Mad Asia en 3 films : Negative Chainsaw Edge, R-Point, La légende de la libido

Posté le 17 février 2011 par

La collection Mad Asia de We Prod revient avec trois titres : Negative Chainsaw Edge, R-Point et La légende de la libido ! Par Victor Lopez.

Le Japon de « Negative Happy Chainsaw Edge »

Negative Happy Chainsaw Edge (NHCE)est certainement la bonne surprise de cette nouvelle vague Mad Asia. Manga Live reprenant les codes des films de super-héros japonais dans un drame adolescent assez attachant, le film de Kitamura (Takuji, sans lien apparent avec Ryuhei, même si la codification de sa mise en scène peut accentuer l’amalgame, ce nouveau Kitamura fait preuve d’une sensibilité absente des œuvres dynamiques du réalisateur de Versus) arrive à réellement toucher tout en exposant un regard assez juste sur la jeunesse japonaise actuelle.


L’univers du film, aussi décalé que son improbable titre à rallonge, nous est introduit par un lycéen interprété par l’excellent Ichitaya Hayato, pile électrique hébétée dont les amateurs de bizarreries nippones ont déjà pu apprécier l’humour dans God’s Puzzle de Miike Takashi. Celui-ci, sympathique glandeur un peu Yankee (équivalent japonais de nos racailles, qui aiment principalement se battre, faire de la moto et des fois chanter du rock) va rencontrer une jeune femme solitaire qui a l’habitude de combattre chaque soir un grotesque monstre armé d’une tronçonneuse. Le voilà prêt à aider la belle lors de ses improbables escapades nocturnes, heureux d’avoir trouvé un but à sa vie (même si celui-ci se limite à la transporter jusqu’au lieu d’affrontement sur le porte bagage de son vélo et à la nourrir de temps en temps).

 

L’intelligence du film est d’exploiter ce scénario digne de Wigman (l’étrange humour décalé compris) de manière allégorique pour parler de la perte. La première partie est construite autour d’une absence, celle du meilleur ami du héros, mort dans un accident à moto. Quel meilleur moyen alors pour accepter cette mort que de fuir la réalité ? On s’aperçoit vite que l’étrange monstre n’est pareillement pour la fille qu’un moyen d’exorciser ses peurs, sa frustration et surtout un deuil extrêmement douloureux, tout en la préservant, par le pouvoir de l’imagination, d’un suicide bien tentant. C’est donc mine de rien avec finesse et justesse de sujets assez graves que parle NHCE, sous couvert de légèreté super-héroïque, tout en nous faisant pénétrer de manière subtile et convaincante l’intériorité de la jeunesse japonaise d’aujourd’hui.

Car à la fin du film, ce sont moins les beaux combats acrobatiques qui restent en mémoire que le discours du prof, essayant de sortir son élève d’un amorphisme qui semble généralisé : « Dans le temps, il y avait des violences dans les lycées. Les méthodes étaient plus directes. Vous êtes plus intelligents que les gamins d’autrefois. Vous savez que résister ne sert à rien. Vous avez une drôle de tendance à tout garder à l’intérieur. Vous ne commettez pas ces folies que l’on met sur le compte de la jeunesse. Vous ne vous fâchez même plus pour de bon. Vous abandonnez sans combattre. Certains allant même jusqu’à gâcher leur vie. Et toi, à ton âge, tu abandonnes déjà ? ».

La Corée de « R-Point » et de « La légende de la libido »

On change complètement d’univers avec R-Point, qui mélange film de guerre et fantastique à travers le récit d’une troupe coréenne au Viêt-Nam en 1972. Reprenant la structure classique du film de sauvetage (une troupe part à la recherche de soldats disparus dans un mystérieux périmètre où d’étranges phénomènes se produisent), R-Point se veut à la fois une évocation atmosphérique de la guerre du Viêt-Nam du point de vue coréen et une métaphore de toutes les guerres à travers son histoire de fantômes. Trop ambitieux, le film échoue finalement sur tous les tableaux, perdant son spectateur dans les méandres d’une intrigue alambiquée et mal construite. Les nombreux bonus viennent confirmer l’intuition du visionnage : Kong Su-Chang, scénariste dont c’est la première expérience comme réalisateur, avoue avoir été un peu dépassé par un tournage chaotique, l’obligeant à sacrifier de nombreuses scènes. On a alors l’impression qu’il manque des passages et des explications, pourtant nécessaires pour donner corps à l’univers du film, en l’état plutôt pénible à suivre.

La même impression de foutoir complet berce La légende de la libido, curiosité ultime de cette livraison, mais celle-ci semble ici totalement assumée. On reste stupéfait devant le scénario, construit comme une succession de sketches centrés sur un jeune homme dont la virilité auparavant en berne, est décuplée par une divinité du sexe, au point qu’il va engrosser toutes les femmes de son village et faire l’amour avec un ours pour empêcher une sécheresse. Grand n’importe quoi prouvant après le récent Crazy Lee que l’humour populaire coréen est difficilement exportable, le film de Shin Han-Soo se regarde avec un mélange de fascination et de déconcertassions. On félicite en tout cas la collection Mad Asia de nous nous faire découvrir cette curieuse cinématographie, en regrettant peut-être seulement que des présentations des films, les replaçant dans leurs contextes et en expliquant les codifications très précises et surprenantes, n’accompagnent pas les bonus.

Victor Lopez.

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