaitement réussi et maitrisé.

 

Niveau technique, on note une photographie « sale » qui convient assez bien au film, lui donnant un aspect plus proche des personnages et une ambiance assez glauque. La mise en scène est parfois inventive, toujours bien sentie. Niveau casting, bien que l’interprète principal soit assez convaincant, le reste de la distribution est parfois limite. Cependant, c’est avec une curiosité presque malsaine que l’on suit les mésaventures du personnage principal.

13, Jeux de Mort est un bon petit film, très plaisant à suivre et doté d’un message politique assez fort.


A noter une édition DVD soignée, avec en bonus une préquelle assez fun qui fera durer le plaisir (sadique) un peu plus longtemps.
On me dit dans l’oreillette que les frères Weinstein ont racheté les droits pour un remake… O joie des remakes américains de films asiatiques !

Jérémy Coifman.

Verdict :

13, Jeux de Mort de Chookiat Sakveerakul, disponible en DVD et Blu-Ray chez Elephant Films depuis le 20/05/2009.

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