VOD – Filatures de Yau Nai-hoi

Posté le 16 mai 2020 par

Filatures est un film écrit et réalisé par Yau Nai-hoi, sorti en 2007. Si vous ne l’avez pas en votre possession en DVD, découvrez-le en VOD !

Dans les années 2000 à 2010, le réalisateur Johnnie To fut extrêmement prolifique en réalisant/produisant plus de 100 films. Si Johnnie To réussit à être aussi présent dans le cinéma hongkongais de l’époque, c’est en partie grâce à son acolyte de toujours Wai Ka-fai, coréalisateur et coproducteur, mais également Yau Nai-hoi, scénariste fidèle du réalisateur ayant à ce jour écrit plus de 20 scripts pour sa société de production Milkyway Image.

Quand celui-ci décide un jour de passer derrière la caméra, c’est tout naturellement que Johnnie To l’encourage et lui propose de produire son film. C’est donc en 2007 que sort Filatures, plus connu sous son titre international, Eye in the Sky, avec le nom du producteur Johnnie To en grand sur l’affiche, tandis que Yau Nai-hoi devra se contenter d’un protocolaire « directed by » en petits caractères.

Filatures nous immerge en plein Hong-Kong contemporain, suivant le travail d’une unité spécialisée dans la surveillance. Une unité de policiers déguisés en civils, surveillant et traquant les criminels à la recherche de preuves et d’informations sur ceux-ci. L’équipe va rapidement devoir surveiller un groupe de braqueurs dont le chef gère l’organisation méthodiquement.

Nous avons ici affaire à un pur film policier sur le papier, mais qui s’avère assez délicat à décrire une fois visionné. Effectivement, l’enquête importe peu, étant donné que le film nous présente les criminels dès le début, dans une scène de barbecue assez tendue qui rappelle évidemment les grands films criminels de l’époque (Le Bras armé de la loi de Johnny Mak en tête). Ainsi donc, l’intrigue ne s’encombre pas d’une traque éprouvante et prévisible, mais préfère se baser astucieusement sur des retournements de situation parfaitement maîtrisés et un suspense haletant qui fait une des grandes forces du long métrage.

Les scènes de filatures d’ailleurs, clairement au centre du film, sont extrêmement bien filmées, sous forme de courses-poursuites implicites, abusant astucieusement de zooms, de gros plans sur les regards, de plans larges sur la foule, de ralentis une fois la cible repérée, etc. Elles sont également montées avec adresse et intelligence de sorte à créer un dynamisme haletant, avec des plans s’enchaînant rapidement et toute en fluidité. Même s’il n’y a pas particulièrement d’originalité dans la réalisation, cette dernière reste terriblement efficace avec des scènes prenantes et tout justement rythmées.

Ces filatures sont également un terrain parfait pour des idées de mise en scène captivantes sans cesse renouvelées via différentes utilisations de plans tout au long de l’intrigue. Ces moments très orchestrés et passionnants ont parfois tendance à ressembler à une chorégraphie, une danse figée où se relayent différents participants, ce qui renvoie directement au film Sparrow de Johnnie To qui avait des idées de mises en scène similaires, et dont on sent clairement l’inspiration, bien que les ambiances des deux films soient radicalement opposées.

Les quelques véritables scènes d’action, cependant, se veulent assez décevantes et sans intensité, telle que la séquence de fusillade sur l’autoroute ; peu convaincante et mal construite en simples plans fixes bien moins virtuoses que les scènes de filatures. Heureusement, ces scènes d’action sont très rares et ne durent jamais longtemps. Filatures souffre, à l’image de beaucoup de films hongkongais de cette époque, d’un manque d’identité dans la mise en scène. En effet, de nombreux nouveaux réalisateurs sans réel talent artistique mais souhaitant explorer le système de cinéma d’action hongkongais, alors à la mode, ont produit des films dont le seul objectif était la rentabilité. Dans ces films s’enchaînent bon nombre de scènes de fusillades ou de combats à mains nues déjà vues mille fois ailleurs.

Pour ce qui est du reste, le film sait jouer habilement entre les différentes ambiances. Tantôt relâchée et bon enfant (notamment avec le personnage très paternel du chef de terrain bedonnant que campe le grand Simon Yam), tantôt stressante et haletante durant ces fameuses scènes de traque où les criminels ainsi que les policiers tentent tant bien que mal de passer inaperçus dans la foule.

Parmi les personnages, outre Simon Yam qui excelle, un autre acteur (tout aussi imposant) réussit à porter le film : Tony Leung Ka-fai, très grand acteur qui a eu ses meilleurs rôles au côté de To, et qui dans ce film joue Shan, le chef des criminels. Une tête pensante qui s’occupe de gérer l’organisation des braquages avec un calme olympien, mais qui explose de colère à de nombreux moments dans le film, traduits par quelques gros plans sur son visage crispé de rage quand son objectif millimétré ne se déroule pas à la perfection. L’évolution du personnage sombrant de plus en plus dans une paranoïa justifiée est d’ailleurs assez intéressante bien qu’un peu convenue dans ce genre de film. Tony Leung Ka-fai interprète tout en nuance un très bon personnage qui bonifie réellement le film tout en lui offrant des scènes très fortes.

L’actrice principale Kate Tsui se révèle pour sa part assez convaincante, avec un personnage plutôt bien écrit, classique mais peu cliché pour autant. Elle joue ici Piggy, une jeune recrue de l’unité spéciale, relativement insolente au départ, mais qui comprendra vite les enjeux de son travail et gagnera rapidement en maturité. Une interprétation convaincante, même si elle semble plutôt faire preuve de faire valoir pour les deux grandes stars du film que sont Yam et Leung.

Ce trio de personnages est d’ailleurs présenté subtilement dès le début du film, et ce sans aucun dialogue. On se contente de les suivre dans leur vie de tous les jours, se croisant les uns les autres alors qu’ils ne se connaissaient pas encore. Ce procédé permet de donner astucieusement le ton du film tout en nous présentant avec élégance les principaux protagonistes.

Tout dans ce film s’avère maîtrisé et bien pensé dans sa globalité, sans faire preuve de révolution cinématographique. Il reste une œuvre exemplaire sur le sujet de la filature, un genre peu exploité comme base, même à Hong Kong. L’écriture de l’intrigue, des personnages, du contexte, ainsi que des dialogues dans Filatures, est très agréable et suffisamment astucieuse pour éviter une quelconque lassitude. Par exemple, la caractérisation des personnages est suffisamment nuancée pour permettre leur crédibilité, ou encore son intrigue, simple mais efficace, qui se focalise sur l’essentiel, à savoir la confrontation entre le groupe de Shan et l’équipe de surveillance. L’écriture générale et la réalisation semblent tout juste assez maîtrisées pour empêcher le film d’être oubliable.

Malgré ces qualités, on pourrait cependant lui reprocher de manquer de personnalité pour un premier film, l’ombre de Johnnie To étant encore particulièrement présente… Nai-hoi ne s’essayera d’ailleurs plus jamais à la réalisation mais continuera d’écrire pour To notamment pour les films : La Vie sans principe, Drug War ou encore Three récemment.

En effet, peut-être qu’à force de travailler pour ce dernier, le cinéma de Nai-hoi a fini par en devenir une copie, ce qui montre une parfaite fusion entre les deux artistes, mais qui a pu donner envie à Nai-hoi de rester a sa place de scénariste, même après la réussite sans prétention que fut Filatures.

Pierre-Alexis Questroy.

Filatures de Yau Na-hoi. Hong Kong. 2007. Disponible sur la plateforme CanalVOD.

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