NIFFF 2021 – Beauty Water de Cho Kyung-hun

Posté le 12 juillet 2021 par

Dans sa catégorie New Cinema From Asia, le Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF) présente le thriller d’animation coréen Beauty Water de Cho Kyung-hun.

Beauty Water raconte l’histoire de Kaeji, une maquilleuse complexée sur son physique engagée dans l’équipe de Miri, une actrice et mannequin rendue populaire, notamment, de par sa beauté et son charisme. Leur relation est très conflictuelle, Kaeji étant jalouse de Miri et Miri se trouvant être une patronne exécrable et rabaissante. Lorsqu’une entreprise de produits de beauté révolutionnaire propose à Kaeji de tester leur « beauty water » miraculeuse, elle se laisse tenter par la possibilité de changer radicalement de physique et par là également, de vie. La beauty water en question, davantage qu’un produit cosmétique, est une substance permettant à son utilisateur de se modeler le visage à sa convenance, à la façon d’une chirurgie esthétique fait maison.

Le médium de l’animation convient particulièrement bien au synopsis de Beauty Water tant celui-ci permet des expérimentations sur un plan visuel. La mise en pratique, toutefois, pèche par une utilisation de la 3D et des design de personnages assez pauvres ainsi qu’une animation très peu fluide dans la gestion des mouvements des personnages. Le film recherche des façons originales et réfléchies de traiter le body horror qui pourraient fonctionner si l’esthétique était davantage travaillée mais, malheureusement, le résultat est assez bancal. Nous assistons à des scènes de transformation d’enveloppe corporelle qui, par écrit, feraient rêver mais se révèlent moins convaincantes dans leur présentation.

A ce titre, le traitement de l’image fait écho aux problèmes scénaristiques de Beauty Water. S’il est tout à l’honneur de Cho Kyung-hun de s’attaquer aux défauts de la société superficielle et matérialiste qu’il dépeint, le propos ne dépasse jamais vraiment le stade du constat et est parfois assez maladroit. Quand Kaeji est présentée comme « laide » au début du film, les enjeux se situent surtout au niveau de son poids. Les scènes s’enchaînent alors en tournant en rond, nous la montrant se gaver de nourriture jusqu’à devenir la risée d’internet pour son apparition dans un spot publicitaire où on lui demande de manger à un buffet. Alors que le film suggérait dans son exposition que Kaeji est peut-être davantage complexée qu’elle n’est repoussante et qu’elle se projette beaucoup sur le regard des autres, il perd à tant insister sur le harcèlement dont elle est victime. Lorsque le film se poursuit et qu’elle devient « belle », nous comprenons vite que la vie n’en sera pas facile pour autant et que la beauté idéale n’est jamais atteignable. Là encore, Beauty Water ne progresse jamais réellement et répète ce constat au lieu de tenter d’approfondir son propos. Tous les protagonistes semblent d’ailleurs se rendre à cette même évidence, ce qui certes, contribue à dire que la société entière est superficielle. Or, le film ne développe pas assez d’attachement aux personnages pour dépasser la sensation de lourdeur dans la délivrance du message. L’intrigue vire ensuite au thriller pur et perd de vue son discours sur l’esthétique en débouchant sur des rebondissements saugrenus et une conclusion qui à de quoi laisser perplexe.

La déception est à la hauteur des attentes, tant Beauty Water possède de qualités qui pourraient séduire et s’illustrer dans un grand film. Les intentions auraient gagné à être plus développées, plutôt que de multiplier les péripéties et les coups de théâtre. Le résultat n’est pas indigeste ou raté mais il laisse tout de même un goût de frustration en bouche qui éclipse ses moments sympathiques.

Elie Gardel.

Beauty Water de Cho Kyung-hun. Corée. 2020. Sélectionné au NIFFF 2021

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